L’archéologie des oasis égyptienne

Les terres cultivées de la vallée du Nil ne couvrent qu’une infime partie de la superficie totale de l’Égypte, occupée pour le reste par les déserts arabique à l’est et libyque à l’ouest. Dans cette zone particulièrement inhospitalière, qui forme le prolongement du Sahara occidental, s’échelonnent du sud au nord les cinq grandes oasis égyptiennes, Kharga, Dakhla, Farafra, Baharia et Siouah, auxquelles s’ajoutent quelques autres de faible étendue dans la région de Farafra. Le terme égyptien ouhat servait à désigner dès l’Ancien Empire la réalité géographique d’une oasis ; il est passé tel quel, par le biais du grec oaiv, dans les langues européennes. Il a également été conservé en arabe.

Difficiles d’accès en raison des rigueurs climatiques et plus encore de la médiocrité des voies de communication, les oasis égyptiennes sont restées longtemps très isolées et par conséquent mal connues. Certains voyageurs cependant, explorateurs aventureux des temps héroïques, relatèrent leurs expéditions périlleuses aux oasis : ainsi Minutoli qui visita l’oasis de Siouah en 1820-1821 et Frédéric Cailliaud qui, en 1815 et en 1822, se rendit dans les oasis occidentales.

Dans les années 1970, sous l’influence de quelques archéologues, en particulier Ahmed Fakhry, grand pionnier en la matière, une réelle impulsion fut donnée à la prospection systématique dans les oasis ; des résultats remarquables viennent couronner ces efforts. Ainsi, peu à peu, s’affine et s’améliore le point de vue qu’on avait jusqu’alors sur cette région. Fondé sur des mentions assez peu nombreuses dans les documents égyptiens et sur l’existence d’un certain nombre de monuments toujours visibles sur place, il ne pouvait rendre compte de la continuité d’une histoire dont les débuts remontent au Paléolithique et qui s’est poursuivie jusqu’à l’époque chrétienne.

Une entité géographique

Les oasis s’alignent approximativement suivant une ligne nord-sud, parallèle au Nil, dont certains géologues pensent qu’il s’agirait d’un ancien cours asséché du fleuve, distant d’environ 200 kilomètres de la vallée. Elles correspondent à des zones où, en plein désert, l’eau peut jaillir en sources naturelles ou être atteinte par le forage de puits artésiens, parfois profonds d’une centaine de mètres. Cette pratique est attestée pendant toute l’époque historique, mais on ignore quand elle a commencé. L’existence d’une nappe d’eau reposant sur une couche d’argile imperméable, extrêmement profonde, n’a pas encore reçu d’explication satisfaisante et demeure l’objet de discussions scientifiques : s’agit-il d’une poche d’eau remontant à une époque très ancienne et retenue par les couches géologiques ou d’une couche de formation plus récente, due à l’accumulation des eaux de pluie ?
Ces oasis se caractérisent aussi par leur très faible altitude par rapport au niveau de la mer ; dans certains cas, elles se situent même au-dessous de ce niveau alors que les plateaux environnants sont relativement élevés, ce qui leur confère un aspect très caractéristique ; en particulier Dakhla et Baharia, qui apparaissent comme des cuvettes entourées de falaises rocheuses. La dépression de Qattarah, occupée par des chotts salins et qui fait partie du même ensemble géologique, se situe, elle, très au-dessous du niveau de la mer.

Le climat très sec ne connaît qu’exceptionnellement des chutes de pluie. En revanche, des vents y soufflent presque constamment, qui ont contribué à l’érosion éolienne des monuments antiques mais ont aussi permis leur protection par un ensablement rapide.

Points d’eau, donc possibilité de vie au milieu d’un environnement aride et hostile, les oasis jouèrent toujours un rôle important le long des pistes qu’empruntaient les caravanes depuis une haute antiquité. Cela explique pour une part leur développement dès la préhistoire et l’intérêt que manifestèrent plus tard pour elles les habitants de la vallée. Au sud de Kharga, le site de Douch, près de l’actuel village de Baris, se situe au débouché du Darb el-Arbain, la piste des quarante jours, qui unit la région du Sennar, au Soudan, à l’Égypte. De là les caravanes se dirigeaient directement vers la vallée à la hauteur d’Esna, ou, remontant vers Kharga, coupaient le désert plus au nord pour rejoindre la région d’Assiout.

