Toutânkhamon

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Pharaon de la XVIIIe Dynastie

1335 - 1326 av. J.C.

Souverain de la fin de l’ère amarnienne, ce roi doit sa notoriété à la découverte de sa tombe intacte dans la Vallée des Rois. Il naquit à El Amarna et porta tout d’abord le nom de Toutânkhaton, " Image vivante du Disque ".

Ainsi, c’est bien le fils royal Toutânkhaton qui apparaît sur un bloc amarnien contemporain de la fin du règne d’Akhénaton retrouvé à Hermopolis. Il est reconnu qu’il ne peut s’agir d’un fils venu tardivement à Aménophis III ni un frère d’Akhénaton, mais bien plutôt d’un fils de ce dernier et d’une épouse royale qui ne saurait être Néfertiti.

Intronisé à l’âge de huit ans, il fut sans aucun doute fortement influencé par ceux qui visaient à restaurer l’ordre ancien et à revenir aux croyances traditionnelles. Lui et sa jeune épouse Ankhensenpaaten, une des filles d’Akhénaton, furent conduits à modifier leurs noms au moment où le culte d’Aton fut banni pour le remplacer par le nom du dieu dynastique Amon.

La cour s’installe à Memphis, reprenant son rôle de capitale, et c’est à Saqqarah que furent élevées les tombes de bon nombre de courtisans et de grands commis de l’Etat. La richesse de ces dernières témoignent d’un royaume dont le potentiel économique paraît intact. Le pays est bien moins ruiné que ne peuvent le laisser croire les textes de restauration qui fleurissent à l’époque suivante. L’art amarnien se conjugue au classicisme de l’époque d’Aménophis III pour donner naissance à une nouvelle expression artistique qui s’épanouit à l’époque ramesside.

En son nom fut lancée, en l’an 4, une politique de restauration et d’amélioration des structures économiques du pays. La stèle de restauration, du musée du Caire, signale la réfection des idoles et des barques divines, la réorganisation des personnels et des domaines sacerdotaux se situent au premier plan de ses édits. La politique extérieure renoue autant que possible avec le faste du passé : la tombe thébaine du vice-roi de Kouch, Houy, montre le dignitaire recevant les tributs nubiens. Amon, réintégré dans le nom royal et dans l’onomastique, retrouve sa prééminence ; l’organisation traditionnelle des rapports entre les mondes divin et humain redevient la norme.

Le masque funéraire de Toutânkhamon

Dans ces textes revêtant une forme de propagande, Toutânkhamon est celui qui ramène harmonie et prospérité à une nation ruinée par l’impiété et délaissée par les dieux. Sa politique monumentale s’avère principalement thébaine. Il décore la colonnade propylée du temple de Louqsor érigée par Aménophis III qu’il nomme "son père" dans les inscriptions de dédicace. L’emploi de ce terme a pour but de rattacher le jeune souverain à un ancêtre politique. Il commandite la construction d’un Temple de Millions d’Années sur la rive gauche du Nil, à Thèbes. Seul son plan en est connu ; mais des recherches récentes semblent démontrer qu’une partie de sa structure, visiblement achevée par Aÿ, dut être démontée par Horemheb et remployée dans le IIe pylône de Karnak.

Plan de la tombe de Toutânkhamon

Sa Stèle de Restauration, bien qu’elle rapporte le texte d’un édit promulgué à Memphis fut elle aussi élevée à Karnak. Le souverain mourut dans la dixième année de son règne, sans avoir atteint ses vingt ans, sans doute à Memphis ; s’il faut en croire l’état de sa momie, il aurait peut être péri de mort violente. Son corps momifié fut transporté à Thèbes, accompagné d’un mobilier rassemblé à la hâte ; il contenait une proportion importante d’objets d’usage quotidien dont certains ne lui appartenaient pas. La même hâte procède au plan de sa tombe qui ne compte que quatre petites pièces ; elle ne présente pas, en effet, la forme des tombes corridors typiques de l’époque. Il s’agit sans aucun doute d’une sépulture privée comme on en connaît quelques exemplaires dans la Vallée des Rois.
La sépulture destinée à l’usage de Toutânkhamon se trouvait sans doute dans la Vallée de l’Ouest, non loin de celle d’Aménophis III. Le régent Aÿ assumant le rôle du prêtre dans les cérémonies de l’Ouverture de la Bouche, se l’appropria. Dès lors, il fit entasser dans un espace ridiculement restreint la masse du mobilier funéraire de l’enfant roi. Les chapelles entourant les sarcophages emboîtés entrent d’ailleurs difficilement dans la salle qui leur est dévolue.

Toutankhamon faisant une fumigation d’encens à Osiris Ounefer Khentymentiou

Ankhensenamon, veuve à vingt ans, et sans doute délaissée, fait appel au roi des Hittites en demandant à épouser un de ses fils pour en faire un roi d’Egypte légitime. Le complot mis à jour, ce projet matrimonial avorta. Le prince hittite venu au secours fut assassiné en chemin. Les rois-restaurateurs, Horemheb puis les premiers Ramessides, ne tinrent ni ses efforts de réforme ni son jeune âge pour des circonstances atténuantes. Comme l’écrit Jean Yoyotte, l’adolescent fragile, hérétique par la naissance, devenait renégat par raison d’état. Horemheb, à l’instigation duquel cette réforme avait été menée, la reprit à son actif en substituant ses cartouches à ceux de l’enfant roi, et en faisant débuter son règne à la mort d’Aménophis III, dont Toutânkhamon avait déjà essayé, vainement, de se rapprocher.

Dès lors, l’oubli du jeune souverain procédait d’une logique inéluctable. Son nom fut éliminé des listes royales canoniques rédigées sous les Ramsès en mal de légitimité ; ils martelèrent ses effigies en même temps que celles d’Akhénaton, les remplaçant par des tables d’offrandes.

Visage du Dieu Amon sous les traits de l’enfant Toutânkhamon

Toutânkhamon sombra dans l’oubli jusqu’à ce que des objets mineurs attirent l’attention du monde savant et ne le placent sur la liste des rois dont la sépulture demeurait à découvrir. Sans doute le caractère hâtif et peu royal de son inhumation contribua à sauvegarder la tombe durant plusieurs millénaires, son entrée étant occultée par les vestiges de cabanes d’artisans ramessides. Howard Carter, ayant déjà retourné systématiquement chaque pouce de la Vallée des Rois, était sur le point de renoncer, lorsque le miracle eut lieu. La tombe livra un mobilier d’une telle richesse qu’il est ainsi possible d’imaginer celles qu’avait pu abriter la tombe d’un roi tel que Ramsès II.

La momie de Toutânkhamon

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