Le culte d’HOrus hors d’Egypte

Horus ne s’est pas laissé enfermer à l’intérieur des frontières égyptiennes. En Nubie, sa présence s’est imposée par la volonté des pharaons guerriers. Dans le pourtour méditerranéen, la croyance s’est largement diffusée auprès des populations gréco-romaines adeptes des cultes isiaques. Durant les derniers siècles du paganisme égyptien, les premiers chrétiens se sont emparés de l’imagerie et du mythe horiens sous les traits de l’Enfant Jésus et du harponneur saint Georges afin de mieux asseoir la nouvelle religion auprès d’une population rétive à l’innovation religieuse.

Antiquité

Nubie

Située entre la première cataracte du Nil et la confluence du Nil Blanc avec le Nil Bleu, la Nubie a joué un rôle essentiel comme carrefour commercial et culturel entre

Vestiges du temple de l’Horus de Bouhen
à Khartoum. XVIIIe dynastie.

l’Égypte antique et le reste de l’Afrique. Dès la période thinite, les richesses de la Basse-Nubien 15 ont suscité les convoitises pharaoniques. Puis, durant les Moyen Empire et Nouvel Empire, la région a été colonisée militairement et économiquement. Les pharaons ont marqué leur volonté hégémonique en faisant édifier plusieurs dizaines de citadelles et temples. Quatre localités ont été placées sous la protection du dieu Horus : la forteresse de Bouhen, la colline de Méha (temples d’Abou Simbel), la forteresse de Miam et la forteresse de Baki. Cette zone est à présent submergée sous les eaux du lac Nasser.

À Bouhen, le temple d’Horus se situait à l’intérieur de la forteresse sur une petite éminence. Un bâtiment du Moyen Empire à fait place à un petit temple rectangulaire édifié sous la reine Hatchepsout. La partie centrale est constituée par un sanctuaire entouré de colonnes. Un vestibule donne accès à trois longues chapelles, l’une d’elles communiquant avec une quatrième salle arrière. La décoration a été complétée sous Thoutmôsis III. Les scènes montrent aux côtés de l’Horus de Bouhen, les dieux Amon-Rê, Anouket, Thot, Isis, Neith, Séchat et Montou. Au XXe siècle, le temple de Bouhen a été démonté lors de la grande campagne de sauvetage des temples de Nubie menée par l’UNESCO. Il a été remonté à Khartoum, la capitale du Soudan, dans le jardin du Musée national.

Cultes isiaques

Entre le IVe siècle avant, et le IVe siècle de notre ère, le culte d’Isis et des dieux qui lui sont associés (Osiris, Anubis, Horus) s’est répandu à travers tout le pourtour de la

Harpocrate ailé tel Éros.
Musée du Louvre.

mer Méditerranée. La croyance a même gagné les bords du Rhin, la Pannonie et l’Angleterre, alors possessions de l’Empire romain. Le culte des dieux égyptiens n’est toutefois resté le fait que d’une petite minorité de croyants et ne s’est jamais hissé au rang de religion majoritaire. De nombreuses statuettes, amulettes, bijoux, lampes à huile ont été découvertes figurant Horus dans l’enfance (Harpocrate), soit seul, soit sur les genoux de sa mère Isis en train de l’allaiter (typologie des « Isis lactans »). Harpocrate n’a joué qu’un rôle secondaire dans la religion des temples isiaques édifiés à travers le monde romain. Très souvent, il cède même le pas à Anubis, l’« Aboyeur divin ». Le petit Harpocrate était cependant très populaire dans les foyers domestiques comme en témoignent les innombrables statuettes découvertes à travers toute l’Europe et les côtes de l’Afrique du Nord. L’iconographie gréco-romaine s’inspire du style égyptien tout en l’adaptant au goût hellénistique. Horus est invariablement figuré comme un jeune enfant nu. Tantôt, le crâne est chauve comme dans les figurations égyptiennes, tantôt il arbore une abondante chevelure bouclée grecque. Une de ses épaules est parfois habillée de la nébride qui est une peau de cerf, symbole du dieu grec Dionysos auquel Osiris est généralement assimilé. Parfois, il tient dans sa main gauche une corne d’abondance, symbole de fécondité et marque de sa filiation avec Osiris, qui est connu comme dieu de la végétation et de la fertilité. Lorsqu’il est rapproché du jeune Éros, Horus porte des ailes dans son dos et un carquois rempli de flèches. Il peut être représenté debout ou couché et parfois accompagné d’un animal (oie, chien, chèvre, cheval) ou les chevauchant. Malgré toutes les variantes, son geste le plus caractéristique est celui de porter l’index de la main droite vers la bouche.

