La troisième guerre de Syrie La guerre laodicéenne

, par  Jean-Luc

Le partage de l’empire d’Alexandre entre les diadoques ne se fit pas sans heurts. Tous étaient des hommes ambitieux et prêts à en découdre pour affirmer leur pouvoir. Dès le lendemain du premier partage, effectué pratiquement sur le lit de mort d’Alexandre en 323, les généraux macédoniens écornèrent la belle entente de principe et se livrèrent une lutte sans merci.

La rivalité entre Lagides et Séleucides plonge ses racines dans cette période très troublée. Dans cette course à l’hégémonie, la Coelé-Syrie, région correspondant à peu près à la Palestine des Anciens, devient en effet un enjeu majeur pour les deux dynasties naissantes. Dès 301, Ptolémée Ier reconquiert la Judée et occupe la Coelé-Syrie malgré les prétentions de Séleucos sur la région. Dès lors, la question syrienne sera au coeur de nombreux conflits entre Séleucides et Lagides, entraînant six « guerres de Syrie », dont la troisième (245-240) porte aussi le nom de « guerre laodicéenne ».

Aux origines du conflit : une rivalité dynastique

Cette guerre, pour laquelle on dispose de sources nombreuses mais parfois contradictoires, trouve son origine dans le règlement de la deuxième guerre de Syrie, qui, entre 261 et 252, oppose Ptolémée II à Antiochos II. Le traité marquant la fin du conflit prévoyait en effet le mariage du Séleucide avec Bérénice, Ia fille de Ptolémée II, surnommée pour La circonstance Phernophoros, « porte-dot ». Déjà marié, Antiochos II doit, pour tenir ses engagements, répudier sa première épouse, Laodice, qui lui a déjà donné deux fils.

Au cours de l’été 246, Antiochos II meurt dans d’étranges circonstances, ce qui a amené certains commentateurs antiques à supposer qu’il s’agissait d’un assassinat commandité par Laodice. Quoi qu’il en soit, sa disparition ouvre une querelle dynastique, dans La mesure où le jeune âge du fils qu’il a eu avec Bérénice fragilise ses prétentions au pouvoir en impliquant une régence sous influence lagide. Femme énergique et ambitieuse, Laodice en profite pour faire valoir les droits de son fils aîné, Séleucos II, qui est reconnu roi en Asie Mineure.

Consciente des menaces que cela implique pour son fils et pour sa propre personne, Bérénice, soutenue par La majorité des régions de l’Empire Séleucide, y compris Ephèse et La Cilicie, fait appel à son frère Ptolémée III, qui vient de monter sur le trône d’Égypte. La guerre est ouverte.

Bérénice II

Une guerre sans véritables combats

Ptolémée III écourte sa lune de miel pour voler au secours de sa soeur, mais, le temps d’arriver à Antioche, où il est très bien accueilli par la population, tout comme à Séleucie, Bérénice et son fils ont été assassinés par des agents au service de Laodice. La nouvelle semble avoir été gardée secrète quelque temps, suffisamment en tout cas pour permettre au Lagide d’entreprendre une expédition vers l’est sous prétexte de reconquérir le royaume au nom de son neveu. Ptolémée ne rencontre du reste pratiquement pas de résistance, au point que le 11 juillet 245 il laisse à Adoulis une inscription selon laquelle il tient tout l’Empire, excepté toutefois l’Asie Mineure, jusqu’à la Bactriane.

En fait, la réalité est sûrement moins glorieuse : le Lagide n’atteignit sans doute jamais l’Iran et regagna assez rapidement l’Égypte, où une révolte, réelle ou simple prétexte, avait éclaté. Séleucos II reprit en tout cas très vite le contrôle de l’ensemble de l’Empire et en particulier de la Babylonie, malgré les quelques troupes qu’y avait laissées Ptolémée III. En revanche, il ne parvint pas à conquérir la Coelé-Syrie. En 241, la paix fut enfin conclue, mettant en sommeil pour une vingtaine d’années la rivalité entre les deux royaumes.

Des gains discutés pour l’Égypte

Bien que le traité de paix soit franchement à l’avantage du Lagide, puisqu’il conserve non seulement la Coelé-Syrie, mais aussi Séleucie et de nombreux points importants sur les côtes d’Asie Mineure, en particulier en Cilicie Trachée, en Pamphylie, en Ionie et même dans l’Hellespont et en Thrace, ces gains paraissent bien dérisoires en regard des perspectives que semble offrir l’énumération des territoires conquis figurant dans l’inscription d’Adoulis. Faut-il considérer que Ptolémée III a manqué une occasion inespérée de réduire définitivement La puissance du Séleucide en abandonnant trop vite ses éphémères conquêtes ? Ou que l’inscription d’Adoulis est plus un acte de propagande que le strict reflet de La situation sur le terrain ?

Quoi qu’il en soit, l’expédition en Asie a permis au Lagide de ramener en Egypte un butin non négligeable, composé en particulier, si l’on en croit saint Jérôme, de 2 500 statues de dieux égyptiens volées autrefois par Cambyse. Ce serait du reste cette pieuse action, également évoquée dans l’inscription d’Adoulis et dans le décret de Canope, qui aurait valu à Ptolémée III de La part des Égyptiens son surnom d’Evergète (« Bienfaiteur »).

Ptolémée II face à Isis

Les conséquences de la guerre pour les Séleucides

si Ptolémée III ne tira pas le plus grand parti des opportunités qu’offrait La crise liée à La succession d’Antiochos II, celle-ci eut en tout cas des répercussions qui dépassèrent la seule guerre laodicéenne. Pour faire face à La menace lagide, Séleucos II dut en effet accepter les exigences de sa mère, qui, aux alentours de 242, lui imposa d’associer au pouvoir, du moins pour l’Asie Mineure, son jeune frère Antiochos, surnommé par La suite Hiérax, « l’épervier ».

C’était semer les germes d’un nouveau conflit, qui ne tarda pas à éclater dès La fin de La laodicéenne. Bien que Hiérax, fort de son alliance avec les rois de Bithynie, du Pont, de Cappadoce et des Galates, ait remporté une victoire incontestable sur son frère, l’affaire se finit mal pour lui.

Il ne put en effet conserver bien longtemps le pouvoir face à l’agitation des Galates et surtout à l’entrée en guerre de Pergame, qui s’empara d’une bonne partie de l’Asie Mineure. Il mourut assassiné en 226, alors qu’il fuyait en Thrace.

© Edition Atlas

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