Les oasis situées plus à l’ouest, Farafra surtout, servirent de points de contrôle pour les Égyptiens, au temps des invasions venues de l’ouest. À cet égard, la position de Siouah est tout à fait remarquable. Très excentrée, proche de la frontière moderne avec la Libye, elle a été égyptianisée assez tard, semble-t-il, et les influences berbères y ont été très fortes jusqu’à nos jours.

Pour les autres oasis, la situation fut sans doute différente, mais on manque d’éléments pour dresser un tableau complet de l’état des choses dans l’Antiquité : les recherches anthropologiques n’ont été entreprises que depuis les années 1980. Les oasis furent sous domination égyptienne dès l’Ancien Empire, mais, jusqu’à une époque récente, on y parla des dialectes berbères, tardivement supplantés par l’arabe. Si aujourd’hui la vie n’y diffère pas radicalement de celle de la vallée, sans doute sous l’influence de l’islamisation, on y décèle toujours des traces de culture berbère qui en font un point de contact entre l’Égypte et le monde du Sahara et de l’Afrique du Nord.

L’oasis de Kharga

Cette oasis s’étend de manière discontinue sur une longueur de 185 kilomètres, de Kharga, la capitale, au nord, à Douch, le point le plus méridional, entre la latitude de Louxor et celle d’Assouan, dans la vallée. Sa largeur oscille entre 20 et 80 kilomètres et elle est reliée à la vallée par une route asphaltée de Kharga à Assiout. Sa superficie a beaucoup régressé depuis l’Antiquité comme le montrent des restes d’anciennes canalisations romaines, abandonnées, qui irriguaient des zones maintenant retournées au désert. Avec le projet de la " Nouvelle Vallée ", entrepris en 1959, et fondé sur une exploration géologique systématique du sous-sol, on avait beaucoup espéré mettre en culture des surfaces considérables ; mais cette tentative, après avoir connu un certain développement, est maintenant en état de latence.

Sans doute répondait-elle dans l’Antiquité au nom de ouhat resyt , l’oasis méridionale et également, à partir du Nouvel Empire, à celui de Kenmet , célèbre pour ses vins. Mais ces deux termes englobaient peut-être dans une seule entité Kharga et Dakhla, où se trouvait la capitale.

l’oasis de Kharga

Des recherches menées depuis les années 1980 ont permis de mettre au jour des gisements paléolithiques et des ateliers néolithiques dans le sud, non loin de Douch. Mais, jusqu’à présent, on n’a pas retrouvé de ruines pharaoniques antérieures à la XXVIIe dynastie, si ce n’est un graffito hiéroglyphique datant du Moyen Empire, à environ 70 kilomètres au sud-ouest de Douch et qui évoque peut-être le passage d’un officiel dans cette région. De nouvelles investigations viendront sans doute combler au moins partiellement la lacune qui s’étend depuis la préhistoire jusqu’à l’époque perse.

Tout près de Kharga s’élève l’imposant temple d’Hibis, selon l’appellation grecque qui reprend le nom égyptien, Hebet ; c’est le plus célèbre des monuments des oasis en raison de sa taille, de son état de conservation et de sa date : c’est le seul temple d’époque perse de vastes dimensions en Égypte. Il a été étudié et publié par le Metropolitan Museum of Art de New York.

Il fut peut-être édifié sur les ruines d’une construction saïte. Le nom de Darius Ier (522-485) avec des ajouts d’Akoris (XXIXe dynastie), de Nectanébo I et II (XXXe dynastie), de Ptolémée II, ainsi qu’une longue dédicace en grec datée du règne de Galba, en 68 de notre ère, sont gravés sur ses parois. Il est bâti et décoré d’une manière parfaitement conforme au style égyptien avec son quai, son allée de sphinx, ses portes monumentales, ses hypostyles, son naos et ses chapelles annexes. Bien qu’il soit dédié à Amon d’Hibis, on y trouve représentées la plupart des divinités du panthéon égyptien, tandis que les salles construites sur la terrasse du temple sont consacrées à Osiris, comme ce sera plus tard le cas à Dendera, mais ici il n’y a pas encore de textes.

