Hérihor

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

le roi-prêtre

1080 - 1064 av. J.C.

Si le règne de ce pharaon, sorti des rangs de l’armée, est relativement bref, sa carrière est exceptionnelle. Avant d’accéder à la carrière royale, il réunit l’ensemble des pouvoirs temporels et religieux, de sorte que son couronnement apparaît, dans le contexte où il vécut, quasi inéluctable. En effet, ce personnage considérable cumule les fonctions de vizir de Haute-Égypte, de vice-Roi de Nubie, de premier prophète d’Amon et de général en chef. Il détient ainsi les clefs de l’administration ; il a à son service l’appareil fiscal et judiciaire, l’administration des mines et carrières, l’armée et le pouvoir de l’oracle divin d’Amon. Ce dernier est la clé du pouvoir royal dans un pays où l’essentiel de la puissance religieuse est exercée par le clergé d’Amon-.

Il semble qu’Hérihor ait été avant tout un militaire, ayant fondé son pouvoir sur les richesses et l’influence du clergé d’Amon qu’il dirige. Pendant un temps, il se considère comme un fidèle sujet de Ramsès XI qui remplit nominalement la charge royale des descendants d’Horus. Cette fin de l’ère ramesside se caractérise par une diminution de l’ascendant politique de l’Égypte au Proche-Orient. Le Double-Pays, si l’on en croit le récit des Aventures d’Ounamon, qui se place à l’époque où les rois-prêtres règnent à Karnak et une XXIe dynastie officielle à Tanis, n’est plus en mesure d’imposer ses vues aux principautés marchandes du Levant. En effet, l’Égypte - on le constate dans le récit du voyageur malheureux - est divisée sur le plan politique ; cela n’empêche pas les deux parties, en la personne d’un roi-prêtre au Sud et de Mendès à Tanis, de mener de front des entreprises communes. Il est clair que cette royauté bicéphale permet de maintenir un semblant de cohésion dans un pays affaibli par les crises successives des derniers Ramessides. Toutefois il paraît que Hérihor, bien que son nom fût entouré d’un cartouche, ne se considérait pas comme un souverain à part entière dans la mesure où il n’avait pas de titulature complète.

Ce souverain énigmatique demeure pour Thèbes un homme providentiel sorti de nulle part. Les inscriptions officielles ne mentionnent jamais sa parenté, ce qui est normal pour un pharaon dont le statut est divin. Mais il en est de même des textes administratifs qui font allusion à sa personne avant sa prise de pouvoir, ce qui laisse imaginer des origines obscures. Issu d’une armée ayant incorporé dans ses rangs des auxiliaires étrangers, il semblerait, d’après les noms de ses fils, d’origine libyenne. Le titre de mère du roi porté par son épouse Nedjemet, pourrait indiquer que le Smendès du Delta, fondateur de la XXIe Dynastie, était en fait son fils.

La montée d’Hérihor au pouvoir constitue la dernière étape de l’évolution du haut clergé de Karnak ; elle est la conséquence inéluctable du pouvoir considérable qu’a recueilli entre ses mains le clergé d’Amon depuis que ce dieu est considéré divinité nationale. Hérihor franchit le pas en considérant qu’il est - de facto - l’héritier de la charge religieuse qui échoit prioritairement à Pharaon ! Il est par conséquent un prêtre-pharaon : ses cartouches entourent, outre son nom, son titre de premier prophète d’Amon. Il se pare de l’épithète de Fils d’Amon ; aussi le voit-on représenté, officiant seul devant son père, dieu dynastique d’Empire. Grâce aux ressources que lui procurent les domaines d’Amon, il est à la tête d’un trésor dont les richesses dépassent d’ailleurs depuis longtemps les possibilités du Trésor royal. Il prend pour modèles et pour guides les grands pharaons ramessides, Séthi Ier et Ramsès II, dont il sauve les momies de la profanation. Il restaure en outre l’œuvre monumentale des ramessides : la grande salle hypostyle de Karnak.

En tant que pharaon, son action se limite à la zone thébaine et à certains faits religieux. Car, en réalité, les documents administratifs contemporains sont inscrits aux cartouches de Ramsès XI dans le reste du pays. Il offre cependant ainsi l’indépendance politique et économique à la Haute Égypte et institue une dynastie de rois-prêtres, laquelle perdure pendant près de trois siècles. Toutefois sa prise de pouvoir est marquée par la volonté d’inscrire son pontificat dans le cadre d’une ère nouvelle. Aussi est-il à l’origine d’une datation nouvelle se rapportant à l’ère d’ouhem mesout, ère de renaissance. Cette institution en dit long sur les projets d’Hérihor, confirmés par ses successeurs, d’instaurer une théocratie thébaine. En dehors de Karnak, peu de monuments significatifs sont connus : une statue et une stèle découverte à Abydos où son cartouche a été martelé. Cette attente au nom du premier prophète montre que sa légitimité fut, pour le moins, remise en question.

Sa sépulture n’a pas encore été découverte mais un bracelet à son nom et un Livre des Morts inscrit au nom du couple royal sont connus. Il n’est pas exclu cependant qu’ils proviennent tous deux de la Cachette de Deir el-Bahari où fut retrouvée la momie de Nedjemetet décédée quelque temps après le roi-prêtre et qu’Hérihor n’apparaisse en fait dans le Livre des Morts de son épouse que pour lui servir d’intercesseur privilégié auprès des dieux.

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