Aménophis IV

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Pharaon de la XVIIIe Dynastie

1.353 - 1.336 avant J.C.

Second fils d’Aménophis III et de la reine Tiyi, Aménophis IV fut associé au trône à la mort de son frère aîné Thoutmès, en tant que corégent.

Ayant grandi dans un milieu fortement teinté de croyances solaires, se fondant sur l’adoration quotidienne du disque, Aménophis IV privilégia le culte d’Aton, manifestation visible du disque solaire, dont il devint le prophète, son père, âgé, s’effaçant pour qu’il accède à la dignité pharaonique.

Dès son avènement, il fait ériger à l’est du domaine d’Amon, à Karnak, des édifices inspirés des temples solaires de l’Ancien Empire, à Abougorab et à Héliopolis. Ces temples revêtent l’aspect de cours à ciel ouvert enfermant un ensemble d’autels correspondant au nombre de jours de l’année. Pour la première fois, ces monuments sont construits à l’aide de blocs de pierre, d’une coudée de long et affectant les proportions d’une brique : les talatates. Faciles à manier, ces blocs destinés à des murs sans rôle architectonique, permettaient une construction rapide des édifices solaires, aussi rapidement démontés à la disparition d’Akhénaton qu’ils avaient été érigés. Il est très possible que cette réforme religieuse ait eu pour objet d’amoindrir la puissance politique du clergé d’Amon-Rê, dont l’emprise, au cours de la XVIIIe dynastie, avait gagné du terrain. Si les autres cultes continuèrent d’être célébrés officiellement par le souverain, le pays était censé pourvoir uniquement aux besoins du culte d’Aton. Le dieu - sous l’appellation de "Rê-Horakhty qui se réjouit dans l’horizon en son mana de choix qu’est le Disque" - fut honoré sous la forme de cartouches monumentaux, dont le tracé rappelait l’orbe du disque solaire accompagnant l’image d’un disque au rayonnement exprimé sous la forme de mains caressant le visage du roi, et des membres de la famille royale.

En l’an IV le souverain avait consommé la rupture définitive d’avec le clergé d’Amon à Karnak, en adoptant une nouvelle titulature et en prenant le nom d’Akhénaton, "Celui qui est efficient pour Aton (le Disque)". Renonçant à l’iconographie royale traditionnelle et aux règles, imposant à la personne royale d’être représentée selon les canons que commandait l’orthodoxie, le souverain ordonna que l’on reproduisît ses caractéristiques physiques sans artifice d’aucune sorte.

Les statues qui le représentent, et spécialement les colosses, évoquent un homme atteint par la maladie, dont les marques caractéristiques sont des traits émaciés, un prognathisme de la face et un épaississement de la taille et des cuisses. Certaines effigies colossales asexuées sont probablement à interpréter dans une perspective religieuse, comme si le roi s’était identifié au dieu, considéré à la fois comme le père et la mère de la création : un être androgyne.
Pour rompre définitivement avec le passé thébain, Akhénaton entreprend de fonder une nouvelle capitale sur un territoire vierge, non dédié à un dieu.
Ce lieu est Tell el-Amarna, en Moyenne Egypte.
En l’an VI, la famille royale, les fidèles d’Akhénaton et la cour y élisent domicile, non sans prendre soin d’édifier des sanctuaires destinés à accueillir le culte d’Aton, et revêtant un aspect comparable à celui construit à l’est de Karnak. Relayant le culte du disque, d’autres temples sont bientôt construits à Abougorab, siège de plusieurs cultes solaires à l’Ancien Empire, à Memphis, à Héliopolis, et à Sedeïnga, au Soudan.

