Moutnedjmet

, par  JACQ Christian

La sœur de Néfertiti

La dame Moutnedjémet, sœur de la reine Néfertiti, vécut des jours heureux et paisibles dans la cité du soleil. Elle y épousa le général Horemheb, qui n’avait rien d’un soudard épais et d’un guerrier avide d’en découdre avec l’ennemi. Scribe royal, fin lettré, spécialiste du droit, Horemheb, était l’un des responsables de la sécurité extérieure de l’Egypte. Horemheb se fit construire une magnifique demeure d’éternité à Saqqarah, dont les bas-reliefs vantent son activité militaire et sa capacité à maintenir l’ordre.

La tombe de Horemheb

Akhénaton et Néfertiti firent confiance au scribe général, qui sut s’en montrer digne. La carrière d’Horemheb semblait toute tracée, son épouse Moutnedjémet serait une grande dame de la cour et jouirait d’une existence luxueuse. La mort d’Akhénaton mit fin à l’expérience « atonienne « et bouleversa les situations acquises. La Cour revint à Thèbes, Toutankhamon devint pharaon, Horemheb demeura l’un des hommes forts du régime, et la sœur de Néfertiti une personnalité en vue. Pourtant, à la mort de Toutankhamon, ce ne fut pas le général qui monta sur le trône, mais un vieux fonctionnaire, [Aÿ>117], dont le règne sera bref (1325-1321 av. J.-C).Vint alors l’heure d’Horemheb, dont le nom signifie « « est en fête » ; pendant vingt-huit ans, il présidera aux destinées du pays et sera l’auteur d’une importante réforme juridique. En supprimant des droits abusifs, il rétablit la justice et fut un pharaon de grande envergure. Quel rôle joua Moutnedjémet ?

Moutnedjémet, régente du royaume ?

À la mort du roi [Aÿ>117], Moutnedjémet remplit-elle la fonction de régente du royaume [1] ? Si cette hypothèse est exacte, elle aurait régné seule, avant la désignation d’Horemheb comme pharaon. Quoi qu’il en soit, elle porta les titres de « grande princesse héréditaire (repâtet ouret)  » et de « souveraine de Haute et de Basse-Égypte », et participa aux rites de couronnement de son mari. Détail insolite : sur un document de l’époque de Toutankhamon, baptisé « stèle de la restauration « parce qu’il marqua le retour du gouvernement à Thèbes, le nom de Moutnedjémet remplace celui de l’épouse de Toutankhamon ! S’agissait-il d’un acte magique, destiné à effacer la mémoire d’une reine qui avait voulu épouser un prince hittite ? Dans le groupe statuaire du couronnement, conservé au musée de Turin, Moutnedjémet apparaît de même taille que son époux. Si puissante que fût sa personnalité, Horemheb ne pouvait régner sans une grande épouse royale qui justifiait symboliquement sa fonction [2].

Mout, la grande mère

Moutnedjémet signifie « Mout la douce, la plaisante, l’agréable (nedjemet)  ». Le hiéroglyphe qui sert à écrire ces notions est une gousse de caroubier qui, pour les palais des anciens Egyptiens, était d’une suave douceur. En portant le nom de Mout, dans son aspect positif et bénéfique, la reine incarnait la grande mère, l’Ancienne qui régit les Deux Terres [3] Le mot Mout signifie « mère «  ; épouse d’Amon, Mout est, par excellence, la mère du pharaon et occupe une place essentielle lors de sa véritable naissance, c’est-à-dire lors du couronnement. La déesse peut d’ailleurs porter la double couronne pour faire naître la lumière dont le roi est le représentant sur terre. Comme le note le papyrus lnsinger, datant du 1er. siêcle ap. J.-C., l’œuvre de Mout et d’Hathor est ce qui est à l’œuvre parmi les femmes. Symbole de la féminité créatrice, Mout fut la protectrice des naissances heureuses. Il ne faudrait pas oublier l’autre visage de la déesse, dont le nom s’écrit avec un vautour. Certes, les Egyptiens considéraient que la femelle vautour était une mère exemplaire ; mais elle remplissait aussi une fonction de charognard et, véritable alchimiste, se nourrissait de chairs mortes qui lui permettaient pourtant de vivre. Ce n’est pas un hasard si le mot Mout est synonyme d’un autre terme signifiant « la mort « . La grande mère, en effet, peut apparaître sous forme d’une lionne terrifiante ou d’un cobra dressé au front de pharaon pour exterminer ses ennemis. Une flamme danse sur le visage de Mout lorsqu’il est nécessaire de dissiper les ténèbres, donc de les faire mourir. A Karnak, Mout était la souveraine d’un vaste espace sacré comprenant le lac d’Ichérou où venait boire la lionne dangereuse, Sekhmet, qu’il fallait pacifier par les rites pour transformer sa fureur en énergie positive. Là se situait la matrice du monde, grâce à laquelle Mout faisait apparaître les formes de vie en harmonie avec Maât, la Règle universelle. Le but du « rituel de Mout » était précisément de sauvegarder l’ordre de Maât que l’humanité, par ignorance, paresse et violence, tente sans cesse de détruire. La responsabilité de la reine Moutnedjémet fut donc considérable ; en incarnant l’aspect doux et maternel de Mout, elle eut pour mission de donner au monde un nouvel [Horus>85], un nouveau pharaon qui mettrait l’Egypte en fête, Horemheb.

Mort d’une mère

Couronné pharaon, Horemheb se fit creuser une demeure d’éternité dans la Vallée des Rois. Sa magnifique tombe de Memphis servit peut-être de sépulture à sa grande épouse royale qui aurait connu une fin précoce ; à côté de sa momie, celle d’une femme âgée d’une quarantaine d’années, les restes d’un embryon mal formé. Etait-il le témoin tragique de la fausse couche qui aurait causé le décès de la reine, vers l’an 13 du règne d’Horemheb ? L’anecdote est touchante, mais sujette à caution. L’âge de la momie - et même son identification ! - sont discutables. À supposer qu’il s’agisse bien de Moutnedjémet, il est probable que la présence de l’embryon ait une valeur symbolique et fasse référence à sa fonction de déesse Mout sur terre, de grande mère donnant éternellement naissance, en ce monde et dans l’autre. On considère parfois, non sans raison, qu’Horemheb fut le véritable fondateur de la XIXe dynastie où s’illustreront des pharaons exceptionnels, Séthi 1er et Ramsès II ; Moutnedjémet, accomplissant le devoir impliqué par son nom, n’en fut-elle pas la source ?

[1Voir R. Hari, Horemheb et la reine Moutnedjemet, Genève, 1964.

[2Un groupe statuaire de Turin montre un sphinx femelle adorant le nom de la reine Moutnedjérnet placé dans un cartouche ; faut-il en déduire qu’elle a régné ? Voir E. Strouhal et G. Callender, The Bulletin of the Australian Center for Egyptology 3,1992, pp. 67-75.

[3Sur Mout, voir H. Te Velde, JEOL 26,1979-80, pp. 3-9.

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