Seth

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Tout comme Apophis, Seth, dieu du chaos, est opposé à l’ordre qu’il tente de détruire chaque jour. Le mythe osirien en a fait le frère d’Osiris mais il est, dès les Textes des Pyramides, l’adversaire du dieu faucon Horus sans que cette lutte ne puisse s’inscrire dans un contexte osirien. C’est un des dieux les plus anciennement connu en Egypte puisqu’il figure déjà sur un objet en ivoire de l’époque nagadienne (4000-3500 av. J.-C.), et sur la massue de l’Horus Scorpion.

Seth est décrit la plupart du temps comme un être humain doté d’une curieuse tête d’animal. Celle-ci, présentant un long museau fuselé et de grandes oreilles, a pu être rapprochée de celle d’un tapir, animal pourtant fort éloigné du contexte égyptien. D’autres ont voulu y voir une sorte de lévrier mais il est peut être plus pertinent d’y voir un animal fantastique. Lorsque Seth se présente sous une silhouette animale, il ressemble à un canidé dont la queue est bizarrement redressée vers le haut et se termine par un toupillon en forme de plumeau.

Seth peut être appelé à revêtir d’autres formes animales. Elles lui sont moins spécifiques mais sont en général considérées, dans ce cas, comme négatives et chaotiques, telles que l’hippopotame, le crocodile, le porc et l’âne.

En contexte mythologique héliopolitain, Seth est un des enfants de Nout. Il appartient à la troisième génération divine, aux côtés d’Osiris, d’Isis et de Nephthys, qu’il prend d’ailleurs pour épouse. Il serait né dans la région de Nagada, non loin d’Abydos, et constitue avec Nephthys un couple formant l’antithèse d’Isis et Osiris. Il symbolise la sécheresse et l’infertilité là où les deux autres dieux sont en relation avec la fertilité chtonienne et la maternité. Toutefois, il ne convient pas de voir dans ces deux couples l’évocation d’une représentation tranchée du mal et du bien. Ces deux aspects de la réalité sont complémentaires et n’existent que l’un par rapport à l’autre.

Seth est associé aux déserts et aux confins arides du monde égyptien. C’est sans doute pour cette raison qu’il fut lié au Nouvel Empire avec les déesses d’origine asiatique telles qu’Anat et Astarté. C’est auprès de ces dernières que se révèle un des aspects primordiaux de sa personnalité : sa vigueur sexuelle. Celle-ci est cependant aussi débridée et désordonnée que Seth lui-même. Le comportement du dieu oscille ainsi entre homosexualité et viol. Seth est une puissance chaotique qu’il faut maîtriser et réintégrer à l’ordre égyptien. Sa lutte contre Horus aboutira à son émasculation qui correspond à la perte de son pouvoir.
Son rôle est exposé dans la légende d’Osiris connue d’après le traité de Plutarque et par un long texte littéraire appelé Conflit d’Horus et Seth, qui pouvait être raconté mais aussi représenté comme un mystère religieux lors de certaines fêtes. Seth, jaloux de la présence de son frère Osiris sur le trône d’Egypte, s’en débarrasse en l’assassinant. A l’apparition d’un héritier, le jeune Horus, il entre en conflit direct avec ce dernier en demandant que la royauté d’Egypte lui revienne.

Les deux adversaires se livrent à une lutte sans merci au cours de laquelle Seth réussit souvent à vaincre Horus par la ruse. Mais Seth y apparaît aussi comme un niais se laissant facilement berner à son tour. Il reçoit de toute façon l’appui de qui ne retient comme critère que la différence d’âge et ainsi la préséance et la légitimité logique de Seth. Mais en fin de compte Seth dépasse les bornes et le conseil divin décide de remettre la royauté terrestre à Horus. Seth est exilé dans le désert.

La puissance de Seth n’est pas pour autant perdue pour tout le monde. Reçu aux cotés de , il monte dans la barque solaire et fait partie de son équipage, se retournant contre Apophis, le véritable démon du désordre. Seth déchaîne alors tempêtes et orages. Souvent harponné par Horus sous la forme d’un hippopotame, il devient harponneur à son tour à la proue de la barque solaire, enfonçant sa lance dans les flancs du grand serpent Apophis.

Protecteur de , Seth l’est aussi du souverain aussi bien vivant que défunt. Il est un des patrons de la royauté aux côtés d’Horus. Lors de son couronnement, le roi reçoit les années d’Horus, en même temps que les années de Seth. Seth et Horus posent conjointement la couronne de Haute et de Basse-Egypte sur la tête de Pharaon. Dans les représentations du jubilé royal à Karnak, sous Thoutmôsis III, Seth aide le roi à bander son arc. Certains auteurs sont partis de cette constatation pour envisager que, hors d’un contexte osirien, Seth ait pu être le patron du royaume du Nord, tandis que l’attachement d’Horus à Hérakléopolis et au Sud est bien attesté.

La trace de cette lutte d’influence apparaîtrait alors dans la tentative de Peribsen, roi de la IIe dynastie, pour imposer l’image de Seth sur le serekh, au-dessus du nom royal. Son successeur en revanche devait, pour sa part, chercher à apaiser ces luttes internes. Le nom de Khâsekhemouy qui signifie les deux puissants sont apparus, se trouve placé sous l’égide commune de Seth et d’Horus. Ce dernier reprend d’ailleurs bientôt le dessus pour apparaître seul au-dessus de serekh et donner son nom à ce que nous appelons communément le Nom d’Horus (titulature royale).

Seth, malgré ses aspects négatifs et sans doute parce que ces derniers ne sont jamais perçus comme mauvais, reçoit un culte en son sanctuaire d’Ombos. Il appartient aux grands groupes divins connus sous le nom d’Ennéade, à Héliopolis et à Karnak. Durant l’invasion hyksôs, il connaît une importance inégalée : les nouveaux arrivants, d’origine asiatique, l’assimilent à leur dieu-foudre Baâl pour en faire leur propre divinité. Cela n’empêchera pas certains souverains du Nouvel Empire de réintégrer la divinité en intégrant son nom dans leur cartouche de naissance pour former, par exemple, Séthi, celui de Seth. Aux XIXe et XXe dynasties, l’imagerie royale intègre totalement Seth, parangon du souverain dans l’exercice de ses hauts faits militaires.

Sans qu’il soit possible d’en définir la raison, cette intégration dans le panthéon du dieu désordonné est très nettement remise en question pour faire l’objet d’une méfiance marquée. Seth, considéré comme le dieu du mal, devient une divinité à abattre. Dans un monde où régnait l’ordre de Maât, Seth constitue la face sombre du pouvoir tout en restant nécessaire à une certaine forme d’équilibre. Dans un univers envahi par le désordre, il devenait la puissance qu’il fallait combattre pour ramener l’équilibre passé, tant désiré.

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