Hatchepsout

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Pharaon de la XVIIIe Dynastie

1473 - 1458 av. J.C.

Devenue reine par acclamation populaire, Hatchepsout est fille de Thoutmôsis Ier et de la reine Ahmès.
Devenue grande épouse royale par mariage avec Thoutmôsis II, elle met au monde une fille, Néferourê. Thoutmôsis II, mort jeune, laisse cependant un fils d’un second lit, âgé de six ans : le prince Thoutmès, le futur Thoutmôsis III. Afin d’être reconnu comme souverain légitime, on marie le jeune prince à sa demi-sœur Néferourê. Cette union ne lui permet pas pour autant - il n’est pas encore en âge de régner - de gouverner l’Égypte en passe de devenir la première puissance du Proche-Orient. Hatchepsout assume donc le rôle de régente à la place de celui qui est à la fois son beau-fils et son gendre.

Jusque là, il n’y a rien qui puisse surprendre dans l’attitude de la régente. Pourtant, dès l’an 7, pour le bien du pays selon certains, mue par l’ambition selon d’autres, elle transgresse les principes en vertu desquels fonctionne la royauté et transforme la régence en une corégence telle qu’en ont connu les époques précédentes. Les textes qu’elle fait rédiger par des fidèles, assurent qu’elle a été choisie du vivant de son père pour accéder à la dignité de Pharaon. Elle légitime sa naissance par une ascendance divine, processus qu’elle fait reproduire dans son temple de Deir el-Bahari : Amon- revêt l’apparence de Thoutmôsis Ier pour s’unir à la reine Ahmès. Cautionnée par un oracle divin et une acclamation, la reine se fait couronner Pharaon d’Égypte et parer des signes régaliens masculins du pouvoir. Elle porte l’épithète Taureau Puissant, même si les scribes hésitent souvent entre les genres masculins et le féminin.

La reine adhère pleinement à l’imagerie traditionnelle et aux dogmes selon lesquels la fonction royale est typiquement masculine. Hatchepsout résout ainsi le paradoxe de la fonction royale sans déroger aux usages traditionnels, du moins dans la représentation de la personne royale. Car il n’est aucunement certain que la reine ait dû revêtir des vêtements masculins en temps ordinaire. On note cependant une féminisation accrue de la silhouette royale à mesure qu’avance le règne, reflet d’une stabilité durement gagnée.

En dépit d’un couronnement dans les règles, elle n’usurpe pas le pouvoir royal qu’incarne Thoutmôsis III. Plusieurs faits viennent à l’appui de ce raisonnement.

En premier lieu, les événements de son règne sont datés en fonction des années de règne du jeune Thoutmôsis III ; en second lieu, celui-ci n’est jamais tout à fait absent des représentations. Il est indubitable que la reine qui, suivant la tradition, aurait dû s’effacer, s’arroge la première place d’une corégence ambigue. Elle assoit son pouvoir sur les chefs spirituels et temporels du moment, détenant les clefs du pouvoir : Hapouseneb le grand prêtre d’Amon, le vizir Ouser et l’architecte Senenmout. S’il s’était réellement agi d’une usurpation insupportable, cette reine-pharaon aurait-elle pu régner sans que se produisent des troubles particuliers, soit à l’intérieur du pays soit sur ses franges durant plus de quinze années ?

La Reine faisant l’offrande de l’encens à Amon-Rê devant une des ses statues divinisées, ornant un des reposoirs de la barque d’Amon

Si les historiens du XIXe siècle, déroutés par cette présence féminine, lui ont reproché son manque d’entrain belliqueux, il faut reconnaître que le pays ne fut nullement menacé sur ses frontières asiatiques. En Nubie, au contraire, l’influence égyptienne se fait sentir de façon durable au-delà de la troisième cataracte. L’oeuvre d’Hatchepsout, se situe dans la continuité de l’oeuvre de ses devanciers.
Les premiers souverains de la dynastie, prenant la tête d’un pays appauvri, se sont particulièrement attachés à restaurer les sanctuaires des Thébains et de leurs alliés. Hatchepsout profite de l’abondance récente que les conquêtes asiatiques ont apporté au pays pour poursuivre cette OEuvre de restauration et s’intéresser à des fondations jusqu’alors totalement délaissées. Forte de cette tradition qu’elle détourne à son profit, elle se montre comme un des souverains ayant participé à la reconquête effective du pays. Le texte de restauration du Spéos Artémidos la présente comme celle qui a bouté les Hyksôs hors d’égypte.

