Les textes des pyramides ou les devenirs céleste du roi
Article mis en ligne le 28 octobre 2003
dernière modification le 6 août 2005

II s’agit des textes sculptés sur les parois des chambres funéraires des pyramides royales, depuis la fin de la Ve jusqu’à la fin de la VIe dynastie (de 2570 à 2270 av. J.-C. environ) - les trois« grandes » pyramides de Giza étant anépigraphes. Ces textes, importants pour la connaissance de la pensée religieuse égyptienne, sont souvent d’une grande poésie, la plus vieille poésie des hommes. Poésie simple, faite d’images concrètes ; poésie plus profonde, universelle, qui, en animant tous les éléments de la création et en conférant à chacun d’eux une puissance divine, entraîne l’existence d’une large vision du monde, complexe parfois, assez souvent typiquement égyptienne. Ces textes, composés pour le roi, témoignent d’une réflexion sur l’origine et le maintien de l’univers, suivant une pensée religieuse déjà très élaborée, dont les sources sont bien lointaines et actuellement insaisissables. II ne s’agit point d’un recueil composé ; les formules, les hymnes, se succèdent, sans ordre apparent. Le traducteur a essayé de présenter les textes ci-dessous en les regroupant suivant les différents courants de pensée qu’ils expriment à propos du devenir royal. Le numéro placé après chaque citation renvoie au paragraphe des Textes des Pyramides, suivant le « découpage » et la numérotation établie par le savant allemand Kurt Sethe. [1]

La délivrance.

  • Tes os, pour toi, sont rassemblés, tes membres sont mis en place pour toi, la poussière qui était sur toi est chassée, tes biens, pour toi, sont dénoués. On ouvre pour toi le tombeau, on fait glisser les deux portes du sarcophage, enfin l’on déploie pour toi les portes du ciel (2007-2009).

L’ascension et l’arrivée au ciel.

Un grand concours de moyens va aider l’ascension royale  :

  • Le roi vient à toi, Nout ! [2] Le roi vient à toi, Nout !... Ses deux ailes se déploient comme celles d’un faucon, ses plumes sont semblables à celles de l’épervier. Son ba l’emmène, tandis que ses charmes magiques l’accompagnent (250).
  • Les pieds du roi frappent la terre pour prendre son essor vers le ciel. Le voilà qui monte au ciel, il s’élève sur la fumée de la grande exhalaison [3] , il vole comme un oiseau, il se pose, tel un scarabée, sur le trône vacant qui est dans ta barque, ô  ! (365).
  • Geb), tu as mis au monde le roi, de même que tu as mis au monde le dieu maître de l’échelle [4]. Alors tu lui donneras l’échelle divine... afin qu’il monte sur elle jusqu’au ciel.

Les rayons solaires, trait d’union entre ciel et terre, peuvent aussi soutenir, en son élévation, le royal grimpeur ; pan de lumière solaire Pétrifiée, la pyramide pointe vers le ciel son pyramidion d’or, montrant ainsi le chemin.

  • Ce jour fameux où le roi est monté vers ta place, ô  ! Il a foulé ta glorieuse radiance, en en faisant un escalier sous ses pieds (1108).

Dans un grand écartèlement, réunissant le ciel à la terre, Isis et Nephthys, les deux déesses osiriennes de la résurrection, prêtent leur corps pour l’ascension du souverain :

  • Le roi monte sur les cuisses d’Isis, il grimpe le long des cuisses de Nephthys. Et le père du roi, Atoum, prend alors celui-ci par la main (379).

Le spectacle est grandiose, universel :

