Les mystérieux Peuples de la Mer

, par  Jean-Luc

Au commencement de la XXe dynastie, l’Égypte connaît des problèmes majeurs aux frontières. L’équilibre international est en pleine évolution et le pays a perdu de son influence en Asie Mineure. Les incursions de populations étrangères sont de plus en plus fréquentes, et Pharaon a bien du mal à les endiguer. Parmi ces envahisseurs, les énigmatiques cc Peuples de la Mer » retiennent tout particulièrement l’attention des historiens.

Sous le Nouvel Empire, des peuplades libyennes infiltrent le Delta. Ramsès II, conscient du danger, fait alors édifier une série de forts le long de la route côtière du Delta occidental, doublant les protections qui existent déjà sur la frange orientale. Des Libyens s’installent néanmoins pacifiquement en Égypte, où ils pratiquent sur-tout le commerce. Sous Mérenptah, successeur de Ramsès II, la situation s’envenime vraisemblablement, puisque le roi organise une vaste campagne militaire contre ces Libyens. Mais à cette première vague d’adversaires va s’en ajouter une deuxième, des populations que les Égyptiens appellent « Peuples du Nord » (les fameux Peuples de la Mer) et qui vont à leur tour infiltrer le Delta.

Quelques dizaines d’années plus tard, Ramsès III doit les combattre. Après avoir mené en l’an cinq de son règne une campagne contre les Libyens, il lutte en l’an huit contre ces Peuples du Nord qui déferlent sur le pays. Les Égyptiens les décrivent « pénétrant par les bouches du Nil ». Il n’en faut pas plus pour enflammer les esprits :ces nouveaux envahisseurs arrivaient-ils par la mer ?

Des Grecs ?

Les Égyptiens ne désignent jamais ces populations par l’expression Peuples de la Mer, mais par Peuples du Nord. Les grandes scènes représentant les batailles qui les opposent aux Égyptiens montrent que les combats eurent lieu sur terre comme sur l’eau, mais dans ce cas toujours à proximité du rivage, puisque le roi pouvait les atteindre depuis la berge avec ses flèches. En fait, on a beaucoup extrapolé sur les textes qui décrivent ces populations, parlant des « étrangers du Nord qui étaient dans leurs îles », de « leurs armes (...) dispersées dans la mer »... On a donc recherché leur origine dans des îles lointaines, notamment celles de la mer Egée et des côtes turques. Il était en effet tentant de faire de tels rapprochements. Mais il semble que les îles en question étaient tout simple-ment des régions isolées du Delta, de sorte qu’on pouvait y naviguer sans venir de la pleine mer, mais tout simplement du Nil ou des côtes voisines du Proche-Orient. Les Peuples de la Mer étaient donc probablement des populations proches de І’Égypte.

Des proches voisins de l’Égypte

En fait, les appellations Peuples de la Mer ou Peuples du Nord désignent des groupes humains variés auxquels les textes égyptiens attribuent des qualificatifs communs. Parmi eux sont ainsi classés les Shardanes, Sémites infiltrés dans le Delta. Au départ ennemis puis pacifiés par Ramsès II, ils furent d’ailleurs enrôlés dans l’armée égyptienne pour la fameuse bataille de Qadesh. Sous les règnes de Mérenptah et de Ramsès III, les Touresh, les Loukou, et les Shekelesh sont également qualifiés de Peuples de la Mer. En réalité, leur classement dans cette catégorie résulte d’une confusion de sens : certains noms de peuplades sont suivis de l’expression ouadj our, qu’on a longtemps traduite par« mer », ou encore du terme ym, mot sémitique emprunté par les Egyptiens à partir du Nouvel Empire ; désignant une grande étendue d’eau, il est compris comme synonyme de ouadj our.

Or, ces traductions sont loin d’être certaines. Mot à mot en effet ouadj our signifie « la très verte », épithète qui peut très bien s’appliquer au Delta lui-même. En conséquence, il semble qu’il ne faille pas voir dans les Peupies de la Mer des envahisseurs étrusques (originaires d’Italie) ou achéens (de Grèce) comme certains historiens se sont plu à le dire, mais tout simplement des populations sémitiques venues du nord-est de І’Égypte et sévissant dans le Delta, région que les pharaons ne maîtrisaient pas à l’époque.

Sinon pourquoi Ramsès III aurait-il, pour contrer ces invasions, décidé d’attaquer le pays de Djahy, la Palestine ? Pourquoi s’en serait-il pris à ce peuple si les envahisseurs étaient venus par bateau des îles de la mer Egée ? Il est désormais unanimement admis que les Peuples du Nord sont des populations asiatiques en mouvement, peut-être déplacées après la chute de l’empire hittite.

LE PROBLÈME DE « OUADJ OUR »

La confusion sur les peuples dits « de la Mer » vient du désir qu’avaient les égyptologues à une certaine époque de rattacher à tout prix l’Égypte à la Méditerranée. Cette mer ne pouvait manquer d’être aussi importante pour les anciens Égyptiens qu’elle ne l’est de nos jours ! Malheureusement, on a trop longtemps oublié que l’Égypte n’était pas - du moins aux temps anciens - un pays méditerranéen au même titre que la Grèce, І’Italie ou les côtes du Proche-Orient, mais
avant tout un pays africain ! On a donc, sans trop approfondir, collé à l’expression très répandue ouadj our (« la très verte »), le sens de « mer » (mer Rouge ou Méditerranée selon les auteurs). Ce sens, au départ avancé par les chercheurs comme hypothétique, s’est peu à peu imposé dans les esprits, tant et si bien qu’un égyptologue belge, Claude Vandersleyen, a consacré plusieurs articles et un ouvrage à cette question.

Un de ces articles porte un titre limpide :« Ouadj our ne signifie ’pas "mer" : qu’on se le dise ! ». Il a prouvé que cette expression revêtait plusieurs significations - mais jamais celle de mer ! - toutes en rapport avec le Nil et l’idée de fertilité : le Nil, l’inondation, les îles détachées du Delta. Le mot ym, quant
à lui, même s’il pouvait parfois signifier mer, désignait le plus souvent le delta du Nil.

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