Non loin d’Hibis se dressent au sommet d’une colline les vestiges délabrés du temple de Nadoura, jadis entouré d’une enceinte de briques, sans doute destinée à préserver le temple de l’ensablement. Bon nombre de temples des oasis, et de Kharga en particulier, s’élèvent ainsi sur une éminence, véritable acropole. Les parois de l’édifice que l’érosion éolienne a rendues presque illisibles furent décorées sous Antonin au IIe siècle après J.-C. de scènes de musique et de danse avec des femmes agitant des sistres et des singes jouant du tambourin. La présence de ces thèmes et la proximité du grand temple d’Amon incitent à en faire un temple de Mout. Un très étrange relief décore le linteau intérieur d’une des portes. On y voit, dans un style purement romain qui contraste fortement avec les reliefs égyptiens, deux personnages appuyés sur une massue, de part et d’autre d’une niche ; ils n’ont pas été identifiés.

À flanc de colline subsiste encore un petit édifice de grès, très ruiné et anépigraphe, qui pourrait être un temple de Khonsou. Ainsi la triade amonienne, Amon, Mout et Khonsou, se verrait-elle honorée, tout comme à Thèbes, dans trois temples très proches les uns des autres.

À une vingtaine de kilomètres, le temple de Kasr el-Khoueta, Per-ousekhet en égyptien, fut consacré à la triade thébaine. Commencé sous Darius, dont on a retrouvé le cartouche sur un mur du sanctuaire, il fut bâti et décoré pour l’essentiel à l’époque ptolémaïque, entre les règnes de Ptolémée III et de Ptolémée X. Il est enfermé dans une vaste enceinte de briques. Le naos comportait un plafond plat, mais les chapelles latérales étaient voûtées, ce qui est une particularité architecturale des temples des oasis. Il semble que le plafond disparu de l’hypostyle, supporté par des colonnes aux chapiteaux composites, ait été en bois. Les reliefs sont de qualité très inégale. À côté de beaux portraits des Ptolémées, on trouve une procession de Nils d’un style extrêmement maladroit. Certaines scènes étaient simplement peintes.

Kasr es-Zayan est également protégé par une enceinte de briques qui le dissimule entièrement et abrite de nombreuses constructions de briques dont l’usage n’est pas encore défini. Le temple, bâti à l’époque ptolémaïque, fut restauré par Antonin, comme l’indique une inscription en grec, datée de 140. Il était dédié à Aménébis, l’Amon d’Hibis, qu’accompagnaient Amon de Thèbes et les divinités parèdres.

Tout à fait au sud de l’oasis, à proximité du village de Baris, le site de Douch, Kouch en égyptien et Kysis en grec, offre un très remarquable complexe religieux, civil et militaire, que des fouilles entreprises par l’Institut français d’archéologie orientale du Caire, depuis 1976, permettent désormais de mieux comprendre.

Le temple, enfermé dans son enceinte et accolé à la forteresse de briques, fut construit sous Domitien (Ier s.), puis décoré sous Trajan et Hadrien au IIe siècle. Encore ensablé jusqu’aux deux tiers de sa hauteur en 1976, au début des fouilles, il ressemblait parfaitement à l’image romantique qu’en donnaient certaines gravures du XIXe siècle. Son plan présente plusieurs particularités. Le sanctuaire se compose de deux pièces en enfilade au plafond voûté, flanquées de deux chapelles, précédées d’une hypostyle à quatre colonnes et d’un vestibule originellement couvert d’un plafond en bois. Deux cours fermées par des portes monumentales précédaient cet ensemble. Le temple était consacré à Osiris-Houy, Sérapis pour les Grecs, et à Isis. Ces divinités sont représentées à l’extérieur du mur arrière du temple (celui-ci constituait le mur de fond d’une chapelle adossée qui avait reçu un plaquage d’or). Cette paroi était percée d’un étroit soupirail permettant de communiquer avec l’intérieur. Il est vraisemblable que ce petit édifice ait servi à des pratiques oraculaires et à des rites d’incubation. Les cours furent réutilisées et il y eut plusieurs phases successives d’occupation durant le Bas-Empire et l’époque chrétienne jusqu’au Ve siècle. Les trouvailles diverses qu’on y fit, dont de nombreux ostraca et un trésor monétaire, permettent de suivre la vie et l’histoire du site pendant plusieurs siècles. En 1989, des archéologues français sous la direction de Michel Reddé firent non loin du temple la remarquable découverte d’un trésor dissimulé dans un vase par un voleur ou l’un des derniers fidèles d’Isis. Un des plus beaux objets est une couronne en or, ornée d’un Sarapis, que coiffait son grand-prêtre lors des liturgies solennelles.

