Kizzuwatna

Le Kizzuwatna fut un royaume anatolien du IIe millénaire av. J.‑C., incorporé dans l’Empire hittite à la fin du XVe siècle av. J.-C. Ce fut le nom donné à la région située au pied des monts Taurus (en Turquie aujourd’hui) voisine de la Pamphylie à l’Ouest. Elle correspondait presque à la Cilicie et à la Cataonie (« Kataonia » pourrait être une forme gréco-latine du nom Kizzuwatna). Le pays était organisé autour des rivières Ceyhan (alors Pyramos) et Seyhan (alors Saros), et de sa capitale Kummani ainsi que d’autres centres urbains. Au IIe millénaire av. J.‑C., sa population est composée majoritairement de Louvites et de Hourrites.

De l’indépendance à l’annexion par les Hittites

La première entité politique connue dans la Cilicie par les sources hittites anciennes est le « pays d’Adanya », précédant le Kizzuwatna, entité politique formée autour de sa capitale, Kummani. Pendant la période de l’ancien royaume Hittite, il est apparemment vassal de ce dernier, mais reprendt son indépendance lorsque les Hittites s’affaiblissent vers 1500 avant notre ère. Le premier roi dont on a connaissance porte le nom louvite d’Ishputahshu (c. 1530-1500 avant notre ère) fils de Pariyawatri. Afin de faire face à l’expansionnisme du Mitanni hourrite, le Kizzuwatna conclut une alliance avec le roi hittite Télipinu (c. 1525-1500 avant notre ère), traité que son successeur Paddatishu continua d’honorer. Mais cette coalition ne put faire face au Mitanni qui finit par se rendre maître de la région au moment du règne du roi Pilliya. Pilliya vers 1460 avant notre ère passa alors alliance avec le roi d’Alalakh, Idrimi, sous l’égide du roi mitannien Barattarna. Le fait qu’à partir de ce roi les souverains du Kizzuwatna portèrent des noms hourrites ou indo-aryens, alors que la population du royaume semble être à dominante louvite, pourrait être le signe d’un changement dynastique.

Le Kizzuwatna et la situation politique du Moyen-Orient au début de la période couverte par les Lettres d’Amarna, première moitié du XIVe siècle.

À cette époque, le Kizzuwatna s’étendait entre le Hatti et le Mitanni, et atteignait la Méditerranée. Ses deux puissants voisins se disputèrent sa domination. Après le règne de Shunashshura Ier, le royaume retomba sous la coupe hittite. Vers 1440 avant notre ère, le roi suivant, Talzu, choisit le camp du Mitanni en se soumettant à Shaushtatar I (c. 1440-1410 avant notre ère), mais son fils et successeur, Shunashshura II rejoignit le camp des Hittites de Tudhaliya Ier (c. 1430-1420 avant notre ère), avec qui il signa un traité vers 1420 avant notre ère. Le successeur de ce dernier, Arnuwanda Ier (c. 1420-1400 avant notre ère), dès son arrivée au pouvoir annexa à son royaume le Kizzuwatna et le plaça sous la tutelle de princes hittites. Cette domination hittite perdure jusqu’à l’effondrement de leur empire. Le Kizzuwatna demeura cependant, du fait de son prestigieux passé, un des vassaux privilégiés des Hittites, au même titre que l’Arzawa ou le Hanigalbat.

Une région importante de l’Empire hittite

Le Kizzuwatna fut l’une des principales formations vassales de l’Empire hittite (kuirwana). La dynastie fondée par Tudhaliya Ier fut peut-être d’origine Kizzuwatite. Culturellement, l’influence kizzuwatite est manifeste. Un corpus des textes religieux, appelés les « rituels du Kizzuwatna », a été découvert à Hattusha la capitale hittite. Il s’agit d’un ensemble constitué de nombreux rituels d’époques différentes (les plus anciens pouvant remonter au milieu du XVe siècle av. J.-C.), provenant suivant leur nom de villes différentes. Ils témoignent de l’influence culturelle hourrite et syrienne sur le Kizzuwatna, qui semble être une région de syncrétisme louvito-hourrite du fait de sa situation de zone de contact entre espaces de peuplement louvite au nord et à l’ouest (de langue indo-européenne anatolienne) et espaces de peuplement hourrite à l’est (de langue caucasienne). C’est en grande partie par son intermédiaire que les éléments religieux hourrites prirent une place importante au Hatti, notamment au XIIIe siècle av. J.-C. sous les règnes de Hattushili III et Tudhaliya IV. Il faut probablement mettre en avant comme explication de ce phénomène le rôle de la reine-mère de cette période, Puduhepa, elle-même kizzuwatite et fille de Pentipsharri, grand prêtre du temple d’Ishtar/Shaushga à Lawazantiya, un des principaux centres religieux du Kizzuwatna.

