Néfertari La Grande épouse royale de Ramsès II

, par  JACQ Christian

Le grand amour de Ramsès II

À travers les inscriptions officielles, il est difficile, voire impossible, de discerner les sentiments qu’un Pharaon éprouva pour sa grande épouse. Même dans le cas d’Akhénaton et de Néfertiti, qui semblent nous offrir des scènes d’intimité familiale, la part de la symbolique demeure considérable. En ce qui concerne Ramsès II et Néfertari, ni familiarité, ni confidence romantique, mais un couple royal dans toute sa gloire et sa majesté. Pourtant, comme nous le verrons, Ramsès honora Néfertari d’une manière assez exceptionnelle. Bien qu’il ait vécu beaucoup plus longtemps qu’elle, bien que d’autres épouses royales aient succédé à Néfertari, c’est elle qui demeura la reine liée au règne de Ramsès II.

Les parents de Néfertari sont inconnus ; elle était peut-être d’origine relativement modeste. Son nom signifie « la plus belle », « la plus accomplie », et il est souvent suivi de l’épithète « aimée de Mout ». Deux références importantes : l’une à une grande ancêtre, la reine Ahmès-Néfertari ; l’autre à la déesse Mout, épouse d’Amon, maître de Thèbes. Néfertari épousa Ramsès avant qu’il ne succédât à son père, Séthi 1er ; elle porta des titres qui soulignèrent le rôle essentiel de la grande épouse royale : « souveraine du double pays », « celle qui préside à la Haute et à la Basse- Égypte », « la maîtresse de toutes les terres », « celle qui satisfait les dieux ». Les textes précisent qu’elle avait un beau visage et une douce voix [1]. Sa présence, lors d’une fête à Louxor, est évoquée en ces termes : La princesse, riche de louanges, souveraine de gâce, douce d’amour, maîtresse des Deux Terres, la parfaite, celle dont les mains tiennent les sistres, celle qui met en joie son père Amon, celle qu’on aime le plus, celle qui porte la couronne, la chanteuse au beau visage, celle dont la parole donne la plénitude. Tout ce qu’elle demande est accompli, toute réalité s’accomplit en fonction de son désir de connaissance, toutes ses paroles font naître la joie sur les visages, entendre sa voix permet de vivre.

Porteuse d’amour et de création, la parole de la reine procure le bonheur aux dieux et aux humains. Sa formulation rend doux le cœur d’Horus, à savoir le roi, et lui apporte la paix. Si l’on interprète les inscriptions à la lettre, Néfertari aurait donné quatre fils et deux filles à Ramsès II ; mais la notion de « fils » et de « fille », nous l’avons vu, correspond très souvent à un titre. Sous son long règne, Ramsès II adopta un nombre considérable de « fils royaux » et de « filles royales », qui firent croire à certains égyptologues, qu’il avait été un géniteur forcené.

Le rôle politique de Néfertari

Dès l’an I du règne, la grande épouse royale fut associée à des actes majeurs ; après avoir participé aux rites du couronnement, Néfertari fut présente aux côtés de Ramsès II, à Abydos, lors de la cérémonie au cours de laquelle le roi nomma Nébounénef grand prêtre d’Amon, s’assurant ainsi de la fidélité du riche et puissant clergé thébain. Néfertari joua un rôle actif dans les grands rituels d’État, indispensables pour perpétuer la prospérité des Deux Terres, comme la fête de Min ; on y voit, notamment, la reine tourner sept fois autour du roi en récitant des formules magiques. A l’instar d’un certain nombre de reines, Néfertari exerça une influence forte en politique étrangère. Au cours de longues négociations, nécessaires pour obtenir la paix avec les Hittites, elle correspondit avec son homologue, la reine du Hatti. Elles échangèrent bijoux et étoffes, et il est probable qu’une amitié naquit entre les deux souveraines. « Avec moi, ta sœur, écrit-elle, tout va bien ; avec mon pays, tout va bien ; avec moi, ma sœur, tout va bien.  » L’Egyptienne et la Hittite souhaitèrent que les divinités confortent paix et fraternité entre leurs deux peuples, et ce vœu fut couronné de succès.

