Alexandre le Grand

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Le conquérant Macédonien

331 - 323 avant J.C.

Ayant rèuni les nations grecques sous la bannière macèdonienne, Alexandre prit le parti de chasser les Perses du monde mèditerranèen, et remporta sur eux plusieurs victoires successives, libèrant les pays conquis du joug de leurs oppresseurs.
L’Egypte, administrèe comme une satrapie, supportait mal la tutelle perse, et s’ètait rèvoltèe à plusieurs reprises. Aussi, Alexandre, sollicitè par les Egyptiens, fait-il son entrèe en Egypte, au cours de l’automne 332, accueilli en libèrateur, après avoir vaincu Darius II à Issos. Gagnant Memphis, la capitale, Alexandre n’y fait qu’un bref sèjour, pour poursuivre jusqu’à l’oasis de Siouah, dans le dèsert lybique, où les nations grecque, ègyptienne et berbère viennent consulter l’oracle d’Ammon, dont le parangon est l’Amon de Karnak.

Il s’y fait reconnaître, par l’oracle, comme pharaon, en tant que fils d’ Amon, ce qui lui assure la royautè universelle et la succession du dernier roi indigène : Nectanebo II. La confirmation de l’oracle vient peu de temps après : il est intronisè solennellement dans le temple de Ptah, à Memphis, et reçoit sa titulature. Il fonde Alexandrie, port ouvrant davantage l’Egypte au commerce mèditerranèen, et qui demeurera une ville essentiellement de culture grecque : Alexandria ad Aegyptum. Elle devint la capitale du pouvoir grec en Egypte . Profitant de la chute de Tyr et grâce aux ingènieurs et aux architectes grecs, Alexandrie s’imposa rapidement comme le grand port de la Mèditerranèe orientale.

Le pays est alors dirigè d’Alexandrie par le pouvoir macèdonien, sur la base d’un système qui devait beaucoup à l’organisation administrative perse. Après avoir instituè, jusqu’à la première cataracte, un rèseau de garnisons dirigèes par des gouverneurs militaires grecs, Alexandre repart au printemps 331 à la conquête de son rêve oriental.

L’Egypte est alors placèe sous la tutelle d’un Grec d’Egypte, Clèomène de Naucratis, chargè de recouvrer les taxes, et d’un des gènèraux d’Alexandre, Ptolèmèe, fils de Lagos. Ce dernier s’appuyant sur des nomarques ègyptiens, les structures politiques macèdoniennes viennent doubler les institutions civiles ègyptiennes, en leur adjoignant une organisation militaire et fiscale grecque permettant de dègager d’importants revenus, même si les Macèdoniens prennent garde à ne pas reproduire les erreurs perses.

Alexandre meurt à Babylone sans avoir revu l’Egypte.
Son corps est rapatriè de Babylone à Memphis, où il demeure provisoirement, avant d’être inhumè à Alexandrie par Ptolèmèe Ier. Veillant aux funèrailles d’Alexandre, cet ancien gènèral, devenu roi, en tirait une vèritable lègitimitè, comme le voulait l’usage ègyptien commandant au successeur d’assurer le rôle de prêtre-sem du roi dèfunt.

Bien que l’oeuvre architecturale d’Alexandre soit rèduite, elle est le reflet d’une vèritable politique d’assimilation des valeurs traditionnelles ègyptiennes. Le "Fils d’Amon" fait reconstruire à neuf les organes centraux des sèculaires sanctuaires thèbains de son père. Il èlève un sanctuaire reposoir de barque à Karnak, achevè par Philippe Arrhidèe, son demi-frère et successeur, et un reposoir de même nature à Louqsor. Il fait aussi restaurer la partie orientale du temple, appelèe Akhmenou, de Thoutmosis III, à Karnak, en rènovant par substitution la dècoration antèrieure. Cette rècupèration lui permit d’obtenir une lègitimitè d’un roi perçu comme le grand conquèrant et le grand constructeur de la XVIIIe dynastie.

