Amenemhat III Pharaon de la XIIe Dynastie

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Sixième pharaon de la XIIe Dynastie, Amenemhat III voit son règne marqué par la même longévité que celui de Sésostris Ier.
1843 - 1796 avant J.C.

On connaît peu de choses de la famille royale. La grande épouse royale porte le nom d’Aat, "la grande", mais il semble que la sœur du souverain, Nefrousobek, ait joué, sous son règne, un rôle important que confirment d’assez nombreux monuments à son nom. La "sœur du dieu", la "fille du roi", était même associée au culte funéraire d’Amenemhat III, qui lui fit construire un monument personnel auFayoum où elle fut inhumée.

Très jeune quand il monta sur le trône, Amenemhat III bénéficia pleinement de l’acquis de ses prédécesseurs. L’économie égyptienne reposait sur un contrôle efficace des ressources humaines et matérielles du pays, et sur l’exploitation économique des contrées limitrophes, au premier rang desquelles la Nubie. Les relations avec le Sud étaient placées sous le sceau de la fermeté imposée par Sésostris III, qui confirme par la force la politique menée depuis Amenemhat Ier. Le temple de Qouban, construit sous son règne, rappelle que l’or du ouïdi Allaji, transitait par cette place forte avant de gagner Assouan. Aux ports du Levant, dont Byblos, l’Egypte impose un protectorat. Sa politique consiste à égyptianiser l’élite et l’administration locales qui, dès lors, servaient d’intermédiaires privilégiés entre l’Egypte et le Proche-Orient.

L’immigration massive d’origine "asiatique" dans le Delta et dans la région de Licht se confirme. Sous son règne on constate une importante reprise de l’exploitation des mines et des carrières : diorite de Nubie, granit d’Assouan, pierre de Bekhen du ouâdi Hammâmât, calcaire de Toura, turquoise et cuivre au sud de la péninsule sinaïtique. Le Fayoum bénéficie, grâce à la main-d’œuvre étrangère, de l’achèvement du projet d’irrigation à grande échelle mis en chantier par Sésostris III.

Les efforts d’Amenemhat III pour réformer l’administration engendrèrent des mutations dans la société égyptienne. Sous son règne émerge une classe moyenne formée de fonctionnaires zélés au service du régime en place. Les moyens de cette nouvelle classe s’affirment dans la volonté d’imiter l’aristocratie. Ils érigent à leurs frais des monuments funéraires à leur usage.

Cependant, le règne d’Amenemhat III correspond à une phase d’équilibre du système économique de l’Egypte, reposant sur la concentration de la main-d’œuvre dans des centres de détention, sous le contrôle de l’état. Cette main-d’œuvre, formée de paysan et d’ouvriers, est mise à la disposition des grands travaux de l’état, afin d’accroître le rendement et de prévenir la désertion des champs, consécutive à une pression fiscale excessive. Le déclin du système de "la grande fusion" (P. Reisner I - IV), est sans doute à l’origine de la croissance de l’immigration asiatique, qui s’accroît fortement dans le Delta, soit par mouvements aux marges de l’Egypte, soit par achat d’esclaves, comme le rappelle l’inscription d’Amenemhat II à Memphis.

La prospérité découlant d’une gestion avisée des ressources, l’exploitation de terres nouvelles, permirent au souverain de poursuivre une politique édilitaire. Les ateliers royaux atteignent une parfaite maîtrise de l’art statuaire grâce à une technique à son apogée, et à l’obtention d’une expressivité accrue qui marque, par contre coup, la statuaire privée de la XIIIe dynastie, prenant pour modèle les statues royales et celles des hauts fonctionnaires. Le portrait royal n’est plus l’expression idéalisée du souverain memphite ; il montre l’être humain marqué par le pouvoir, auquel l’âge apporte maturité et réflexion.

L’idéologie royale marque de son empreinte la statuaire d’Amenemhat III, car ce dernier apparaît non seulement en sphinx défenseur du Delta, mais revêt également la forme de génies économiques de la région du lac Meuzaleh, empruntant à la physionomie d’Asiatiques qui forment l’essentiel de la population de cette région.

Le roi fait construire deux pyramides, l’une à Dahchour, au sud de Saqqarah, et l’autre à Hawïra, sur le versant nord de l’entrée du Fayoum. Il fut vraisemblablement enterré à Dahchour, ainsi que le suggère la présence du harem royal dont les membres furent inhumés dans des tombes secondaires, reliées par des souterrains à la pyramide royale. La pyramide, formée d’un noyau de brique crue, était revêtue d’un revêtement de calcaire fin, aujourd’hui disparu. Le pyramidion formant le lieu de culte, de granit noir inscrit à son nom, a en revanche été conservé. Dans le second complexe funéraire d’Hawïra, le temple funéraire et la "ville de pyramide" attenant forment un ensemble au plan complexe, au point que les Grecs y virent le Labyrinthe de la légende. Deux colosses de granit, élevés sur le site actuel de Biyahmou, au nord-est de Médinet el-Fayoum, marquaient jadis le port de la ville de Chédyt, sur la rive de l’ancien lac occupant près des deux tiers du Fayoum. A Chédyt, future Crocodilopolis, s’élevait le temple de Sobek, comme le rappellent quelques vestiges et une statue du roi représenté sous les traits du grand prêtre de la divinité locale. Un bassin secondaire du Fayoum, dont le centre est Médinet Mïdi (la Térénouthis des Grecs), reçut également un traitement de faveur, car Amenemhat III y fit construire un temple dédié à Sobek et à Renenoutit, au culte desquels il s’associa.

La tradition se perpétua à l’époque gréco-romaine, où le roi défricheur du Fayoum était vénéré sous le nom de Lamarés (déformation de son nom de couronnement Nymaïtrê), ou sous celui de Pouramanrés (le Pharaon - Per-ïa - Manrés).

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