Tablette du traité entre Pilliya du Kizzuwatna et Idrimi d’Alalakh, c. 1460 avant notre ère.

Cette région semble être organisée autour de plusieurs centres urbains, le principal étant Kummani, capitale politique et centre religieux majeur, car haut lieu du culte du dieu de l’Orage, Teshub. Les sources hittites y situent un « prince-prêtre » aux fonctions administratives et militaires, les deux cas les mieux connus de détenteurs de cette charge, étant des personnages issus de la famille royale hittite, Kantuzzili, frère de Tudhaliya III et Télépinu, fils de Suppiluliuma Ier. Cela met donc le Kizzuwatna dans une situation similaire à d’autres régions vassales stratégiques des Hittites où sont installés des princes comme Karkemish ou Alep. Tarse est également une cité importante à cette période, et on y a retrouvé plusieurs sceaux de dignitaires inscrits en hittite hiéroglyphique (en fait du louvite, langue de la population de cette région). Adanya, l’actuel port d’Adana, est le centre d’un royaume ayant précédé le Kizzuwatna, et reste une ville importante à la période kizzuvatite-hittite. Un autre centre urbain qui peut être localisé sur le littoral de la Cilicie ou à sa proximité est le port d’Ura, connu surtout par l’activité de ses marchands à Ugarit. La Cilicie est probablement traversée par des axes de transport menant du cœur du pays hittite à la Méditerranée, ce qui a dû jouer un rôle dans sa prospérité économique à cette période. Il semble en effet que cette période ait vu une croissance démographique importante. Les prospections archéologiques indiquent en tout cas que le nombre de sites occupés augmente à la période hittite. D’une manière générale, le sud-ouest anatolien est une région qui connaît un essor important durant les derniers siècles de la domination hittite, comme le montre l’importance des royaumes de Tarhuntassa et de Karkemish, proches du Kizzuwatna.

La Cilicie après la chute de l’Empire hittite

Après la chute de l’Empire hittite vers 1200 avant notre ère, le Kizzuwatna disparaît comme royaume. L’empire Hittite est alors morcelé en petits royaumes que l’on qualifie de « néo-hittites ». Ces petits royaumes perdurent dans le sud-est anatolien et la Syrie du Nord. De petites villes ou petites régions se forment en cités-États : Alalakh, Karkemish, Alep, Commagène (Kummuhu), le Que (région de Tarse), le Tabal (autour de Kummani), etc. Ces États abandonnent l’écriture hittite cunéiforme au profit de l’écriture hiéroglyphique. La langue utilisée est alors le louvite.

Par la suite, en 715 avant notre ère, la région du Kizzuwatna devenue la Cilicie (« Khillakou ») est annexée par les Assyriens, puis elle devient au VIe siècle av. J.-C. une satrapie de l’Empire perse achéménide. Une délégation de Cilicie figure sur des reliefs à Persépolis. Puis la province passera sous domination des Séleucides, avant d’être conquise par les Romains, notamment sous l’action de Pompée. Dans les premiers siècles de notre ère, hellénisation et christianisation transforment culturellement la population, désormais micrasiate et arménienne.

Conquise au VIIe siècle par le califat arabe des Abbassides, cette population leur donne bien du fil à retordre car c’est un pays de de farouches guerriers mardaïtes (Μαρδαἵτες), de pirates et de contrebandiers (les caravisiens - Καραβισιάνοι). Récupérée au Xe siècle par l’empereur Basile II qui l’intègre dans les thèmes de Lykandos et de Cilicie, elle fournit à la flotte de l’Empire romain d’Orient bois et marins. En 1198 elle est érigée en royaume arménien, avec à sa tête son premier roi : Lévon II le Grand, reconnu par les croisés et le Pape. Au XIVe siècle, en 1375, à l’époque des beylicats, ce royaume arménien tombe aux mains des sultanats turcs des Karamanides (à l’ouest) et Ramadanides (à l’est), puis, après 1488, des Ottomans [1]. La région est, depuis lors, turque, et les dernières populations chrétiennes en ont été expulsées en 1923 en application du Traité de Lausanne.