En moins de six mois de prèsence effective, il consacre la fin de l’autonomie et de l’indèpendance politique de l’Egypte pour plus de deux mille ans.

Histoire d’Alexandre

Comme Christophe Colomb, Alexandre a changé le cours de l’histoire. Avec lui l’État moderne apparaît. Il a créé l’idée impériale, fondé une monarchie où il a diffusé la culture hellénique.
Tout en Alexandre « portait la marque du héros ». Son origine était divine par sa mère Olympias, vouée aux rites orphiques et dionysiaques, il descendait d’Achille, fils de Zeus, et par son père, Philippe II, il se rattachait à Héraklès, également fils de Zeus.

Il y a en lui du Barbare : il tient de sa cruelle mère qui fit régner la terreur à la cour de Pella, un tempérament passionné. Il se laisse emporter par de terribles colères (il tuera son ami Clitus, fera exécuter son vieux général Parménion). Des sentiments violents l’agitent. Il aime les fêtes excessives, les banquets et les beuveries. Ses convictions religieuses sont entachées de superstition. Mais il possède une volonté de fer : ses accès de passion et ses colères sont suivis de prompts repentirs. Il peut se montrer cruel et injuste, mais son coeur est généreux, capable de tendresse : le Roman d’Alexandre le Grand répandra dans le monde entier l’image d’un chevalier modèle, exemple des plus hautes vertus.

Il est vrai qu’Alexandre est aussi un Grec. Il a reçu, à l’âge de treize ans, un précepteur illustre, Aristote, qui lui a enseigné non seulement son savoir encyclopédique (il connaît l’Iliade et les tragiques par coeur, la médecine et les sciences naturelles aussi bien que les mathématiques et l’histoire), mais aussi l’exercice de la volonté et la domination de soi, en un mot la sagesse.
Le rayonnement et la puissance de séduction d’Alexandre tiennent, sans nul doute, à l’union intime en lui de ces traits contradictoires : Grec et Barbare, mystique et réaliste, rêveur et positif, il est emporté par son imagination et guidé par sa raison. L’irrationnel et le mystère l’attirent, mais sa lucidité trace la route à suivre. En lui la plus claire réflexion se double d’une souplesse d’opportuniste.

Très tôt, Philippe a dressé Alexandre à son métier de roi. Tandis qu’il fait campagne contre Byzance, il lui confie, à seize ans, la régence de la Macédoine ; il lui donne à dix-huit ans la responsabilité de la victoire de Chéronée, sur Thèbes et Athènes unies, en lui remettant le commandement de la cavalerie qui enfoncera le bataillon sacré.

À vingt ans, il succède à son père, tué par un de ses officiers et donne toute sa mesure. Il brûle sur un même bûcher l’assassin officiel de sa victime, et tue les concurrents au trône de Macédoine. Après avoir assuré la sécurité de ses frontières au nord par une campagne éclair sur le Danube, il soumet les Triballes en Bulgarie (335), puis les Gètes. Les Illyriens et les Taulantins reconnaissent son autorité, et les Celtes lui dépêchent des ambassadeurs, en lui accordant leur alliance.
Le « petit jeune homme de Pella » impose sa loi à la Grèce, rase Thèbes au son des flûtes, épargnant toutefois la maison de Pindare et les temples des dieux. Déférant aux conseils de Phocion, il fait grâce aux Athéniens.

Nous sommes en automne 335, et au printemps de 334, tout est prêt pour la grande expédition d’Asie. Alexandre imposera sa loi : la ligue de Corinthe le nomme en 325 hêgemôn à vie et stratège autocrate contre la Perse.

C’est l’Iliade qui recommence, la revanche des guerres médiques : en réponse à Xerxès, Alexandre jette une coupe d’or dans l’Hellespont.