La dévotion prend un nouvel aspect, en devenant, sous l’impulsion de la famille royale, une affaire personnelle. Les autels domestiques mettent en avant le culte d’Aton, étroitement lié à l’attachement porté à la famille royale. Celle-ci agit sur terre comme émanation du Disque, de sorte que les actes royaux passent pour autant de manifestations du divin.
La famille royale - ses moindres faits et gestes, même les plus anodins - est mise en scène, les artistes faisant fi des convention en usage sous la tutelle du clergé d’Amon. Le roi, la reine et les filles du couple royal, expriment aux yeux de tous, leur joie de vivre sous les rayons bienfaisants du Disque, dans des scène de la vie publique ou dans l’intimité du palais. Des bas-relief évoquant l’affection des membres de la famille royale - la reine et ses filles sur les genoux du roi ; le couple royal dans la chambre à coucher - comptent parmi les premières scènes intimistes, qui ne survivront pas à la période amarnienne. Au plan officiel, les scènes mêlent l’idéologie royale et les représentations détaillées de la vie d’Amarna, dans un style privilégiant le mouvement et la vie.

A Amarna même, les doctrines, royale et divine, continuèrent d’évoluer. La coexistence avec le clergé thébain s’étant avérée impossible, les prêtres d’Amon-Rê furent dispersés, en même temps que les représentations et les attestations du nom du dieu thébain furent systématiquement détruites. Même en des endroits apparaissant inaccessibles, le nom d’Amon est martelé. Les noms des autres divinités, tolérés dans un premier temps, sont censurés. La forme plurielle du vocable "dieu" est proscrite au profit du seul nom d’Aton. Le culte du disque revêt petit à petit la forme d’un monothéisme d’état excluant toute autre forme de croyance. Dans une seconde phase, la théologie d’Aton, s’épura encore.

La titulature divine fut modifiée, soulignant la volonté de parvenir à un dogme plus orthodoxe que jamais. La reine, émanation féminine de la divinité, conserve une place de première importance, à l’instar de Tiyi, épouse royale d’Aménophis III. Lorsque Néfertiti est reléguée en l’an XIV, et ne joue plus de rôle politique, sa fille, Mérytaton, l’aînée des six, joue officiellement le rôle de reine, ainsi que Satamon l’avait détenu avant elle à la fin du règne d’Aménophis III. Puis, Ankhesenpaton, la troisième fille du couple, se substitue à Mérytaton.

Le roi, quant à lui, s’éteignit en l’an XVIII, mettant fin à une réforme religieuse qui avait plongé l’Egypte dans la stupeur.

Aussitôt, le parti d’Amon redressa la tête ; même les courtisans les plus zélés du pouvoir amarnien, virent dans la disparition d’Akhénaton le signe du retour à l’orthodoxie, incarnée par le clergé de Karnak. La religion amarnienne ayant fait table rase des croyances panthéistes, apparaissait comme un artifice intellectuel niant plusieurs millénaires de théologie. Prenant les opinions de l’élite à rebours, elle n’était pas parvenue à s’encrer dans l’inconscient collectif, même si elle imprégna ceux qui, issus des classes moyennes, avaient cru au rêve amarnien, derrière un souverain ayant porté au rang de dieu d’Etat un dieu faisant l’objet d’une dévotion personnelle. Cependant, même les ouvriers de Tell el-Amarna conservaient discrètement des images des dieux proscrits.

Akhénaton, incompris, fut suivi par un successeur éphémère, Smenkhharê. Akhénaton fut oublié, et la cour, où l’armée jouait un rôle grandissant, installa sur le trône un roi encore enfant, Toutânkhamon, à Memphis.

Avec le jeune roi, mais plus encore avec ses successeurs - Aÿ et Horemheb - le pays rentrait dans le giron de l’orthodoxie amonienne, tandis que le roi prophète devint, sous la plume des scribes, "l’Ennemi qui est dans Akhétaton". Sa tombe fut saccagée de façon à effacer son souvenir, et ses monuments furent systématiquement démolis et remployés dans les constructions de Karnak, d’Hermopolis et d’ailleurs. Ses statues, brisées, furent enterrées.
L’ancien général Horemheb, devenu roi à son tour, compta ses années de règne à partir de la mort d’Aménophis III, vouant ainsi à l’oubli les souverains de cette période. L’absence de leurs noms dans les listes royales, fait foi de cette volonté d’éradication de leur oeuvre et de leur pensée.

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    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

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