En raison de l’origine de sa dynastie, Ramsès II éprouvait un goût prononcé pour les sites du Delta, devenu une zone stratégique dans le cadre des rapports avec l’Asie. Le roi créa dans le Delta une nouvelle capitale, Pi-Ramsès, « la cité de Ramsès », ville de turquoise où il fit édifier temples et palais. Là furent vénérées des divinités égyptiennes, notamment Amon, mais aussi des divinités asiatiques. Cette cohabitation manifestait, de façon éclatante, la volonté de paix à laquelle Néfertari ne devait pas être étrangère. Une lettre rédigée par un scribe vante la beauté fabuleuse de cette capitale où Néfertari présida de nombreuses cérémonies. C’est lui-même, affirme l’écrivain, qui a créé ce site. Autour de la ville, les champs sont d’une éblouissante richesse. Chaque jour, la capitale est pourvue en aliments excellents. Les canaux sont remplis de poissons, les étangs couverts d’oiseaux. Dans les greniers, d’abondantes réserves d’orge et d’épeautre. Des fleurs merveilleuses rendent les jardins riants. Rien ne manque sur les tables : figues, raisin, pommes, grenades, olives, oignons, poireaux, vin rouge à la saveur inégalable. Le palais où vécut le couple royal était somptueux. Au centre, une salle à colonnes colorées, une salle d’audience, une salle du trône. La décoration offrait une large place à des scènes champêtres, à la faune et à la flore. Un grand confort régnait dans les appartements privés des souverains, notamment pourvus d’une salle de bains. Le soir, il était agréable de sortir sur la terrasse et d’assister au coucher du soleil, en goûtant la fraîche brise du nord. Autour du palais, jardins et pièces d’eau offraient calme et douceur. Acacias, palmiers, sycomores, grenadiers charmaient le regard.

Les deux temples d’Abou Simbel, ou la sublimation du couple royal

C’est en 1813 que le Suisse Burckhardt redécouvrit Abou Simbel, un site extraordinaire au cœur de la Nubie. Là, en aval de la deuxième cataracte du Nil, deux temples avaient été creusés dans la falaise, au bord du fleuve, environ à I 300 km au sud de Pi-Ramsès, la capitale de Ramsès II. La déesse Hathor régnait sur ce lieu magique, dont le choix n’était pas dû au hasard ; sous la protection de la souveraine de l’amour céleste, le Pharaon avait décidé de magnifier le couple royal en l’incarnant, de manière monumentale, dans deux temples proches l’un de l’autre. Ils furent inaugurés par Ramsès et Néfertari pendant l’hiver de l’an 24 du règne ; qui a eu l’occasion de voir Abou Simbel avant le déplacement des temples, rendu obligatoire par la désastreuse création du lac Nasser et la destruction de la Nubie, a connu l’émotion intense vécue par le couple royal. Le soleil teintait d’or le grès nubien ; les colosses assis de Ramsès, au fin sourire, contemplaient l’éternité ; les colosses, debout et en marche, du roi et de la reine, cheminaient à jamais sur des chemins de lumière.

Ramsès et Néfertari pénétrèrent dans le grand temple, consacré à la régénération perpétuelle du ka de Pharaon, progressèrent dans l’allée bordée de piliers représentant le roi en Osiris, franchirent les portes qui donnaient accès aux salles secrètes, et allèrent jusqu’au fond du sanctuaire où trônaient quatre divinités, , Amon, Ptah et le ka de Ramsès. Néfertari est présente dans ce temple, où elle agit en tant que grande magicienne, insufflant au roi l’énergie nécessaire pour vaincre les ténèbres ; mais elle est honorée de manière monumentale par le temple voisin. Selon les inscriptions hiéroglyphiques, Ramsès II l’a fait bâtir, comme oeuvre d’éternité, pour la grande épouse royale Néfertari, l’aimée de Mout, pour toujours et à jamais, Néfertari pour le rayonnement de laquelle rayonne le soleil. Ce « petit temple « est une merveille. La taille de la reine est égale à celle du roi ; on la voit jouer du sistre pour Hathor, offrir des lotus et des papyrus à Mout et à Hathor, encenser les déesses, faire offrande à Isis, mère du dieu, dame du ciel et souveraine des divinités, rendre hommage à Ta-Ouret, « la grande « , déesse-hippopotame qui rend le monde fécond et donne naissance aux forces de création.

De même qu’Hatchepsout, dans son sanctuaire de Deir el-Bahari, rencontrait Hathor sous la forme de la vache céleste, de même Néfertari, au fond de sa grotte sacrée creusée dans une lointaine montagne de Nubie, est représentée explorant un fourré de papyrus, pour découvrir cette vache, symbole du cosmos. Scène extraordinaire : le couronnement de Néfertari. D’une suprême élégance, la reine, au corps fin et allongé, tient dans la main droite la « clé de vie « et, dans la gauche, un sceptre floral. Sa couronne se compose d’un soleil entre deux cornes et de deux hautes plumes, qui font d’elle l’incarnation de toutes les déesses créatrices. A son front, l’uræus, cobra femelle qui brûle les ennemis et dissipe les forces négatives. De part et d’autre de Néfertari, deux déesses, Isis et Hathor ; après avoir mis en place la couronne, elles la magnétisent. Ramsès est l’époux de l’Égypte, dont Néfertari est la mère ; dans le naos de son temple, elle s’identifie à Isis et à Hathor, crée la crue et donne ainsi la vie au pays entier.