La forteresse, qui comportait également des installations civiles, fut le point méridional le plus avancé du limes romain en Afrique pour défendre les pistes conduisant du Soudan en Égypte. Les stratigraphies ont montré que l’occupation des lieux date probablement du début de l’époque ptolémaïque.

Au nord du temple, un secteur de la vaste nécropole a été exploré (1991) sous la direction de Françoise Dunand. Les tombes, d’un plan simple, datant de la fin de l’époque ptolémaïque et du début de la période romaine, ont pratiquement toutes été pillées. Cependant elles offrent encore un abondant matériel funéraire. Une tombe non violée abritait deux beaux lits funéraires, décorés de thèmes isiaques.
Le christianisme s’est propagé rapidement dans les oasis. On sait que l’évêque hérétique Nestorius y fut exilé après sa condamnation au concile d’Éphèse en 431, ainsi qu’Athanase. La fouille menée à Chams el-Din près de Baris en 1976, par l’Institut français, a révélé une église de type basilical avec des graffiti grecs, datant du IVe siècle ; ce serait jusqu’à présent la plus haute date connue en Égypte pour ce genre d’édifice.

À l’autre extrémité de l’oasis, sur les collines de Bagawat qui dominent le temple d’Hibis, subsiste le plus grand ensemble funéraire chrétien d’Égypte. Ses 260 chapelles, bâties en briques et surmontées de coupoles, dont cinq ont conservé des restes de décors peints, constituent une véritable ville des morts, comme en connaîtra plus tard la civilisation musulmane. Les tombes et les églises s’échelonnent entre les IVe et Xe siècles de notre ère, mais certaines sans doute sont des remplois de monuments plus anciens datant de l’époque préchrétienne. Kharga demeura le siège d’un évêché jusqu’au XIVe siècle. Non loin de Kharga, les nombreux dessins rupestres et graffiti du Gebel el-Teir ne sont pas encore datés avec précision.

Oasis de Dakhla

L’oasis de Dakhla est située à peu près à la hauteur de Louxor dans la vallée et de la ville de Kharga, mais plus à l’ouest ; on y accède par Kharga. C’est la plus peuplée des oasis égyptiennes ; elle s’étend sur plus de 50 kilomètres d’est en ouest et de 10 à 20 kilomètres du nord au sud. La vie s’y concentre autour des trois localités de Balat, Mout et El-Kasr, comme déjà, d’ailleurs, dans l’Antiquité. En raison de sa très faible altitude, l’horizon est toujours barré par les falaises désertiques qui entourent la dépression. La manière dont les Égyptiens désignaient dans l’Antiquité l’oasis demeure ambiguë. Sans doute faisait-elle partie du complexe qui englobait également Kharga sous les termes de ouhat resyt , l’oasis méridionale, ou encore Kenmet .

