Tell el-Maskhouta la Pithôm de l’Exode ?

, par  Jean-Luc

N’offrant guère d’intérêt pour le visiteur, le site de Tell el-Maskhouta n’est pas très connu. C’est pourtant en ces lieux que l’on situe Pithôm, une des villes du Delta du Nil mentionnées dans l’Ancien Testament.

Nombreux sont ceux, tant croyants que chercheurs, qui ont tenté de retrouver sous les prodiges décrits dans l’Ancien Testament les événements historiques qui les ont inspirés. S’il faut à cet égard faire preuve d’une grande prudence, il n’en est pas moins vrai que les divers textes qui composent la Bible furent successivement élaborés à l’intérieur de cadres socio-culturels et géographiques spécifiques qui ne purent manquer de laisser des traces. Ainsi, les villes égyptiennes citées dans la Bible se réfèrent sans aucun doute à des cités qui ont réellement existé et qu’on a d’ailleurs aujourd’hui pour la plupart identifiées.

Debris du naos du temple

Un site biblique ?

C’est le cas de la ville-frontière de Pithôm (« la maison du dieu Atoum »), une des deux cités pharaoniques dans lesquelles les Hébreux furent, selon l’Exode, obligés de fabriquer des briques. Dès 1883, l’égyptologue Edouard Naville l’identifia avec la localité de Tell el-Maskhouta (« la butte des idoles »), située à une quinzaine de kilomètres à l’ouest d’Ismaïlia dans le Ouadi Toumilat, c’est-à-dire à l’extrémité ouest du Delta. Le site, dans lequel A. H. Gard¬ner reconnut plus tard Tjekou, capitale du dix-huitième nome de Basse-Égypte, était une étape sur la route commerciale reliant les lacs Amers et l’isthme de Suez à la ville de Péluse, sur la pointe ouest du Delta.
Bien que conventionnellement admise, la localisation de Pithôm à Tell el-Maskhouta ne fait pas l’unanimité. On distingue en effet parfois deux Pithôm successives, distantes d’à peine quelques kilomètres. La première, à Tell el-Retaba, aurait été un petit établissement ramesside dont la forteresse contrôlait l’accès à l’isthme de Suez et qui possédait un important temple d’Atoum, dieu solaire créateur d’Héliopolis, encore en service du temps d’Osorkon II, roi de la XXIIe dynastie, vers 874-850 avant J.-C.
A l’époque saïte, ce sanctuaire fut vraisemblablement déplacé de quelques kilomètres vers l’est, à Tell el-Maskhouta. La ville devint alors un passage obligé sur le tracé du canal que, selon Hérodote, le Saïte Néchao II (XXVle dynastie, vers 610-595 avant J.-C.) et le Perse Darius 1er (XXVIIe dynastie, vers 522-485 avant J.-c.) avaient fait creuser entre le Nil et la mer Rouge.

Ramsès II offrant Maât à Re-Horakhty

Des vestiges ramessides.

Quoi qu’il en soit, de nombreux vestiges ramessides ont été découverts à Tell el-Maskhouta. En 1883, Naville dégagea une enceinte en brique de 210 m de côté ainsi que les restes d’un temple très dégradé. Les fouilles menées sur le site révélèrent la présence de nombreux monuments au nom de Ramsès II. Des statues, des stèles et des sphinx datant du règne du grand pharaon furent mis au jour notamment par un agent de Ferdinand de Lesseps (ils sont aujourd’hui exposés au jardin des Stèles à Ismaïlia). Des traces d’occupation plus anciennes furent cependant retrouvées sur place. Une présence humaine serait ainsi attestée dès le prédynastique et à la fin de l’Ancien Empire. En 1860, Auguste Mariette y aurait notamment exhumé l’inscription d’un certain Ouni, personnage officiel sous le règne de Mérenrê (VIe dynastie), chargé de protéger cette région frontalière des incursions des « habitants des sables ».

Couvercle de sarcophage retrouvé dans la nécropole

La reconstruction saïte

La majorité des éléments du sanctuaire d’Atoum qui sont parvenus jusqu’à nous datent de la Troisième Période intermédiaire et de la Basse Époque. Après Sheshonq 1er et Osorkon II, qui y firent d’importants ajouts, les souverains saïtes le remanièrent entièrement, mais la période d’activité la plus importante date apparemment du règne de Psammétique Il. Le site fut en outre fortifié, sans doute après l’ouverture du canal vers la mer Rouge.
La découverte de nombreuses céramiques permet ensuite de suivre les différentes phases d’occupation tardives de la ville. Après les Saïtes, un lot de céramiques atteste qu’elle fut encore en fontion sous la première domination perse. Selon certains chercheurs, elle aurait même servi d’entrepôt pour les tributs perçus dans la vallée avant qu’ils ne soient expédiés vers le golfe Persique.
Enfin, deux stèles remontent à l’époque ptolémaïque : l’une commémore la reconstruction d’un naos par Ptolémée II Philadelphe et sa sœur-épouse Arsinoé II ; l’autre porte un décret trilingue daté de l’an 6 de Ptolémée IV Philopator (décret de Memphis), édicté suite à la défaite du Séleucide Antiochos III au terme de la cinquième guerre de Syrie.
Les Ptolémées s’investirent activement dans la région, notamment en faisant construire à proximité de Tell el-Maskhouta la ville de Héroonpolis. Il s’agissait d’assurer la défense militaire du pays à la frontière asiatique en raison du conflit toujours latent avec les souverains séleucides (la lignée qui avait hérité de la partie asiatique de l’empire d’Alexandre) au sujet du sud de la Syrie, zone-tampon entre les deux puissances. Il importait également d’entretenir le canal vers la Mer Rouge, qui commençait à s’ensabler. Cette intense activité dans la région dès les premiers Ptolémées explique le fait qu’Arsinoé II y ait très tôt fait l’objet d’un culte.

Extrait de l’exode

Voici en substance ce que dit l’Ancien Testament de la ville de Pithôm : « Quand survint en Égypte, bien après l’existence de Joseph, un nouveau roi, celui-ci dit à son peuple : « Voyez le peuple des fils d’Israël est plus nombreux et plus fort que nous. Agissons donc de peur qu’il ne croisse encore et que, lorsqu’une guerre éclatera, il ne rejoigne les rangs de nos adversaires pour lutter contre nous ! » Alors le pharaon leur attribua des chefs de corvée, et on éleva de la sorte des villes-magasins pour le pharaon : Pithôm et Ramsès. Les Égyptiens firent ainsi s’échiner les fils d’Israël dans le mortier et les briques. » (d’après Exode 1, 8-13.)

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