Le sarcophage

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

L’emploi du sarcophage traduit, dès ses origines, le besoin de préserver le corps ; il accompagne le recours à l’architecture funéraire. Les rois de l’Ancien Empire firent réaliser à leur profit les premiers exemplaires : ceux-ci affectent l’aspect de cuves de pierre dont l’extérieur prend l’apparence d’une enceinte protectrice ; il s’agit de véritables mastabas thinites à échelle réduite. Au début de la XVIIIe dynastie, les cuves royales quadrangulaires voient leurs angles protégés par les déesses Isis, Nephthys, Selkis et Neith. Sur les parois, les fils d’Horus défilent, accompagnés d’autres dieux ; ils assurent la protection du corps royal. Plus tard, la cuve peut prendre la forme d’un cartouche, tandis que le souverain en Osiris est figuré en bas-relief sur le couvercle.

La cuve en pierre renfermait plusieurs sarcophages momiformes en bois, plaqués d’or ou d’argent, emboîtés tels des poupées russes, ils forment comme une chrysalide. Le défunt subissait de multiples transformations, annoncant la naissance, tel le fœtus au sein de la mère. En effet, le sarcophage est comparé à un œuf, ou à une mère. Cette dernière apparaît d’ailleurs, tardivement, à l’intérieur du couvercle sous les traits de Nout, déesse céleste ayant mis Osiris au monde.

La cuve est, quant à elle, associée à Geb, dieu de la terre. Les parois répondent chacune à une orientation particulière. Celle-ci est souvent magiquement notée par un signe hiéroglyphique désignant le point cardinal correspondant : c’est l’image du microcosme qui entoure la momie. Le sarcophage est alors nommé la vie, ou le maître de la vie.

Les particuliers acquièrent le plus souvent un sarcophage de terre cuite ou de bois, dont la forme et le décor évoluent beaucoup. Caisse quadrangulaire tout d’abord, il devient ensuite anthropomorphe ; le visage est un portrait du défunt. Le sarcophage peut être peint en noir ou en blanc, être orné de vignettes ou de textes. Certaines longues recensions du Moyen Empire ont été justement appelées Textes des Sarcophages. A cette époque, il est la pièce maîtresse du mobilier placé dans une tombe (non décorée la plupart du temps) ; il rappelle de ce fait le décor de la chapelle funéraire.

Le défunt y habite comme dans une maison réelle au toit bombé. L’extérieur est paré de bandes verticales représentant les montants ou poteaux supportant le plafond, entre lesquels pendaient des nattes. Les bandes médianes sont mises en relation avec Chou, Tefnout, Geb et Nout, alors que les bandeaux situés aux quatre angles sont associés aux quatre Fils d’Horus. Le couvercle se place sous la protection d’Anubis ou de Nout.

Le sarcophage est, en principe, disposé sur un axe longitudinal nord-sud.

Le panneau nord (la tête) est protégé par Nephthys et Neith, le sud (les pieds) par Isis et Selkis. Le mort repose sur la gauche, tête au nord, face tournée vers l’orient, lieu de réapparition du soleil levant et des décans. Le long côté est, ou devant, est orné, à hauteur du visage, d’une représentation de stèle fausse-porte pourvue d’yeux magiques oudjat. Ils permettent au défunt d’en sortir à volonté ou de profiter du spectacle de l’extérieur. L’intérieur, outre les textes qui courent sur la plinthe basse, est orné de frises d’objets. Ces frises s’inspirent du mobilier funéraire royal : bijoux, amulettes et miroirs sur la paroi orientale (face) ; pièces de tissu, sceptres, armes, couronnes et coiffes sur la paroi ouest (dos). Sur la paroi de tête se trouvent chevet, onguents et coussins, tandis que sur la paroi de pieds sont représentés sandales, bassins et greniers....

L’organisation du cercueil, tombeau miniature, est en relation avec l’anatomie du cadavre. Le tableau d’offrandes alimentaires est placé à proximité de la stèle fausse-porte, par conséquent des yeux et de la bouche du défunt ; les greniers se trouvent sous ses pieds, car les grains sont issus de la terre fertile arrosée par la crue. Celle-ci est l’émanation symbolique des lymphes d’Osiris qui s’écoulent de dessous ses sandales... Ces règles ne sont pas appliquées de façon systématique ; textes et représentations ont souvent été peints avant l’assemblage des parois, parfois executé dans un certain désordre. Il semble que l’emplacement des représentations figurées, ait été plus respecté et significatif que celui des textes.

Avec le temps, le décoration propylactique du sarcophage, dans lequel on note de nombreuses vignettes du Livre des Morts, se fait plus envahissant. Sur le caisson momiforme, la poitrine est protégé par les ailes de Nekhbet (le vautour du Sud) et par Ouadjyt (le cobra du Delta). Accompagné des quatre fils d’Horus, Thot assure la venue des souffles vivificateurs en soutenant les étais célestes aux quatre angles du sarcophage. A la Troisième Période intermédiaire, des vignettes rappellent le message solaire des grandes compositions royales. Elles envahissent l’intérieur et l’extérieur de la cuve, dont le fond est occupé par un pilier djed animé, couronné et glorifié, et qui rappelle, quant à lui, la victoire osirienne.

L’ensemble devient une composition magique complexe, difficile à décrypter. Tardivement, dans un contexte d’ensevelissements collectifs, le sarcophage tend à disparaître. Le visage de la momie est alors couvert d’un moulage de plâtre à l’image du défunt ou plus simplement d’une planchette peinte d’un portrait, assujetti à la momie par un emmaillotage savant. Les sarcophages qu’abritent la plupart des collections égyptiennes ne doivent pas faire oublier cependant les boîtes grossières faites de quatre planches, les jarres, nattes et autres peaux de mouton (tant redoutée par Sinouhé), qui ont abrité la grande majorité des défunts au cours de leur longue marche vers l’Au-delà.

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