Archéologie des époques tardives

, par  LECLANT Jean

De l’autre côté de la falaise du Bubasteion, le même banc rocheux comporte un autre grand tombeau, celui de Bakenrenêf (Bocchoris), vizir de Psammétique Ier, le premier souverain (664-610 av. J.-C.) de la dynastie saïte ; le décor, fort beau, a conservé une partie de sa polychromie éclatante. Des travaux importants y ont été menés par le professeur Edda Bresciani, dirigeant une mission de l’université de Pise. Le sarcophage du vizir et celui de son père ont pu être restaurés ; au riche matériel documentaire de cette époque, s’ajoute celui d’inhumations postérieures : sarcophages, textes hiératiques et démotiques, amulettes appartenant à des défunts de la famille de Pedeneith, vizir de la XXXe dynastie. C’est de cette dernière époque que date également la tombe voisine, celle de Pasheritaïsou.

Tout cela confirme l’importance de la nécropole memphite à la Basse Époque, mise autrefois en évidence par les découvertes de Mariette au Serapeum et plus récemment par les grands dégagements opérés de 1956 à 1964 dans le nord de Saqqara par l’Egypt Exploration Society sous la direction de W. B. Emery. Sur le revers du plateau faisant face à l’ouest, des installations monumentales furent utilisées par les pèlerins. Tandis qu’était repérée une nécropole de vaches sacrées, mères des taureaux Apis, de très vastes catacombes ont livré, par millions, des dépouilles momifiées de faucons, d’ibis et de babouins ; ces derniers étaient les animaux sacrés du dieu Thot, en rapport sans doute avec le sage Imhotep, déifié à l’époque tardive ; un lot de stèles atteste la présence de Cariens venus d’Asie Mineure ; quant aux nombreux papyrus retrouvés, ils permettent de reconstituer de façon très vivante les travaux et les jours de Memphis aux temps tardifs.

Dans la nécropole thébaine, les travaux ont porté aussi sur les derniers siècles pharaoniques. Au nom de l’université de Milan, cette fois, Edda Bresciani a travaillé à la tombe de Nebneterou, vizir sous la XXIIe dynastie ; le monument a été remanié par la suite. À l’orée du grand cirque de Deir el-Bahari, le quartier désigné sous le nom d’Assassif est depuis longtemps célèbre par les grands palais funéraires de Montouemhat et de Pétaménophis. La mission autrichienne de M. Bietak y a dégagé de façon exemplaire la sépulture d’Ankh-Hor, un dignitaire de l’époque éthiopienne ; restaurée avec beaucoup de goût, elle offre aux visiteurs un excellent exemple de l’architecture et de l’art de la Basse Époque. À proximité, la mission belge a travaillé dans la tombe saïte de Pedehoresnet (no 196), tandis que le dégagement de la sépulture de Sheshonq (no 27) était confié à la mission de l’université de Rome. De nouvelles pages s’ajoutent ainsi à l’archéologie égyptienne.

En ce qui concerne les oasis, les recherches ne sont pas seulement précieuses pour notre connaissance de la fin de l’Ancien Empire tardif, mais aussi pour la période finale de l’Égypte ancienne. À partir de 1976, l’Institut français d’archéologie orientale mène des fouilles à Doush, dans le sud de l’oasis de Kharga. Une immense forteresse d’époque romaine domine le passage des pistes venant du Soudan et partant vers le Nil. Il s’y ajoute un temple égyptien construit sous l’empereur Domitien (81-96 apr. J.-C.) et complété sous Trajan et Hadrien, ainsi que les vestiges d’une ville et de nécropoles. De nombreux [ostraca] portant des inscriptions en grec constituent des documents administratifs du IVe siècle ; ils offrent des informations précises sur la vie des garnisons romaines et des populations locales. Des documents coptes renseignent sur la christianisation des oasis vers les débuts du IVe siècle.

Dans le sud de l’Égypte proprement dite, l’île de Philae a fait l’objet d’un grand sauvetage archéologique, d’une ampleur comparable à celui qui fut opéré pour les deux temples rupestres d’Abou Simbel. Depuis la mise en fonctionnement du haut barrage d’Assouan, les monuments de l’île, bien qu’en aval de la digue, étaient constamment menacés par le mouvement des eaux. À partir de 1970 ont commencé les travaux d’assèchement, ainsi que les relevés des temples en vue de leur transfert sur l’îlot d’Aglika, à 300 mètres plus au nord. Pour permettre les opérations de démontage, un batardeau a été établi autour de Philae ; l’île d’Aglika quant à elle fut aplanie et agrandie pour recevoir les vestiges archéologiques. Durant le démontage furent découverts de nombreux blocs provenant d’édifices antérieurs et réutilisés. L’un d’eux, consacré à Arensnouphis, était situé devant le temple d’Isis ; un temple d’Amasis s’étendait sous la salle hypostyle, tandis qu’au nord de la porte d’Hadrien s’élevait un kiosque de Psammétique II ; d’autres blocs datent de l’époque de Taharqa (XXVe dynastie). Il apparaît ainsi que Philae a été un lieu de culte vénéré plus tôt qu’on ne l’imaginait.

© 1995 Encyclopædia Universalis France S.A.

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