1. L’épopée

Réalisation du programme panhellénique

Au printemps de 334, Alexandre passe l’Hellespont et se lance sur les traces d’Achille : il débarque à Ilion, où il honore son héros. Il fiche son javelot en terre - il est venu en conquérant -, voue son armure à Athéna, emporte le bouclier sacré. Puis il rejoint son lieutenant Parménion pour marcher contre les Perses. L’armée perse est nombreuse : 120 000 soldats et 20 000 mercenaires contre les 35 000 hommes environ dont dispose Alexandre. Mais les chefs sont divisés : Memnon préconise la tactique du vide ; Darius III préfère livrer à Alexandre une bataille rangée.
Elle a eu lieu sur le Granique, au printemps de 334, et Alexandre remporte sa première victoire en Asie. Il occupe la côte, rétablit dans toutes les villes grecques la démocratie, et supprime le tribut. Autour des villes, les territoires demeurent des satrapies, mais gouvernées par des Macédoniens. Alexandre n’annexe pas ses conquêtes, il les organise selon une forme originale, que les circonstances lui inspirent.

Faute d’argent, il renvoie sa flotte. L’habile Memnon, toutefois, ne parvient pas à l’arrêter, malgré la résistance de Milet et d’Halicarnasse. Alexandre a libéré les villes du Sud lorsque la mort de Memnon le débarrasse d’un redoutable adversaire. Il peut alors remonter vers le nord, rejoindre Parménion en Phrygie. À Gordion, il tranche d’un coup d’épée le noeud gordien, geste qui lui promet la possession du monde. Ancyre est prise, puis Tarse (333). Halicarnasse succombe ; la Carie est rendue à la vieille princesse Ada, qui adopte Alexandre ; un stratège macédonien l’assistera. Toutes les satrapies orientales seront organisées sur ce type : pouvoirs civils à des Perses fidèles, pouvoirs militaires à des Macédoniens. Alexandre soumet la Cilicie et fait célébrer de grands jeux de type hellénique, à Soloï.

Un an suffit à Alexandre pour libérer les villes grecques et conquérir l’Asie antérieure.

Imposant le lieu de la bataille une nouvelle fois, à Issos, Alexandre affronte le Grand Roi. La fuite de Darius lui donne la victoire. Les portes de la Syrie sont ouvertes et les Perses seront privés désormais de l’appui des villes phéniciennes (automne de 333).

Les ambitions d’Alexandre augmentent ; un champ d’action immense s’ouvre à sa volonté de puissance. Contre l’avis de Parménion, il rejette les propositions de Darius. Il est vainqueur : à lui de commander à l’Asie.

Conquête du royaume achéménide : d’Issos à Ecbatane (333-330)

Au lieu de poursuivre Darius, Alexandre décide d’occuper la côte syrienne pour neutraliser la flotte perse. Après un siège de sept mois (janvier-août 332), il s’empare de Tyr - où 8 000 Tyriens sont massacrés et 30 000 vendus comme esclaves - puis de Gaza, et marche sur l’Égypte.

L’occupation de l’Égypte répondait à une nécessité stratégique ; une Égypte perse pouvait appuyer les Grecs, qu’entraînait dans une nouvelle révolte le roi de Sparte, Agis (331). Alexandre est accueilli en Égypte comme un libérateur : sa tolérance religieuse lui vaut la sympathie de tous. À Memphis, il est peut-être intronisé roi-pharaon dans le temple de Ptah.
En 331, il se rend, à travers le désert, à l’oasis de Siwah, pour demander à Amon, assimilé à Zeus par les Grecs, une confirmation de son pouvoir. Il entre seul dans le temple comme « Fils d’Amon », et obtient l’approbation du dieu. Le 20 janvier, il a décidé la fondation de sa première colonie grecque, Alexandrie, destinée au plus brillant avenir. Il organise une expédition scientifique, chargée d’étudier la crue du Nil, et divise l’Égypte en quatre districts : Haute- et Basse-Égypte, Libye et Arabie ; à leur tête, des gouverneurs perses et deux stratèges macédoniens. Il place des garnisons à Péluse et à Memphis : les finances sont centralisées entre les mains de Cléomène, un Grec de Naucratis, qui absorbera peu à peu tous les pouvoirs. Après avoir reconstitué sa flotte et assuré ses liaisons avec l’Europe, Alexandre quitte l’Égypte pour la Phénicie.