Oasis de Dakhla

Longtemps les restes antiques qu’elle offrait demeurèrent modestes, à l’exception du temple de Deir el-Hagar. Il fallut la découverte capitale d’Ahmed Fakhry en 1971, près du village de Balat, à l’entrée de l’oasis, pour que la situation change radicalement et que l’on puisse retracer l’histoire de Dakhla même si de nombreuses inconnues demeurent. D’autant qu’à partir de cette date une prospection (survey ) systématique et des fouilles d’envergure furent entreprises et menées régulièrement. On avait repéré dès le début du siècle des gravures rupestres qui faisaient remonter l’occupation de l’oasis à une période extrêmement reculée. Le survey global de la surface de l’oasis, réalisé par une mission canadienne de l’université de Toronto, a permis de mettre en évidence une dizaine de sites du Paléolithique dont les traces attestent une économie mixte de chasse et d’agriculture. À l’extrémité ouest de l’oasis, on a également découvert un cimetière archaïque et un autre de la IIIe dynastie, datés par comparaison avec du matériel similaire de la vallée.

On savait, par les textes égyptiens de l’Ancien Empire, entre autres la célèbre biographie d’Hirkhouf qui avait vécu sous Pépi Ier et Pépi II et s’était fait enterrer à Assouan, que les habitants de la vallée connaissaient déjà " la route des oasis ". Mais cela était insuffisant pour en tirer des conclusions sur l’état d’égyptianisation de cette zone pendant l’Ancien Empire, sur le type de rapports qu’elle entretenait avec l’administration de la vallée.

Dans les années 1968-1972, au cours de quelques rapides campagnes de fouilles, Ahmed Fakhry découvrit, au lieu dit Qila el’Dabba, tout près du village de Balat, une importante nécropole de l’Ancien Empire dont les éléments majeurs étaient une rangée de cinq mastabas, ou groupes de mastabas, en briques crues avec des parements et des éléments architecturaux en calcaire. Des inscriptions gravées sur des montants de portes, de petits obélisques et des stèles autorisaient à conclure qu’il s’agissait de la nécropole des gouverneurs des oasis à la fin de l’Ancien Empire.

Un dégagement systématique de la nécropole a été entrepris depuis 1977 par l’Institut français d’archéologie orientale. Il a conduit en particulier à la mise au jour du mastaba inviolé de Medounefer (mastaba V), qui vécut sous le règne de Pépi II. Parmi son riche mobilier funéraire, un gobelet d’albâtre portait une inscription commémorant le premier jubilé du pharaon. Les autres gouverneurs des oasis, qui portaient comme lui le titre d’amiral, survivance d’un titre lié à la colonisation de la région, répondent au nom d’Imapépi ou Imameryrê, Decherou, Khentyka et Khentykaoupépi et ont vécu sous les règnes de Pépi Ier et de Pépi II. Leurs monuments ont tous été bâtis selon le plan classique des mastabas de la vallée ; quant au mobilier funéraire, en particulier des bijoux en or, il témoigne de grandes qualités techniques et artistiques. Autour, des tombes subsidiaires, plus pauvres, datent du début de la Première Période intermédiaire. L’exploration de la nécropole n’en est qu’à ses débuts et l’on ignore encore son extension. Il est possible qu’il y ait eu une occupation continue du site depuis l’Ancien Empire jusqu’à l’époque ptolémaïque à laquelle remontent certaines tombes du voisinage. Il est clair que dès la VIe dynastie, qui fut très active en matière d’expéditions lointaines, les oasis étaient sous administration égyptienne.

La fouille de la ville qui correspond à cette nécropole et qui en est distante d’un kilomètre et demi est située au lieu dit Aïn Asil ; elle a montré que la capitale des oasis s’était développée à cet endroit. En 1947, à la faveur d’un khamsin , violent vent de sable, le site avait été dégagé du sable qui le recouvrait jusqu’alors et Ahmed Fakhry y avait reconnu les restes d’une ville. Les fouilles qui y sont menées depuis 1977 sous les auspices de l’Institut français ont largement confirmé ces données. Il s’agit de la plus grande agglomération urbaine du IIIe millénaire qui ait jamais été retrouvée et explorée en Égypte. D’une grande complexité de structures, elle présente plusieurs stades d’occupation, correspondant à une assez longue période qui couvrirait la VIe dynastie et la Première Période intermédiaire, mais l’on peut supposer l’existence d’installations antérieures. Des trouvailles fort intéressantes y furent faites : un secteur de fours de potiers, le plus ancien qu’on connaisse, des tablettes portant des inscriptions en hiératique.

