Ankhesenamon La grande épouse royale de Toutankhamon

, par  JACQ Christian

Un jeune couple sans soucis ?

Dans le palais nord de la cité du soleil vivait un jeune couple, formé d’une des filles de Néfertiti, Ankhesen-pa-Aton, « Elle vit pour Aton », et du prince Tout-ankh-Aton, « Symbole vivant d’Aton ». Ils profitaient du luxe de la cour et ne songeaient guère au Pouvoir. Akhénaton et Néfertiti régnaient ; pourquoi se soucier de l’avenir ? Les événements se précipitèrent. À la mort d’Akhénaton, la jeune Ankhes-en-pa-Aton devint garante de la légitimité du trône, et son mari, encore adolescent, fut appelé à devenir Pharaon. Brusquement, s’acheva le temps de l’insouciance et des plaisirs. L’expérience « atonienne » étant terminée, il fallut quitter la cité du soleil et retourner à Thèbes. En peu de temps, la capitale d’Akhénaton fut abandonnée et devint une ville morte. Signe essentiel de cette mutation : le changement de nom du couple royal. Tout-ankh-Aton devint Tout-ankh-amon, Aman, Ankhes-en-pa-Aton devint Ankhes-en-Amon. Autrement dit, le règne d’Aton était achevé ; le roi et la reine vénéraient de nouveau Amon, le maître de Thèbes. Dès la première année de règne, l’évolution était programmée : une stèle conservée à Berlin montre Tout-ankh-Aton adorant Amon. Ce qu’Akhénaton avait fait magiquement en changeant son nom de règne, Toutankhamon le défait de même ; loin être un « petit roi », il inaugura une nouvelle période de l’histoire égyptienne. Le retour à Thèbes s’effectua paisiblement. Ni guerre civile, ni massacre des partisans d’Aton, ni destruction de cité du soleil qui sera rasée beaucoup plus tard (sous le règne de Ramsès II). Ce fut simplement le passage d’un règne à un autre, le retour à Amon après un détour par Aton, dans un pays qui ne connut ni dogmatisme, ni vérité révélée et imposée par la force. Toutankhamon et sa grande épouse royale n’eurent pas le temps d’être jeunes ; il leur fallut régner et assumer les devoirs de leur charge.

Ankhesenamon et son époux Toutankhamon

Une grande magicienne

Nul incident dramatique ne troubla les neufs années de règne de Toutankhamon (1334-1325 av. J.-C.). On sait que sa demeure d’éternité, la seule tombe royale inviolée de la Vallée des Rois, fut découverte en 1922 par Howard Carter, au terme d’une longue quête financée par lord Carnarvon. De cette tombe, soigneusement dissimulée, furent extraits une quantité incroyable de chefs-d’œuvre ; parmi eux, une petite chapelle dorée dont les scènes révèlent le rôle joué par la grande épouse royale [1]. Ankhesenamon était d’une grande beauté. Coiffée d’une perruque délicate et compliquée, le serpent uræus au front, les yeux fardés, le visage soigneusement maquillé, elle porte des boucles d’oreille, un collier large à plusieurs rangs et une longue robe blanche tombant jusqu’aux sandales. La grande épouse royale était la séduction même. Pourtant, les scènes où elle figure ne sont pas de simples démonstrations de charme ; les textes hiéroglyphiques, en effet, la désignent comme « la grande magicienne » qui, par ses actes rituels, communique au roi l’énergie nécessaire pour régner. Sur les parois de ce naos d’or, elle renouvelle pour l’éternité les rites du couronnement que le couple royal célébrera pendant des millions d’années. La grande épouse royale joue du sistre pour Toutankhamon, lui offre des bouquets montés, remplit sa coupe de vin, lui passe un collier de résurrection autour du cou, enduit sa peau d’un onguent de régénération, l’assiste lorsqu’il chasse et pêche des créatures de l’au-delà qui prennent la forme d’oiseaux et de poissons. Comme on le constate, la reine est très active ; mais une scène la montre assise sur un coussin, aux pieds du roi, le coude gauche sur les genoux de son époux, et se retournant vers lui pour recevoir, dans la main droite, le liquide sortant d’une fiole qu’incline vers elle le monarque. Ils sont Chou et Tefnout, le couple primordial, qui transmet la vie et la lumière. Chaque geste de la reine est l’expression d’une magie d’Etat, à l’œuvre dès les premières dynasties.

Une reine coupable de haute trahison ?

Toutankhamon mourut jeune, sans doute avant l’âge de vingt-cinq ans. Sa veuve fut désemparée. Assumerait-elle seule la totalité du pouvoir en devenant reine Pharaon, ou épouserait-elle un nouveau monarque ? La reine accomplit alors un acte inouï qui pourrait être considéré comme une trahison. Au lieu de choisir comme Pharaon l’un des nobles de la cour, elle écrivit une surprenante lettre au puissant roi hittite Souppiliouliouma, dont le rêve était de conquérir les Deux Terres et de s’emparer de leurs richesses. Ce document fut conservé dans les archives hittites. En voici le passage principal : «  Mon mari est mort, écrit la reine. Je n’ai pas de fils. On dit que toi, tu as plusieurs fils. Si tu m’envoyais l’un d’eux, il deviendrait mon mari. Jamais je ne choisirai l’un de mes serviteurs pour en faire mon mari. » Le souverain hittite douta de l’authenticité de la missive. Songeant à un piège, il envoya un émissaire à Thèbes pour faire l’analyse de la situation. Ankhesenamon, s’impatientant, écrivit une seconde lettre et protesta de sa bonne foi : « Si j’avais eu un fils, me serais-je adressée, pour mon propre déshonneur et celui de mon pays, à un royaume étranger ?  » Le souverain hittite se prit à rêver. Conquérir les Deux Terres par un simple mariage ! Il se décida à tenter l’aventure et fit partir pour l’Egypte l’un de ses fils, le futur Pharaon À la cour, les démarches de la jeune reine n’étaient pas passées inaperçues. Deux hommes veillaient : le général Horemheb, chef des armées, et le vieux sage Aÿ, qui avait déjà traversé trois règnes et dirigeait l’administration, à la manière d’une éminence grise. Tant que cette ténébreuse affaire en demeura au stade des échanges épistolaires, ils n’agirent pas. Mais lorsque l’escorte du prince hittite se mit en chemin, ils prirent une décision. Le prince hittite ne franchit pas la frontière ; sans doute fut-il supprimé. L’avertissement était clair et brutal. Aucun Hittite ne monterait jamais sur le trône d’Égypte. Ankhesenamon épousa Aÿ qui, après avoir servi plusieurs pharaons, devint Pharaon lui-même avec l’appui d’Horemheb. C’était Aÿ, d’ailleurs, qui avait dirigé les funérailles de Toutankhamon. Son union avec la jeune veuve fut purement théologique. Que devint l’épouse de Toutankhamon, remariée à Aÿ ? Nous l’ignorons. Pour nous, elle demeure la grande magicienne du roi au masque d’or, la reine éternellement jeune qui lui donne à jamais la vie.

Source : Les égyptiennes par Christian Jacq, Edition Librairie Académique Perrin 1996

[1Voir K. Bosse-Griffiths, The Great Enchantress in the Little Golden Shrine of Tutankhamun, JEA 59,1973, pp. 100-108.

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