  • Comme il est beau de voir le roi, le front ceint comme celui de , vêtu de son pagne comme Hathor, sa plume étant comme la plume du faucon [5] - tandis qu’il s’élève vers le ciel, parmi ses frères les dieux (546).
  • Comme elle est belle la vision, comme elle est élevée la contemplation de ce dieu lorsqu’il monte au ciel, comme monte au ciel son père Atoum. Son ba est au-dessus de lui, ses charmes magiques à son côté, et la crainte qu’il inspire à ses pieds (992).
  • Ô -Atoum, le roi vient à toi, esprit impérissable [6] ; ton fils vient à toi, le roi vient à toi ! Vous parcourez [7] la région supérieure, réunis ensuite dans l’obscurité, puis vous apparaissez dans l’horizon, au lieu où vous brillez ensemble. Oh, Seth et Nephthys, allez et annoncez aux dieux du sud et à leurs esprits, que le roi est venu tel un esprit impérissable. Si vous souhaitez mourir, vous mourrez ; si vous souhaitez vivre, vous vivrez.
  • Ô -Atoum, le roi vient à toi, Esprit impérissable ; ton fils vient à toi, le roi vient à toi. Vous parcourez la Région supérieure, réunis ensuite dans l’obscurité, puis vous apparaissez dans l’horizon, au lieu où vous brillez ensemble. Oh, Osiris et Isis, allez et annoncez aux dieux du nord et à leurs esprits que le roi est venu, tel un esprit impérissable, étoile du matin sur le Nil ; les esprits qui habitent l’eau l’adorent. Qui voudra vivre vivra, qui voudra mourir mourra.
  • Ô -Atoum, le roi est venu à toi, esprit impérissable ; ton fils est venu à toi, le roi est venu à toi. Vous parcourez la Région Supérieure, réunis ensuite dans l’obscurité, puis vous apparaissez dans l ?horizon, au lieu où vous brillez ensemble. O, Thot, va et annonce aux dieux de l’Occident et à leurs esprits que le roi est venu, tel un esprit impérissable, orné comme Anubis, à cause de la puissance de celui-ci, qui préside à la colline de l’Occident, et qui compte les coeurs et s’empare des poitrines. Qui voudra vivre vivra, qui voudra mourir mourra.
  • Ô -Atoum, le roi est venu à toi, esprit impérissable ; ton fils est venu à toi, le roi est venu à toi. Vous parcourez la Région Supérieure, réunis ensuite dans l’obscurité, puis vous apparaissez dans l ?horizon au lieu où vous brillez ensemble. Ô Horus, va et annonce aux êtres augustes de l’Orient et à leurs esprits que le roi est venu, esprit impérissable. Qui voudra vivre vivra, qui voudra mourir mourra.
  • Ô -Atoum, ton fils est venu à toi, le roi est venu à toi. Élève-le, entoure-le de l’étreinte de tes bras. C’est ton fils, qui appartient à ton corps, pour l’éternité (152-160). [8]

L’arrivée du dieu au ciel est parfois conçue comme une nouvelle naissance, qui peut bouleverser l’univers, ou rappeler la création première, dans une étroite assimilation du souverain et du soleil.

  • La mère du roi l’a conçu alors qu’elle était dans le ciel-d’en-bas [9] ; le souverain fut engendré par son père Atoum, alors que le ciel n’existait pas encore, ni la terre, ni les hommes, alors que les dieux n’avaient pas été mis au monde et que la mort n’était pas encore survenue (1466).
  • Voici que vient l’eau vivante qui est dans le ciel, voici que vient l’eau vivante qui est sur la terre. Pour toi, le ciel brûle ; pour toi la terre tremble, avant la naissance du dieu. Les deux montagnes s’ouvrent, et le dieu (= le soleil) apparaît, il se rend maître de son corps ; les deux montagnes s’ouvrent, et le roi apparaît, il se rend maître de son corps. Ses pieds sont frôlés par les eaux pures qui demeurent auprès d ’ Atoum, et que le phallus de Chou a créées, que la vulve de Tefnout a produites. Ils sont venus (tous deux) et t’ont apporté ces eaux pures auprès de leur père ; ils te purifient, ils t’encensent, ô roi. Tu supportes le ciel avec ta main, tu étends la terre sous ta sandale (2063-2067).

L’accueil des dieux est de bienvenue joyeuse :

  • Le roi a trouvé les dieux debout, enveloppés dans leurs vêtements, leurs sandales blanches aux pieds. Ils lancèrent leurs sandales blanches à terre et dépouillèrent leurs vêtements. « Notre coeur ne connaîtra plus le bonheur, si tu redescends », dirent-ils (1197).

Le roi-étoile.