D’autres sites de l’Ancien Empire, treize zones d’habitations et quatre cimetières ont été repérés, disséminés sur toute la surface de l’oasis. Même s’ils sont moins spectaculaires que la capitale, ils témoignent de la solide implantation égyptienne à Dakhla pendant l’Ancien Empire, qui s’est poursuivie au cours de la Première Période intermédiaire.

À la fin des années 1980, les traces du Moyen Empire, de la Deuxième Période intermédiaire et du Nouvel Empire sont assez peu significatives, alors que les textes égyptiens apportent la preuve d’une mainmise de l’administration sur les oasis. Il n’est pas exclu que durant ces périodes les gouverneurs n’aient plus résidé dans l’oasis même mais dans la vallée. Il est possible aussi que de nouvelles découvertes viennent modifier l’état de la question.

Dans le village de Mout el-Kharab furent trouvées plusieurs stèles de la Troisième Période Intermédiaire et de la XXVe dynastie. Elles attestent la présence libyenne dans les oasis durant cette période troublée où l’oasis de Kharga, tout particulièrement, servit de lieu de bannissement pour les opposants au pouvoir. D’une manière plus générale, les textes traduisent la crainte qu’éprouvaient les Égyptiens face au désert, et par conséquent leur réticence à le fréquenter.

Comme à Kharga, mais dans une moindre mesure, l’époque ptolémaïque et romaine est représentée à Dakhla par quelques monuments importants. À la limite occidentale de l’oasis subsistent les ruines du temple de Deir el-Hagar, Set-ioh ou Set-ouha en égyptien, qu’un tremblement de terre a jadis bouleversé. Le temple de grès, consacré à la triade thébaine, fut construit ou du moins décoré sous les règnes de Titus, Néron, Vespasien et Domitien. Hormis les scènes d’offrandes rituelles gravées sur les murs, on peut y observer les restes d’un intéressant plafond astronomique.

Dans le village de Kasr, un certain nombre de blocs antiques ont été remployés dans des maisons modernes ; deux montants de porte au nom de Thot, " qui sépare les compagnons ", témoignent notamment de l’existence d’un temple peut-être dédié à ce dieu, à l’époque ptolémaïque ou romaine, et qui se trouverait aujourd’hui sous le village.

Les oasis connurent probablement leur période de peuplement maximal à cette époque. Des villes y furent édifiées qui sont encore pratiquement inexplorées. Comme elles ont été abandonnées par la suite et que les oasis sont restées faiblement peuplées, ces ruines, rapidement recouvertes par le sable, n’ont que peu souffert des atteintes des hommes et offrent la possibilité de fructueuses découvertes. Ainsi Esment el-Kharb nous présente-t-elle la vision d’une ville romaine complète, bâtie en briques souvent recouvertes de stuc.

Enfin des tombes de la même période ont été retrouvées. À Ezbet Bachendi, tout près de Balat, subsistent les restes d’un cimetière romain où on peut visiter la tombe de Kytinous. Plus étonnantes sont les tombes de Mouzawaka, non loin de Deir el-Hagar. Elles datent probablement du Ier ou du IIe siècle de notre ère. Les scènes peintes appartiennent au répertoire funéraire égyptien mais ont été exécutées dans un style qui mêle étonnamment les iconographies égyptienne et grecque. Ainsi Pétosiris, propriétaire d’une des deux tombes, est vêtu à la grecque ; de même le zodiaque du plafond est traité à la mode hellénistique. Tout cela n’est pas sans rappeler les catacombes alexandrines.

L’oasis de Farafra

Située à mi-distance entre Dakhla et Baharia, l’oasis de Farafra, la plus vaste mais aussi la plus pauvre des oasis, est la moins peuplée (moins de 1 000 habitants). C’est également la plus éloignée de la vallée : 300 kilomètres, à peu près à la latitude d’Assiout. On y accède soit au départ de Dakhla, soit de Baharia, soit encore par une piste partant d’Assiout. Sa capitale actuelle est Kasr el-Farafra ; il n’existe pas d’autre agglomération dans la dépression.

