Les nouveaux trésors de Saqqarah

, par  Géraldine Véron

À une trentaine de kilomètres au sud-ouest du Caire, le site de Saqqarah a livré de nouvelles merveilles. La mission archéologique dirigée par l’égyptologue Christiane Ziegler [1] a révélé au grand jour des tombes inviolées datées du Ier millénaire avant J.-C. À l’intérieur, un mobilier funéraire complet et très bien conservé a été retrouvé (sarcophages, statues, etc.). Retour sur des découvertes spectaculaires.

« - Quel choc et à la fois quel bonheur de découvrir un lieu où personne n’a pénétré depuis 2 500 ans », s’exclame Christiane Ziegler, égyptologue et responsable de la mission archéologique du Louvre à Saqqarah depuis 1991. Une expérience forte vécue par toute l’équipe lors de leur dernière campagne de fouilles, au printemps 2007 [2]. « Retrouver trois tombes inviolées remplies jusqu’au plafond, c’est exceptionnel. Le rêve de tout archéologue ! » Construites à l’intérieur d’anciens mastabas , elles renferment une très grande quantité de momies et des dizaines de cercueils en bois peints, en pierre ou en cartonnage (aggloméré de papyrus et de stuc). Des statuettes en bois du dieu Ptah-Sokar-Osiris [3] et dix-sept coffrets recouverts d’une fine couche de stuc peinte avec des couleurs très vives ont également été trouvés. Ils viennent compléter ce mobilier funéraire intact.

© Ch. Décamps/Mission du Louvre à Saqqara
Sarcophages du Ier millénaire av. J.-C. découverts dans l’un des caveaux. De différentes formes, cercueils ou anthropomorphes, ils sont en bois et comportent des décors peints, des inscriptions…

Ces découvertes prennent place dans un plus vaste ensemble de trouvailles faites dans la nécropole de Saqqarah, l’une des plus anciennes et des plus riches d’Égypte. Il faut dire que cette nécropole est le cimetière principal de la ville antique de Memphis, à la fois capitale, centre économique et religieux. En activité depuis les premières dynasties (vers 3000 av. J.-C.) jusqu’à l’époque romaine, elle compte des dizaines de milliers de tombes. Ainsi depuis 1997, plusieurs sépultures du Ier millénaire avant J.-C. ont été mises au jour au nord de la chaussée menant à la pyramide d’Ounas (dernier roi de la Ve dynastie, 2356 à 2323 av. J.-C.). Et plus d’une centaine de cercueils ont été radiographiés, étudiés, analysés et restaurés.

© Musée du Louvre/Mission du Louvre à Saqqara/DAE/C. Bridonneau
Un modeste sarcophage en calcaire, ouvert pour radiographier son occupant. Il contient l’une des plus belles momies connues jusqu’à ce jour (mission 2007).

Qui étaient donc leurs occupants ? Membres d’une ou plusieurs familles, voire d’une communauté plus vaste (regroupement professionnel) ? Difficile à dire. Certains défunts ont été identifiés comme appartenant à la même famille car des noms identiques étaient inscrits sur leur matériel funéraire. Toutefois, dans la majorité des cas, il s’agit d’une véritable énigme. « On constate l’absence du nom et du titre des personnes inhumées. Ce phénomène, insiste Christiane Ziegler, est très remarquable pour une civilisation où, durant des millénaires, la perpétuation du nom était essentielle pour la survie des défunts dans l’au-delà. » Cette disparition progressive, dans la région, vers 400 avant J.-C. dénote d’une profonde évolution des mentalités. Mais elle n’est pas l’unique transformation. À la Basse Époque (664-30 av. J.-C.), Saqqarah devient en effet une ville cosmopolite et ouvre ses portes à une population élargie. Conséquence : l’espace manque et les responsables de la nécropole se retrouvent obligés de déménager le matériel funéraire et de regrouper les cercueils. Comme dans la région thébaine, les rares places disponibles deviennent chères. Les tombes sont alors réutilisées et les sarcophages soigneusement empilés les uns sur les autres.

© Ch. Décamps/Mission du Louvre à Saqqara
Momie encore pourvue de son masque funéraire en cartonnage, de son linceul et de ses bandelettes. À présent, les radiologues déterminent, sans enlever les bandelettes, l’âge de la momie, son sexe, la cause de la mort, la nature de l’alimentation…

Ainsi, dans un même caveau, tous les défunts ne sont pas enterrés de la même façon. Les différences de traitement y sont très marquées. Certains sont soigneusement « bandelettés » et parés d’éléments en cartonnage aux couleurs vives et souvent rehaussés d’or (masque, colliers, jambières, semelles…). Ils occupent en général de magnifiques sarcophages en bois peint. D’autres sont à peine embaumés et reposent à même le sol ou dans des cavités (loculi) fermées par des dalles scellées sur lesquelles peuvent apparaître le nom de la personne et une formule pour le dieu Osiris. Les différences de goût, les coûts élevés des caveaux mais aussi de l’embaumement expliquent certainement la grande variété de sarcophages, de techniques de bandelettage, etc.