La demeure d’éternité de Néfertari

Lorsque Ramsès II célébra sa première fête-sed, dont le but était de régénérer la puissance royale, considérée comme épuisée après trente ans de règne, Néfertari ne figura pas parmi les personnalités présentes à cette importante cérémonie, qui durait plusieurs, jours et voyait toutes les divinités de Haute et de Basse-Égypte se rassembler pour offrir au monarque un nouveau dynamisme. La conclusion s’impose : Néfertari avait regagné l’au-delà, mais aucun document ne précise la date de sa mort. Une hypothèse romanesque voudrait que la reine eût rendu l’âme à Abou Simbel, devant le temple qui l’immortalisait. Epuisée, elle aurait confié à sa fille aînée le soin d’inaugurer les sanctuaires avec Ramsès. Un autre monument chante à jamais la gloire de Néfertari : sa demeure d’éternité, dans la Vallée des Reines [2].

Découverte en 1904 par Schiaparelli, elle est un très grand chef-d’œuvre de l’art égyptien et fut récemment restaurée grâce à des fonds privés, provenant de la Fondation Getty de Los Angeles. Peintres et dessinateurs de l’ancienne Égypte ont porté leur art à sa perfection, en décrivant le cheminement initiatique de la grande épouse royale dans l’autre monde. Des énigmes demeurent. Pourquoi la tombe de Néfertari est-elle la seule de la Vallée des Reines à avoir échappé aux destructions et aux dégradations ? Le mobilier funéraire fut-il volé ou, simplement déménagé ? Il n’est pas impossible que les Egyptiens eux-mêmes aient soigneusement refermé la tombe après le transfert de la momie de Néfertari dans une cachette qui n’aurait pas encore été retrouvée. Cette demeure d’éternité est vaste et comprend plusieurs pièces qui mènent jusqu’à la « salle de l’or « , où le corps de lumière de la reine avait été animé par les rites, pour servir de support aux éléments spirituels de l’être, comme le ba, l’âme-oiseau. C’est ici, dans cette « place de Maât », que le cœur de la reine connut la joie de la résurrection et qu’elle se joignit à la grande Ennéade, la confrérie des neuf divinités qui créent et organisent sans cesse l’univers. Néfertari joue au sénet, l’ancêtre des dames et des échecs Son adversaire n’est autre que l’invisible ; cette partie-là, la reine doit la remporter.

Elle fait offrande à Ptah des étoffes qu’elle a elle-même tissées, et prononce les paroles justes pour obtenir de Thot la palette de scribe et le matériel d’écriture. Je suis scribe, peut-elle affirmer, je fais Maât, j’apporte Maât. Ces scènes illustrent de véritables épreuves initiatiques qui prouvent la capacité de connaissance de la reine. Aussi peut-elle rencontrer les divinités, se laisser guider par Hathor, affronter les gardiens de portes avec succès et voir apparaître l’oiseau benou, le phénix égyptien. Fait essentiel, Néfertari est initiée à la fois aux mystères d’Osiris, maître du monde souterrain et du royaume des morts, et à ceux de , lumière divine et maître du ciel. Tenant la reine par la main, Isis, l’épouse d’Osiris, lui offre la vie éternelle et lui permet de prendre place sur le trône du dieu mort et ressuscité. Purifiée, Néfertari participe aussi aux mutations du soleil, est guidée sur le chemin des deux horizons, apparaît comme son père , et devient une étoile impérissable. La demeure d’éternité de Néfertari est un véritable livre de sagesse, retraçant les étapes d’une initiation féminine. Bien au-delà de son existence terrestre, la grande épouse royale de Ramsès II nous lègue ainsi un témoignage inestimable.

Source : Les égyptiennes par Christian Jacq, édition Librairie Académique Perrin 1996

[1Voir H. Schmidt / J. Willeitner, Néfertari, Mainz, 1994.

[2Voir G. Thausing et H. Goedicke, Nofretari. Documentation of the Tomb and its Decoration, Graz, 1971 ; In the Tomb of Nefertari. Conservation of the Wall Paintings, Santa Monica, The J. Paul Geuy Trust, 1992.

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