La conquête assyrienne de l’Égypte

, par  Jean-Luc

Lorsque Tiglat-Phalazar III prend le pouvoir en Assyrie en 745 avant J.-C., il ramène la paix intérieure après des années de luttes intestines qui ont fait oublier à ses voisins la puissance potentielle du pays. S’attaquer à l’Égypte, l’écraser ou même la diminuer ouvrirait à l’Assyrie d’importants débouchés commerciaux. Mais l’Égypte refuse d’abord le combat. Elle épuise toutes les voies diplomatiques, au prix parfois de trahisons d’alliances. L’affrontement entre les deux grands pays a pourtant lieu, fait de conquêtes et de reconquêtes. l’Assyrie sera la plus forte.

Sitôt monté sur le trône, Tiglat-Phalazar Ill entreprend la conquête des territoires frontaliers. Il soumet le nord-ouest de la Syrie puis la Phénicie, avant de s’attaquer en 734 à l’Iran et à l’Ourartou, l’Arménie actuelle. Partout où ses soldats s’installent en vainqueurs, le roi d’Assyrie fait plier les chefs et interdit tout commerce avec l’Égypte, d’une part pour favoriser son propre commerce et d’autre part pour asseoir son autorité. Mais, bien qu’inquiète, l’Égypte ne réagit pas. Tout au plus se contente-t-elle d’une alliance discrète avec les Philistins. Pourtant le danger se fait de plus en plus pressant : en 716, Sargon II, le nouveau roi
d’Assyrie, marche sur la Transjordanie. L’Égypte et l’Assyrie ne sont plus séparées que par Silé.

Relief provenant du palais de Sorgon II à Khorsabad

Prenant soudainement peur, l’Égypte tente la voie diplomatique pour amadouer son puissant voisin en lui offrant les douze meilleurs chevaux du pays. L’année suivante, en Philistie, Lamâni se révolte contre l’Assyrie, mais Sargon écrase la ville d’où est partie l’émeute. Obligé de s’enfuir, Lamâni se réfugie chez ses alliés égyptiens. Chabaka, monté sur le trône un an plus tôt, le fait arrêter, enchaîner et l’extrade vers son puissant voisin.

Un équilibre fragile

Pendant près de quinze ans, à force de diplomatie, voire en trahissant ses alliés, l’Égypte parvient à éviter le conflit mais, lorsque Chabataka succède à son oncle, il est bien décidé à appliquer une politique extérieure différente, las et inquiet de voir l’Assyrie conquérir des territoires de plus en plus vastes. Le roi profite d’une révolte fomentée par les souverains de Phénicie et de Palestine pour envoyer un corps expéditionnaire, mais les coalisés sont battus. Pendant ce temps, une autre troupe égyptienne échoue à Lakish face aux Assyriens. Finalement, le conflit s’essouffle et, pendant douze ans,
sous le règne de Taharqa, une paix précaire règne de nouveau dans la région.

Vers 677 avant J-C., Ia tension remonte : Assarhaddon, nouveau roi d’Assyrie, écrase une révolte à Sidon, en Palestine. Il n’est pas facile de rester maître d’un territoire aussi vaste. L’Assyrie doit en outre combattre les Scythes qui déferlent du nord et, à l’est, surveiller de près les Mèdes qui verraient d’un bon œil l’affaiblissement du pays. Mais le plus grand désir du nouveau roi est de se confronter à son voisin égyptien. Si l’Égypte n’est pas inquiétante en soi, elle est à l’origine de beaucoup de rébellions, les territoires conquis par l’Assyrie regrettant le commerce perdu avec la vallée du Nil. Parvenu à un calme relatif sur les fronts du nord et de l’est, Assarhaddon soumet la plaine côtière de la Palestine où, petit à petit, l’autorité égyptienne s’était réimposée. Les Égyptiens le repoussent en 674 avant Jésus-Christ, mais trois ans plus tard l’Assyrie lance une nouvelle attaque, cette fois victorieuse, et atteint Memphis, capturant même le prince héritier.

Buste de Taharqa

Taharqa, roi d’Égypte, se réfugie alors plus au sud. l’Assyrie apporte son soutien aux Saïtes, rivaux de l’Égypte, qui agitent le nord de la vallée du Nil. En 669, l’Égypte sème à son tour le trouble dans le nord, ce qui oblige Assarhaddon à intervenir de nouveau. Mais le roi meurt en chemin et le pouvoir revient à ses deux fils : Assurbanipal monte sur le trône à Ninive et Shamash-shum-ukîn à Babylone. Le premier envoie en Égypte un corps expéditionnaire qui écrase Taharqa à Memphis. Le descedant lointain des pharaons s’enfuit à Thèbes, mais l’Assyrien est décidé à le poursuivre. Soumettant la Haute-Égypte, il ne parvient pourtant pas à le rattraper.

Le dernier sursaut égyptien

Ne pouvant gouverner directement un aussi vaste royaume, les rois assyriens s’assurent la confiance de collaborateurs locaux. Mais à peine leur troupes font-elles demi-tour que les Saïtes changent de camp et se rapprochent de Taharqa. Aussitôt, Assurbanipal fait arrêter ou déporter les principaux chefs tout en épargnant le nouveau souverain de Saïs, Néchao Ier. Il nomme le fils de ce dernier, Psammétique, roi de l’ancien royaume d’Athribis, bien décidé à faire d’eux des alliés.

En 665, Tantamani succède à Taharqa et décide de reprendre la Haute-Égypte. Érigeant des stèles à la gloire de son combat, il prend Memphis d’assaut avec succès, remonte le Delta, écrasant sur son passage les chefs qui ne veulent pas se soumettre. Le succès est de courte durée car, aux alentours de 664, І’Assyrie intervient et reprend Memphis. Tantamani se replie alors vers Thèbes, mais cette fois Assurbanipal le poursuit jusqu’au bout et met la ville à sac.

Assurbanipal

C’est la fin d’une époque : les temples sont violés, saccagés et leurs trésors dérobés. La désorganisation politique est totale : le pays est envahi et le pharaon se rend compte, un peu tard, qu’il ne peut compter que sur trois villes : Napata, Memphis et Thèbes, les autres principautés étant plus versatiles. Tantamani part alors pour Napata et règne jusqu’en 656. L’Assyrie, quant à elle, rétablit au nord les frontières d’avant la conquête éthiopienne.

© MCMXCIX Édition ATLAS

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