À Tyr, Alexandre crée deux fonctionnaires financiers, un pour l’Asie Mineure à l’ouest du Taurus, un autre pour la Cilicie, la Phénicie et la Syrie, ainsi regroupées. Maître de la mer et sûr de toutes les côtes, il peut affronter le Grand Roi. Dans l’été de 331, il franchit l’Euphrate, puis le Tigre. Darius, à Babylone, a constitué une armée puissante, dotée de chars équipés de faux, et pourvue d’éléphants. Payant de sa personne, Alexandre force la victoire à Gaugamèles (331). Comme à Issos, Darius s’enfuit, Alexandre le poursuit en vain. Il entre à Babylone et prend le titre de roi de l’Asie.

Il devient, en même temps, le maître en Grèce ; intervenant dans les affaires intérieures des cités, il décrète l’abolition des tyrannies et détache ainsi les Grecs de Sparte.

Le destin d’Alexandre se transforme alors. Avec Babylone, il tient une des capitales de l’Empire achéménide. Il se hâte de prendre possession des autres. En novembre, il occupe Suse, où il s’empare du trésor de Darius (40 000 talents). Il entre ensuite à Persépolis dont il fait incendier les magnifiques palais comme autrefois Xerxès à Athènes. En janvier 330, il prend Pasargades, la capitale de Cyrus, dont il fait restaurer le tombeau. Au printemps, il marche sur Ecbatane, où s’est enfermé Darius : le Grand Roi s’enfuit et Alexandre occupe, sans coup férir, la dernière capitale du royaume perse.

C’est la fin de la croisade grecque : Alexandre renvoie chez eux les cavaliers thessaliens et les troupes grecques de la Ligue. Une page est tournée ; une nouvelle épopée commence.

Conquête de l’Iran

L’existence de Darius, prisonnier de deux satrapes entreprenants, Bessus et Narbazane, menace Alexandre. Il se lance à leur poursuite en juillet 330, à travers les montagnes iraniennes, en une folle chevauchée, par marches forcées, de jour et de nuit. Les satrapes fuient après avoir assassiné Darius. Alexandre, qui se considère comme son héritier légitime, jure de le venger et lui fait rendre les honneurs royaux.

Darius mort, Alexandre est seul maître de l’Asie : pourquoi continuer une guerre lointaine et pénible ? Les soldats aspirent au retour. Ils désapprouvent sa politique nouvelle, l’adoption du costume d’apparat des rois perses, la pratique de certaines cérémonies, l’incorporation de soldats orientaux dans l’armée.
Cependant, Alexandre persuade ses troupes : Narbazane s’est rendu, mais Bessus a pris le titre de Grand Roi et le nom d’Artaxerxès. En juillet 330, Alexandre est en Hyrcanie : pendant trois ans, dans un Iran hostile et farouchement attaché à son indépendance, il livrera ses plus âpres combats. Harcelé par les coups de main de l’adversaire, il allège son armée, divise la phalange en sections, incorpore des cavaliers sogdiens et perses, crée de nouvelles unités, les hipparchies, et les répartit en colonnes mobiles, prêtes à la riposte. En même temps, il assure ses conquêtes : il soumet l’Arie, y fonde de nombreuses villes, dont plusieurs Alexandries, installant une élite grecque en ces pays quasi sauvages. À l’automne de 330 éclate en Drangiane le complot de Philotas, fils de Parménion : le coupable est jugé par l’armée et mis à mort. Alexandre, dont le caractère s’est durci, permet l’exécution de Parménion.
D’Arachosie, où il fonde Alexandrie d’Arachosie, puis Alexandrie du Caucase, il gagne, au printemps de 329, la Bactriane où il s’empare de Bessus, puis la Sogdiane et le pays de Cyrus, qu’il venge en faisant massacrer la population. Il arrive à Maracanda (Samarkand), décide la fondation d’Alexandrie Eskhatê (Extrême) sur le Syr-Daria, pour garder la frontière et faire respecter ses conquêtes par les Barbares. Il a atteint les Bornes de Bacchus, les limites septentrionales de l’Oikouménè.