Citadelle de Farafra

Elle apparaît dans les textes égyptiens sous le nom de Ta- ?het , " le pays de la vache " ; entre autres dans le célèbre conte de l’oasien qui date du Moyen Empire, mais aussi dans les inscriptions historiques de Ramsès II et de Merenptah. Jusqu’à présent, on n’y a pas retrouvé d’objets égyptiens ni identifié de restes pharaoniques. On a simplement relevé l’existence de ruines d’époque romaine. Des fouilles, ou au moins un survey, donneraient lieu probablement à des découvertes qui permettraient d’éclairer l’histoire encore obscure de Farafra.

L’oasis de Baharia

L’oasis de Baharia, Ouhat el-Baharia (l’oasis septentrionale), se situe à la hauteur de Medinet el-Fayoum à environ 200 kilomètres à l’ouest de la vallée. On peut l’atteindre à partir du Fayoum mais plus facilement par la route qui s’enfonce dans le désert au niveau des pyramides de Giza. L’oasis s’étend sur 95 kilomètres de long et une quarantaine de large. Quatre agglomérations y regroupent l’essentiel de la population qui compte environ 10 000 habitants : El-Kasr, l’ancienne capitale, El-Bawiti, Mandishah et El-Zabu.

Baharia

Dans l’Antiquité, l’oasis répondait au nom de ouhat mehtet , l’oasis septentrionale, ou encore Djesdjes , réputée pour ses vins, tout comme Kenmet . Certains textes romains la désignaient comme l’oasis parva , la petite. On peut supposer qu’elle fut sous le contrôle de l’administration égyptienne dès la fin de l’Ancien Empire, mais elle n’a pas encore fourni de documents de cette époque. Des mentions de ses vins figurent déjà dans les textes du Moyen Empire. Elle apparaît également sur la stèle de Kamosé, retrouvée à Karnak en 1954, qui relate la reconquête de l’Égypte par les Thébains au début du Nouvel Empire ; il semble que les oasis aient joué un rôle dans la lutte contre les Hyksos. Pourtant, jusqu’à présent, les témoignages de cette période retrouvés sur place sont maigres : ainsi un scarabée de la XIIe dynastie au nom d’un Sésostris, dont on ne sait pas dans quel contexte archéologique il a été découvert.

C’est à partir du Nouvel Empire que nous pouvons un peu mieux saisir l’histoire de Baharia. À Qaret Hilwah, à quelques kilomètres d’El-Kasr, s’ouvre dans la falaise la tombe d’Amenhotep Houy, gouverneur de l’oasis à la fin de la XVIIIe ou au début de la XIXe dynastie. Cette tombe, très proche par son style des tombes contemporaines de la vallée, offre les scènes traditionnelles du répertoire funéraire égyptien.
Sous la dynastie saïte, qui entretenait des rapports avec la colonie grecque de Cyrène, une importante activité architecturale se développa à Baharia. Ahmed Fakhry a mis au jour plusieurs chapelles au nom d’Apriès, près d’El-Kasr, ainsi que quelques statues ; à El-Bawiti, d’autres chapelles sont consacrées à Amasis. Outre le panthéon égyptien, on y trouve des mentions de dieux locaux ou de formes locales de dieux égyptiens. Ce même site abrite la nécropole de la XXVIe dynastie avec les tombes décorées de Djedkhonsouioufankh, gouverneur de Baharia sous Amasis, Padiishtar, premier prophète de Khonsou et prophète d’Horus ; Thaty, son petit-fils, prophète de Khonsou et hérault d’Amon ; Tanefertbastet, femme de Thaty ; Djedamonioufankh et Bamentiou, son fils. À partir de la XXVIe dynastie également, et jusqu’à l’époque romaine, des ibis furent enterrés dans des catacombes non loin d’El-Bawiti. Le divin Imhotep, fils de Ptah, y est mentionné ; de nombreuses statuettes de bronze ou de pierre ainsi que des stèles y furent découvertes. Dans les années quarante, les restes d’un temple en pierre au nom d’Alexandre furent mis au jour près d’El-Tebanieh, non loin de Kasr.
L’époque romaine fut encore une période de prospérité pour l’oasis, qui en conserve de nombreuses traces, ainsi que des inscriptions libyennes à peu près contemporaines. Elle fut christianisée au IVe siècle, mais commença à décliner à partir du VIIIe siècle. Étant donné sa richesse, il est fort probable que des fouilles plus intensives et plus systématiques que celles qui ont été menées jusque-là apporteraient beaucoup à la connaissance de l’oasis dans l’Antiquité.