© Ch. Décamps/Mission du Louvre à Saqqara
Prélèvement de pigments sur un coffret funéraire polychrome en bois de 35 cm de haut. D’autres styles de coffrets existent comme ceux recouverts d’un enduit noir et d’un décor jaune.

Comme dans d’autres tombes similaires, on s’étonne de ne voir ici aux côtés du mobilier funéraire que très peu d’objets : quelques statuettes du dieu Ptah-Sokar-Osiris et des coffrets contenant des paquets d’étoffes et des simulacres de viscères. « On trouvait aux époques antérieures des serviteurs funéraires (ouchebtis) et beaucoup de vases canopes renfermant les viscères. Entre l’an mille av. J.-C. et l’époque des Ptolémées , ils sont devenus très rares dans cette zone », conclut Christiane Ziegler. Des études pluridisciplinaires et un gros travail de recoupement des sources sont en cours, pour enrichir l’histoire de ces pratiques funéraires du Ier millénaire av. J.-C. Affaire à suivre…

Source : Le journal du CNRS

Photos : © Ch. Décamps/Mission du Louvre à Saqqara

[1Laboratoire Arscan (CNRS / Universités Paris-I et X / Musée du Louvre), conservatrice générale, directrice honoraire du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, chargée de la publication des fouilles du Louvre à Saqqarah.

[2Architectes, égyptologues, restaurateurs, dessinateurs, etc. ont participé aux fouilles financées par la Mission Recherche et technologie du ministère de la Culture. Plusieurs appartiennent à d’autres unités CNRS : Centre d’études alexandrines (Cealex, Inst. fr. archéo. orientale / CNRS) ; laboratoire « État, religion et société dans l’Égypte ancienne et en Nubie » (CNRS / Université Paris-IV / Collège de France) ; Archéologies d’Orient et d’Occident (Aoroc, CNRS / ENS).

[3Syncrétisme entre les grands dieux de la région de Memphis et les protecteurs des morts.

Navigation

AgendaTous les événements

novembre 2018 :

octobre 2018 | décembre 2018

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Publications Derniers articles publiés

Brèves Toutes les brèves

  • un site archéologique datant de 5 000 ans avant J.-C. découvert

    À quelques mètres sous terre, un site néolithique a pu faire l’objet de fouilles. Ce dernier remonterait à 5 000 ans av. J.-C., il serait l’un des plus vieux villages au monde ; sur place, des réservoirs contenant des restes animaux et végétaux ainsi que des objets artisanaux attestent d’une culture déjà avancée, comme le rapportait le ministère égyptien des Antiquités.
    Ces fouilles laissent penser (...)

  • Un nouveau sphinx découvert à Louxor

    C’est lors d’un chantier pour une route reliant Louxor à Karnak que des ouvriers ont découvert un sphinx vieux de 4 000 ans qui se trouvait là, enfouit sous des dizaines de mètres de sables depuis plusieurs milliers d’années. Le chantier a dû être suspendu, laissant place aux archéologues qui ont libéré la bête. Très peu de visuels sont actuellement disponibles. En effet, le ministère des antiquités (...)

  • Découverte d’un sarcophage noir

    Des archéologues égyptiens viennent de mettre au jour un sarcophage enfoui sous terre depuis plus de 2.000 ans. Découvert par hasard, le cercueil antique étonne par ses dimensions hors du commun, mais aussi par son exceptionnel état de conservation, qui promet des révélations inédites.
    Un mètre quatre-vingt-cinq de haut, deux mètres soixante-cinq de long et un mètre soixante-cinq de large… Telles sont (...)

  • une chambre funéraire découverte sur le site de Gizeh

    Les archéologues ont fait une découverte près de Gizeh, en Égypte : un puits funéraire d’une trentaine de mètres de profondeur, vieux de 2 500 ans.
    Le puits abritait un atelier de momification. Les chercheurs y ont en effet découvert plus d’une trentaine de momies parfaitement conservées, issues de différentes classes sociales de l’Égypte (...)

  • Une statue d’Osiris découverte à Saqqarah

    Lors de travaux de restauration, des archéologues ont découvert une statue du dieu égyptien Osiris coulée en bronze, rapporte le site d’information Luxor Times.
    Une statue du dieu du panthéon égyptien Osiris a été découverte dans la pyramide à degrés de Djéser, située à Saqqarah, annonce le portail d’information Luxor Times.
    Selon Mostafa Waziry, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités (...)