Postérité chrétienne

Vierge à l’Enfant

Isis allaitant Horus,
Basse époque, Walters Art Museum.

En Égypte, durant les premiers siècles du christianisme, les fidèles de la nouvelle religion ont longuement bataillé pour imposer leur croyance. Attachée aux anciens dieux, la population s’est le plus souvent opposée avec une extrême résistance aux premiers évêques évangélisateurs. Dans cette lutte acharnée, les chrétiens ont peu à peu pris le dessus et sont devenus majoritaires. Pour mettre à bas l’ancienne croyance, de nombreux sanctuaires païens ont été détruits, en particulier ceux d’Alexandrie et de sa région. D’autres ont été récupérés et transformés en églises coptes. Tel est le cas du temple d’Isis de Philæ. Dans le domaine de l’art, les chrétiens n’ont pas hésité à dégrader les représentations païennes en les martelant. Il fut cependant impossible d’éradiquer tous les témoignages architecturaux édifiés et décorés durant les trois millénaires et demi de civilisation pharaonique. Le judaïsme d’où est issu Jésus-Christ interdisant les représentations divines, et aucune croyance

Marie allaitant Jésus par Bartolomé Bermejo.
Musée des Beaux-Arts de Valence (Espagne).

ne vivant en monde clos, l’art chrétien primitif a nécessairement dû puiser son inspiration auprès des religions polythéistes de son temps. En Égypte, les artistes et les religieux coptes ont été, très naturellement, influencés par le message spirituel pharaonique et par son iconographie très riche en symboles religieux. Le mythe d’Horus l’Enfant né miraculeusement puis allaité et protégé par sa mère Isis a ainsi déteint sur les représentations de la Vierge Marie, mère de l’Enfant Jésus. Le culte d’Isis et Harpocrate était très largement diffusé autour de la mer Méditerranée entre le IVe siècle avant, et le IVe siècle de notre ère. Dans l’iconographie, les représentations d’Isis s’apprêtant à allaiter son fils Horus assis sur ses genoux sont très répandues sous la forme de statuettes de dix à vingt centimètres de haut. Il est dès lors possible que l’art copte des Ve siècle-VIIe siècle se soit inspiré, consciemment ou non, de ce motif pour l’appliquer à Marie et à l’Enfant-Jésus.

Saint Georges

Le légionnaire saint Georges terrassant le dragon .
(icône russe)

Dans la chrétienté, Georges de Lydda ou saint Georges est l’un des saints les plus populaires qui soient. Sa légende s’est d’abord développée en Orient puis s’est largement diffusée en Occident. De nombreux pays, régions, villes et villages sont placés sous sa bienveillante protection : Géorgie, Éthiopie, Angleterre, Bourgogne, Catalogne, etc. Selon la légende, au IIIe siècle, en Libye, près de la ville de Silène, un monstre terrorisait la population. Chaque jour, des jeunes gens devaient se sacrifier et aller se livrer à lui afin de se faire dévorer. Saint Georges, soldat issu d’une famille chrétienne, rencontra un jour une victime sur le point d’aller à la mort. Monté sur son cheval blanc, le Saint se rendit auprès du monstre et le transperça de sa lance. Ce haut fait est à l’origine de son iconographie la plus commune, un légionnaire en armure, brandissant une lance ou un glaive, assis sur un cheval cabré au-dessus d’un monstrueux dragon.

Seth-Horus harponnant un ennemi
IVe siècle avant notre ère. Walters Art Museum.