Rois du Kizzuwatna

  • Pariyawatri
  • Ishputahshu (c. 1530-1500)
  • Paddatishu
  • Pilliya (c. 1500-1460)
  • Shunashshura Ier (c. 1480)
  • Talzu
  • Shunashshura II (c. 1420)

Bibliographie

  • (en) G. M. Beckman, Hittite Diplomatic Texts, Atlanta, 1996
  • (en) A. Götze, Kizzuwatna and the problem of Hittite geography, New Haven, 1940
  • (de) V. Haas, Hurritische und luwische Riten aus Kizzuwatna, Kevelaer, 1974
  • E. Jean, A. M. Dinçol et S. Durugönül (dir.), La Cilicie : espaces et pouvoirs locaux (2e millénaire av. J. -C. - IVe siècle ap. J. -C.), Actes de la Table ronde internationale d’Istanbul, 2-5 novembre 1999, Paris, 2001
  • J.Freu, Histoire du Mitanni, Paris, 2003
  • (en) J. L. Miller, Studies in the Origins, Development and Interpretation of the Kizzuwatna Rituals, Wiesbaden, 2004
  • A. Mouton, Les rituels de naissance kizzuwatniens, un exemple de rites de passage en Anatolie hittite, Paris, 2008

Source : Wikipedia.org

[1Claude Mutafian & Éric Van Lauwe, Atlas historique de l’Arménie.

Navigation

AgendaTous les événements

décembre 2018 :

novembre 2018 | janvier 2019

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Publications Derniers articles publiés

Brèves Toutes les brèves

  • Lequel est Toutankhamon ?

    A quoi ressemblait le pharaon Toutankhamon ? Si les masques et les statues exposés dans les musées vous laissent sur votre faim, voici trois reconstitutions du visage du jeune homme, réalisées à partir de 1.700 photos haute résolution du scanner de la momie. Trois équipes ont travaillé indépendamment. L’équipe égyptienne a travaillé directement à partir du scanner et a recréé en 3D sur ordinateur le (...)

  • Reconstitution en silicone du visage de Toutankhamon

    Le visage de Toutankhamon a été reconstitué en silicone par des spécialistes égyptiens, français et américains, a annoncé le Conseil supérieur des antiquités égyptiennes.
    Les spécialistes, qui ont reconstitué le visage, sont d’accord sur la forme du visage et les traits du pharaon, mais divergent sur la forme des oreilles et du nez, a indiqué Zahi Hawass, président du Conseil, dans un communiqué mardi. (...)

  • Toutankhamon n’a pas été assassiné, selon les résultats d’un scanner

    Les résultats d’un scanner effectué sur la momie du pharaon Toutankhamon montrent que l’enfant-roi n’est pas mort assassiné, mais les chercheurs n’ont pas réussi à déterminer les causes de son décès, a affirmé mardi le responsable de l’archéologie égyptienne Zahi Hawass.
    "Les scientifiques n’ont trouvé aucune preuve que Toutankhamon a été assassiné, ni qu’il a été frappé à la tête, ni qu’il a été tué", a (...)

  • Une scanographie pratiquée sur la momie de Toutankhamon

    Pour la première fois depuis 82 ans, la momie de Toutankhamon a été extraite de son tombeau, cette fois pour subir une scanographie. L’équipe d’égyptologues à l’origine de cette opération très délicate tente de percer le mystère de la mort du pharaon, disparu à l’âge de 17 ans voilà plus de trois millénaires.
    Les 1.700 images prises mardi au cours de cette radiographie par scanner, qui n’a duré qu’une (...)

  • Pharaons

    Grande exposition patrimoniale
    présentée du 15 octobre 2004 au 10 avril 2005
    Pharaon, maître de la terre et de l’univers, Dieu parmi les Dieux et homme protégé des Dieux, roi aux pouvoirs sans limites sur les terres de la callée du Nil, du Soudan à la Basse Égypte. Rares ont été dans l’histoire les souverains qui ont autant fasciné.
    L’exposition de l’Institut du monde arabe interroge : qui étaient ces (...)