Mais le pays reste à pacifier. L’hiver de 329-328 est consacré à réprimer durement une série de soulèvements organisés par Spitamène en Bactriane et en Sogdiane. Spitamène, enfin, est assassiné par les Massagètes (fin 328). Avec la chute de la forteresse de l’Aornos, défendue par Oxyarte, l’Iran est tout entier soumis.
Maître des Perses et des Iraniens, Alexandre inaugure sa politique de fusion ; il épouse la fille d’Oxyarte, Roxane, selon le rite iranien, et incorpore des Orientaux dans son armée. Ses soldats ne le comprennent plus et refusent d’accepter sa nouvelle politique. Plusieurs complots éclatent. En 328, Alexandre, pris de boisson, avait tué de sa propre main Clitus, qui l’avait sauvé au passage du Granique, parce que celui-ci blâmait son orgueil. En 327, l’opposition la plus violente se manifeste à propos de la prosternation (proskunêsis ) imposée par Alexandre à tous ceux qui approchent le roi. Calisthène, historiographe et neveu d’Aristote, symbole de la résistance macédonienne et grecque à la politique du roi, refuse de se prosterner. Dans cette atmosphère de malaise, le complot des Pages est découvert : il permet à Alexandre de faire exécuter Callisthène, et de briser toute résistance.

Alexandre dans l’Inde (327-325)

L’Inde a fait partie de l’Empire des Achéménides : Alexandre se doit donc de la conquérir. Fasciné par l’inconnu, il compte ainsi gagner la mer qui, croit-il, limite la terre vers l’est.
L’Inde ne forme pas alors cette monarchie unique, voulue plus tard par Chandragoupta (qui s’inspirait d’Alexandre), mais un ensemble de royaumes d’importances diverses. La campagne d’Alexandre met en contact deux des plus grands humanismes de l’Antiquité, l’humanisme grec et l’humanisme indien. Ainsi, l’hellénisme pénètre au cœur de l’Asie, et l’influence de l’art grec sur la sculpture indienne sera déterminante.

Après avoir préparé diplomatiquement sa campagne en nouant des relations avec les roitelets, Alexandre prend la tête d’une armée de 120 000 personnes, dont 60 000 femmes et enfants. Gardant pour lui la tâche la plus dure, il conquiert la région montagneuse septentrionale, et l’érige en satrapie. Puis avec Héphaistion, qui a franchi l’Indus, il s’empare du royaume de Taxila. Dans l’été de 326, une terrible bataille l’oppose au puissant roi Porus, et à ses éléphants : la victoire lui livre tout le Pendjab. Alexandre hellénise le pays en créant les deux colonies grecques de Nicée et Bucéphalie. Aux bord de l’Hyphase, pour la première fois, il entend parler du Gange : il décide d’aller de l’avant, mais les soldats, terrassés par les pluies incessantes et la dureté des combats, s’opposent à de nouvelles conquêtes. Ulcéré, Alexandre s’incline. Comme son ancêtre Héraklès, il fait dresser douze autels consacrés aux Olympiens, autour d’une colonne portant l’inscription : « Ici s’est arrêté Alexandre. »