L’oasis de Siouah

Toute proche de l’actuelle frontière entre l’Égypte et la Libye, l’oasis de Siouah est différente par ses paysages et surtout par ses traditions culturelles, des autres oasis. On y accède aujourd’hui assez facilement par une route asphaltée qui permet de franchir les 300 kilomètres qui la séparent de Mersa Matrouh. L’influence berbère y est plus marquée que dans les autres oasis et ses habitants, au nombre de 6 000 environ, bien que tous arabisés, parlent encore le siwi , dialecte berbère.
L’oasis mesure environ 80 kilomètres d’ouest en est et de 10 à 30 kilomètres du sud au nord. Son altitude se situe entre 10 et 20 mètres au-dessous du niveau de la mer. Elle possède de nombreuses sources naturelles dont certaines sont exploitées pour leurs qualités thermales. Elle offre de beaux paysages de jardins luxuriants où poussent les oliviers et la vigne.

L’oasis de Siouah

Siouah, dans l’Antiquité Tja , est la plus célèbre des oasis en raison du pèlerinage que vint y faire Alexandre lors de son passage en Égypte en 332, pour se faire confirmer sa divinité par le célèbre oracle d’Ammon. Le dieu bélier, lié à l’eau et à la fécondité, est très probablement d’origine libyenne, et le premier état de son temple à Siouah diffère dans l’agencement des salles du plan classique des temples égyptiens. Avec l’installation d’une colonie grecque à Cyrène, son renom et son culte se sont largement répandus à travers le bassin méditerranéen dans le monde grec où il a été assimilé à Zeus. Mais surtout, il entretenait d’étroits rapports avec l’Amon égyptien par l’intermédiaire du bélier qui leur était commun et par des pratiques oraculaires. Ammon n’est d’ailleurs, peut-être, que la traduction grecque du nom égyptien d’Amon. Lorsque la mainmise égyptienne sur l’oasis fut établie, le culte du dieu et ses monuments furent égyptianisés.

De rapides prospections ont montré à Siouah des traces d’une culture paléolithique qui s’apparente à celle de la vallée. Pour l’instant on n’a pas retrouvé de restes pharaoniques antérieurs à la XXVIe dynastie. Et l’oasis n’est même pas mentionnée dans les textes égyptiens plus anciens, comme c’est le cas de toutes les autres.

Le temple d’Aghourmi, planté sur son rocher, proche de la localité de Siouah, la capitale de l’oasis, a été transformé et égyptianisé sous Amasis. Le
gouverneur de l’oasis à cette époque, Sethirdis, descendant d’une famille d’origine libyenne, y est également représenté sur les murs du naos, les seuls à être décorés. Un peu plus tard, à l’époque perse, comme le relate Hérodote, l’armée de Cambyse, qui tentait de rallier Siouah depuis Kharga, périt tout entière dans les sables. C’est à Aghourmi qu’on situe le temple de l’oracle où vint Alexandre, mais il ne reste pas de traces sur place de son passage. Légèrement plus au sud, à Oum Oubeida, se dressent les ruines d’un autre temple d’Amon- où l’on a retrouvé les cartouches de Nectanébo II ; il était au début du XIXe siècle en bien meilleur état qu’aujourd’hui, comme le montrent les gravures de l’époque.

Au Gebel Mota, dans la même région, subsistent les restes d’une nécropole dont les tombes décorées s’apparentent à celles de la vallée : tombe anonyme dite du crocodile, de Padjehouty, Siamon, Mesouisis, dont les dates s’étagent entre la XXVIe dynastie et l’époque ptolémaïque.

Source : Encyclopædia Universalis

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  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

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