Dans l’imagerie égyptienne, la lutte du bien contre le mal est très anciennement symbolisée par le personnage du Harponneur. Debout dans une barque, un homme transperce vigoureusement de sa lance le corps d’un hippopotame. Dans les tombeaux, le personnage du Harponneur apparaît durant l’Ancien Empire dans les mastabas des proches du pharaon. Le propriétaire de la tombe est montré voguant dans la luxuriance des marais, la lance à la main. Plus tard, durant le Nouvel Empire, dans le trésor funéraire de Toutânkhamon, figure une statuette du roi sous l’apparence du Harponneur. Dans le monde divin, deux divinités sont montrées sous ce rôle : Seth à l’avant de la Barque de Rê luttant contre le serpent Apophis et Horus harponnant l’hippopotame séthien ; à Edfou par exemple (lire plus haut). Durant la période gréco-romaine, dans les temples des oasis du désert Libyque, Seth apparaît sous les traits du faucon horien, accompagné d’un lion — le chevauchant presque — et harponnant un serpent. Le Musée du Louvre conserve un témoin du mélange entre les traditions égyptiennes et romaines. Sur les restes d’une fenêtre sculptée au IVe siècle, Horus est montré sous l’apparence d’un légionnaire à tête de faucon, chevauchant un cheval et harponnant un crocodile118. Il est tentant d’imaginer qu’à l’époque copte, où christianisme et paganisme rivalisaient encore, l’antique mythe du Harponneur égyptien ait influencé la légende et l’iconographie du nouveau saint chrétien.

Culture de masse

Depuis la fin du XIXe siècle et l’apparition du phénomène de la culture de masse, l’image d’Horus est véhiculée par l’entremise de nombreux supports médiatiques tels les livres de vulgarisation égyptologique, les reproductions d’artefacts antiques (statuettes, papyrus illustrés, amulettes de l’œil oudjat), les romans, les bandes dessinées, le cinéma, les sites internet. Grâce à ces moyens d’information et de divertissement, la représentation d’Horus en tant qu’homme vêtu d’un pagne et doté d’une tête de faucon est devenue immensément populaire. À côté d’Anubis le dieu chacal, Horus est devenu le parangon des dieux hybrides de l’Ancienne Égypte. Fort de cette popularité, Horus est intégré dans la trame de nombreuses fictions.

Mosaïque représentant Horus sur la Maison Bruno Schmidt
(Art nouveau, Jean-Baptiste Dewin, Bruxelles, 1910).

Aux États-Unis, Horus est un super-héros relativement méconnu de la franchise des Marvel Comics surtout célèbre pour les personnages de Spider-Man, X-Men, Hulk, Thor, Captain America, Iron Man, Daredevil, Ghost Rider, etc. Sa première apparition remonte à septembre 1975 où, dans une bande dessinée, il est présenté comme le fils d’Osiris et Isis et tous évoluent dans un monde fantastique où les mythologies scandinaves, égyptiennes et extraterrestres s’entremêlent. Après avoir été enfermés par Seth dans une pyramide durant quelque trois-cents années, Horus et ses parents parviennent à s’en échapper en faisant apparaître le monument hors du sol californien.

Dans la série télévisée américano-canadienne Stargate SG-1 (dix saisons diffusées entre 1997 et 2007 aux États-Unis), Horus apparaît sous le nom de Heru’ur, c’est-à-dire Hor-Our (Horus l’Ancien). Heru’ur, fils de Râ et Hathor, est présenté comme un extraterrestre tyrannique issu de la race des puissants parasites Goa’uld et qui a fait main basse sur plusieurs planètes habitables dont Tagrea et Junan .

En 2009, la maison d’édition québécoise Les 400 coups publie la version francophone de Horus (tome 1 - l’enfant à tête de faucon) de l’auteure Johane Matte (dessin et scénario). Sous les règnes conjoints de Thoutmôsis III et Hatchepsout, le dieu Horus est de retour en Égypte sous l’apparence d’un petit garçon à tête de faucon. Menacé mais en la compagnie de la jeune paysanne Nofret, le petit dieu doit se mettre à l’abri des intentions meurtrières d’un étrange oryx capable de commander les furieux hippopotames des marais.

Source : Wikipedia.org

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    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

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