Le retour ; périple de Néarque

On reviendra par terre et par mer. Alexandre constitue une flotte de 800 bâtiments et la confie à Néarque. En novembre 326, l’armée descend l’Indus. De la proue de son navire, Alexandre offre des libations aux dieux des eaux, tandis qu’il renonce à son grand rêve oriental. Sur la rive droite Cratère, sur la rive gauche Héphaistion l’escortent. En juillet 325, il est à Pattala. Il divise le pays ainsi conquis, du Cachemire à la mer, en deux gouvernements (Gandhara et Sind), fonde deux nouvelles Alexandries, fait explorer le delta, étudier la flore, la faune, le sous-sol, dresser des cartes. Cratère est alors chargé de ramener une partie des troupes par la passe de Bolan. Néarque rentrera par mer en longeant la côte. Arrien, fidèle au journal de Néarque, nous raconte les passionnantes aventures des marins ahuris et effrayés par les baleines et les peuples ichtyophages. Alexandre s’est réservé l’itinéraire le plus pénible : il traverse le désert de Grédosie de nuit, fuyant la chaleur torride et la pénurie d’eau.

En décembre 325, il arrive en Carmanie, lieu du rendez-vous. Il est rejoint par Cratère. Dans l’angoisse il attend Néarque : sans nouvelles, il le croit perdu. Enfin, l’amiral est aperçu à Hormouz ; Alexandre accourt et pleure de joie : ses marins sont bien vivants et sa flotte intacte. Des bacchanales de sept jours et de grands jeux célèbrent leur remarquable exploit.

À Suse, en février 324, Alexandre édicte des mesures politiques capitales :

- Fusion des peuples macédoniens et perses par des mariages massifs, pour fonder l’unité de son royaume sur une égalité naturelle. Dix mille soldats et officiers, richement dotés par le roi, épousent des femmes perses. Alexandre s’unit à Statira, fille de Darius, Héphaistion à la sœur de celle-ci.
- Fusion des armes : la cavalerie perse est réunie à la cavalerie macédonienne. Des nobles perses, les Épigones, entrent dans la garde royale, réservée jusqu’alors aux jeunes nobles macédoniens.

- Connaissant la fragilité de son Empire, Alexandre veut lui donner des bases sacrées : il exige d’être considéré et honoré par tous ses sujets comme un dieu. Pour les Orientaux, cette volonté ne pose pas de problèmes. Les Grecs délibèrent, et, résignés, répondent : « Si Alexandre veut être dieu, qu’il le soit ! »

- L’édit sur les bannis rétablit les exilés dans leurs biens sur tout le territoire de la Ligue : il vise à faire régner la concorde générale, en ruinant les tentatives d’Harpale et le particularisme des cités.

Le discours d’Opis

Prononcé solennellement, ce discours résume la pensée politique d’Alexandre. Il scelle d’abord la réconciliation définitive du monarque et de son armée : une mutinerie avait entraîné l’exécution de treize meneurs. Touché par les pleurs des suppliants, Alexandre, qui avait accordé sa préférence aux Perses, décerne à tous ses soldats le titre de « Parents ». Au cours d’un banquet de 8 000 personnes, il prononce un discours que les historiens interprètent différemment, selon les sources qu’ils retiennent. On peut affirmer toutefois qu’Alexandre y exprime avec clarté le vœu de concorde entre tous les peuples de l’Empire « dans une communauté de pouvoir ». Il a dépassé le conseil d’Aristote : « Gouverner les Grecs en hêgemôn, les Perses en despote. » Il considère les uns et les autres comme des égaux.

Derniers actes ; mort d’Alexandre

D’Ecbatane, en hiver 324, Alexandre organise l’exploration de l’Arabie et celle de la Caspienne. Selon Diodore et les Hypomnemata , conservés par Eumène, Alexandre avait conçu des projets plus vastes encore, la conquête de l’Afrique et de l’Espagne. En novembre, la mort d’Héphaistion l’atteint profondément : il reste plusieurs jours couché près du cadavre, sans prendre de nourriture. Enfin, il lui accorde les honneurs funèbres

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