Chou

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Chou est un dieu cosmique, divinité héliopolitaine associée à l’air et à la lumière. Cette seconde attribution découle sans doute du fait que l’air permet à la lumière de se manifester et de circuler. Le nom de ce dieu signifie serrement Celui qui se lève à moins qu’il ne comporte un connotation plus forte le liant à l’idée de vide et plus réellement d’espace.

Il apparaît fréquemment sous l’aspect d’un homme coiffé de la plume et qui sert à écrire son nom. Si celui-ci est souvent attesté dans les Textes des Pyramides ou les Textes des Sarcophages, il faut attendre le Nouvel Empire pour constater l’existence d’un culte.

La théologie héliopolitaine le rattache à la première génération divine, née d’Atoum en même temps que sa soeur et épouse Tefnout. Selon les versions, ils naissent de la semence du Créateur tombée à terre ou de la salive divine. Si Tefnout représente l’humidité de l’air, Chou se rapporte à l’air sec et lumineux. Cette croyance semble s’être mêlée à celle qui veut que le Créateur ait aussi donné naissance à deux concepts, Sia et Hou, émanant respectivement de son esprit et de son coeur. Chou devient alors le souffle que laisse échapper son nez.

De son union avec Tefnout, naissent Geb et Nout, la terre et le ciel. Mais il revient à Chou, l’air, de les séparer et de mettre ainsi fin à leur étreinte, en soulevant Nout, la voûte céleste, pour que puisse se manifester la lumière solaire à chaque cycle quotidien.

Par sa nature profonde, Chou est souvent mis en relation avec les vents, qu’il s’agisse du vent torride du sud ou inversement du vent frais et vivifiant du nord. Rafraîchissant, il ne l’est pas seulement pour les humains puisque les ouvertures pratiquées dans les toitures des appartements divins dans les temples prennent le nom de Fenêtres de Chou. Celles-ci sont destinées à "laisser pénétrer le souffle dans les narines" du dieu. A Dendérah, cette fenêtre est flanquée d’une "image de Chou" sous la silhouette d’une divinité anthropomorphe aux ailes étendues, tenant les symboles de la vie et du souffle.

Ces caractéristiques s’appliquent aussi au monde des morts. Les Textes des Sarcophages contiennent ainsi une formule permettant au défunt de se transformer en Chou afin d’obtenir pouvoir sur les quatre vents de l’Empirée. Le mort apparaît aussi comme le bas même de Chou, terme qui finit par décrire le vent ou le souffle de vie.

Chou détient le pouvoir sur les phénomènes atmosphériques tels que la brume et les nuages, décrits tour à tour comme les "ossements", les "murs" ou les "élévations" de Chou. Plus que du vent, il apparaît alors comme la divinité ayant pouvoir sur l’espace séparant la terre du ciel ; en ce sens son nom devrait être rapproché du terme désignant le "vide". Il passe aussi pour "celui qui soulève le ciel avec l’haleine de sa bouche". Il est alors proche du génie Heh à qui il emprunte son apparence mais qui demeure un de ses acolytes. C’est sans doute de ce fait que Chou fut perçu par les Grecs comme l’aspect égyptien de leur Héraclès.

Le roi lui-même est parfois comparé à Chou. Avec la symbiose qui s’est opérée entre Atoum et , Chou passe pour "fils de ", son héritier avant d’être remplacé par Geb. Par analogie, Pharaon apparaît ainsi sur "le trône de Chou en sa belle résidence de Memphis". Chou soutient son père et le défend en mettant à son service, contre l’ennemi de toujours, Apophis, la force destructrice de sa soeur Tefnout qui devient alors uræus cracheur de feu. Il revivifie le soleil au matin et le protège lors de son voyage nocturne des attaques du démon.

Cet aspect guerrier mit très tôt Chou et Tefnout en relation avec les deux lions jumeaux de Léontopolis. C’est sans doute ainsi qu’il apparaît sur un repose-tête découvert dans la tombe de Toutânkhamon. Flanqué de deux lions qui peuvent le représenter lui et sa soeur Tefnout, le dieu soutient la tête du roi défunt et semble la soulever, tel le globe solaire lui-même. Ce lien avec le Disque valut à Chou de ne pas être poursuivi par les zélateurs d’Aton et d’être inclus au contraire dans la personnalité même du dieu d’Amarna qui est ainsi "Chou qui resplendit dans le Disque".

Héritier solaire, la personnalité de Chou se mêla très tôt à celle d’autres dieux tels qu’Horus et tout particulièrement Horus l’ancien. A Kôm-Ombo, "Chou se change en Horus l’ancien, avec son harpon". Il est aussi proche du dieu faucon du delta oriental Sopdou. A Thèbes, il prend la forme de Khonsou, à la fois dieu lunaire et fils de , sous sa forme d’Amon-. Par construction théologique, Chou devient le correspondant héliopolitain du Khonsou thébain.

Chou prend aussi un aspect cosmique. Aux côtés de sa soeur, le couple forme les deux yeux du Créateur. Chou est alors le plus souvent l’oeil droit, l’oeil solaire : "l’image de , qui siège à l’intérieur de l’oeil de son père". Il en est plutôt le gardien et le soutien. Fortement lié à Thot, il participe activement au retour de l’oeil solaire furieux qu’est sa soeur Tefnout, sous la forme d’Aresnouphis, le "bon compagnon". Onouris, "Celui qui ramène l’oeil", n’est alors qu’une appellation de Chou.

De ce fait, Chou ne peut pourtant être considéré uniquement comme une divinité solaire, bien au contraire. Tefnout doit aussi être considérée comme une personnification de la lune qui apparaît et disparaît chaque mois. Dès les Textes des Pyramides, Chou est celui qui élève la lune vers le ciel. Aux côtés de Thot, il est celui qui ramène l’oeil perdu, la lune, à son Créateur. Chou lui-même peut être appelé, à la XIXe dynastie, "la lune qui se trouve dans l’oeil de Noun".

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