La barque sacrée du dieu Amon mené vers le quai embarcadère lors de la "Belle fête de la vallée". Bloc de la chapelle rouge

Cette restauration est un mot d’ordre de son règne. Se référant sans cesse à l’ombre puissante de son père Thoutmôsis Ier, Hatchepsout, tout en dérogeant à l’ordre traditionnel, semble être habitée par la recherche d’un retour à un équilibre, fondé sur une référence à l’ordre primordial (cosmogonie). En ces termes, son point de comparaison est le Moyen Empire et le classicisme qui est en l’émanation. Le retour au classicisme est marqué par des choix concrets tels que celui dont procède le monument construit dans le cirque de Deir el-Bahari, lieu déjà élu par Montouhotep II. Le temple de Millions d’Années de la reine, tout en s’inspirant fortement du passé, est extrêmement novateur quant à sa conception. Responsable théorique de l’expulsion des envahisseurs étrangers, elle est aussi l’instigatrice de l’expulsion des dernières scories de la Deuxième Période Intermédiaire dans l’art et l’écriture.

Bien qu’unificatrice, Hatchepsout, souveraine thébaine, appuie sa légitimité sur l’assentiment du dieu dynastique en passe de devenir dieu d’Empire, Amon. Elle magnifie son temple à Karnak en y apportant des transformations dont on a encore aujourd’hui du mal à estimer à la fois l’importance et le caractère novateur. Elle y érige un reposoir de barque en quartzite (la célèbre Chapelle rouge), deux paires d’obélisques ; elle met aussi en valeur le temple de Montou et l’allée processionnelle vers Louqsor.

Son oeuvre, considérable, disparaît sous une approche faite de polémiques en tous genres. Ajoutons que notre connaissance de la royauté égyptienne est encore trop imparfaite pour porter un jugement impartial sur cet épisode hors du commun de la XVIIIe Dynastie. Si la mémoire d’Hatchepsout a été entretenue par ses successeurs, les travaux les plus récents ont démontré que Thoutmôsis III ne donna l’ordre d’écraser ses bas-reliefs et de dissimuler ses monuments que dix années après la mort de la reine et sa prise de pouvoir effective. Il est évident aujourd’hui que cette vengeance ou cette revanche aux yeux de certains, procède d’un choix politique et non d’une réaction épidermique du souverain, d’âge mur quand il monte sur le trône. Il s’agissait de masquer un précédent susceptible de nuire à l’idéologie royale et, par conséquent, de déranger l’ordre établi, préconisé par le respect de Maât.

Une attention soutenue démontre aussi que les martelages sauvages de ses images et de ses noms portent le plus souvent la marque des premiers souverains ramessides. Une extraction roturière récente les poussait sans doute à se conduire en arbitres de la royauté traditionnelle. Les transformations engagées par Hatchepsout dans son propre intérêt ou dans le cadre d’une réflexion politique et religieuse, devaient être beaucoup plus profondes qu’il n’y paraît. C’est en vertu de son action réformatrice quelque peu révolutionnaire plutôt qu’en tant qu’usurpatrice, qu’Hatchepsout a failli sombrer dans les oubliettes de l’Histoire. Cette damnatio memoriae, menée au nom d’un ordre établi qu’elle avait sans doute cherché à renforcer en le menant sur la voie du changement, lui a au contraire ouvert les portes d’une célébrité certaine.

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    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

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