  • La porte du ciel, près de l’horizon, est ouverte pour toi, cependant que tressaille le coeur des dieux à ton approche ; toi, l’étoile qui traverse la Très Verte sous le ventre de Nout, en cette illustre et tienne dignité issue de la bouche de ( 1720).
  • Il s’élève vers le ciel, parmi les Etoiles impérissables [10] ; sa soeur est Sothis, son guide l’Etoile du matin [11]. Toutes deux prennent son bras, en route vers la Campagne des Offrandes [12] (1123).
  • Les os du roi sont en cuivre, ses membres sont les Étoiles impérissables [13] (2051).
  • C’est le roi, l’être sacré, le premier, à la poitrine fière, La personne royale et celle du dieu solaire, son père, se confondent alors, absolument : ils ont même corps, même nourriture, même cycle, dans la barque du soleil, sur le Nil céleste.
  • Paroles dites par Nout, de la ville d’El Kab, la grande : « C’est mon fils bien-aimé, le roi ; je lui ai donné les deux horizons, afin qu’il assure sa puissance sur eux, il est Horakhty. » Tous les dieux disent alors : « Cela est une vérité ; le roi est celui que tu préfères parmi tes enfants. Que l’on étende sur lui, éternellement, la protection magique » (4).
  • Ta main est celle d’Atoum ; tes bras sont ceux d’Atoum ; ton ventre est celui d’Atoum ; ton dos est celui d’Atoum ; ton postérieur est celui d’Atoum ; tes jambes sont celles d’Atoum ; ton visage est celui d’Anubis (135).. Salut à toi, , en ta vie, en ta beauté, sur tes trônes, en ton or. Tu as apporté au roi le lait d’Isis, l’abondance de Nephthys, ce qu’entourent la mer et le flot de la Très Verte, la vie, la santé et la force, la joie, le pain, la bière et les vêtements, les aliments dont vit un roi (706- 707).
  • Le roi poursuit sa navigation vers le côté oriental du ciel,

Le roi-soleil.

L’étoile, à cause de qui se courbent les dieux et tremble l’Ennéade (538).

  • Ô la Grande (= Nout) qui es venue dans le ciel, la puissance t’appartient, tu as parcouru et empli tout lieu de ta beauté ; sous toi est la terre tout entière, tu l’as saisie et tu l’as encerclée, ainsi que toute chose, dans l’étreinte de tes deux bras. Le roi, tu l’as placé en toi, comme Étoile impérissable [14] (782).
  • Ô roi..., tu te pares comme l’étoile unique qui est au coeur de Nout. Tes ailes sont déployées comme celles du faucon à la large poitrine, ou celle de l’épervier, lorsqu’on le voit, le soir, pendant qu’il traverse le ciel (1048).
  • Ô roi, l’Etoile du matin avec Orion t’a mis au monde. Vit qui vit, selon l’ordre des dieux, et tu vis. Tu t’élèves avec Orion hors de l’Orient du ciel ; tu descends avec Orion dans le côté occidental du ciel. La troisième d’entre vous est l’étoile Sothis, aux places pures, qui vous conduit sur les beaux chemins du ciel (820-822).

Autre possibilité donnée au roi-dieu, en quête de compagnons éternels : l’assimilation, durant la nuit, avec Thot, la lune, jusqu’à l’aube où il retrouvera son compagnon diurne, le Soleil.

  • Les deux jumeaux qui traversent le ciel, ce sont et Thot. « Emmenez le roi avec vous ; il mangera de ce dont vous vous nourrissez, il boira de ce dont vous buvez, il vivra de ce dont vous vivez, il s’assiéra sur votre siège, il sera fort grâce à ce qui fait votre force, il naviguera dans Votre bateau » (128-129).

Le roi-Iune.

vers ce lieu où les dieux Sont mis au monde, où le roi est mis au monde avec eux ; il est Horus, il est celui-de-l’horizon (353).

  • Paroles dites : La navigation dans le ciel. « Nous voyons une chose nouvelle », disent les dieux primordiaux et l’Ennéade, « il y a un Horus dans les rayons du soleil ». [15] Les divins maîtres des formes, alors, le servent, les deux Ennéades au complet l’entourent. Il s’assied sur le trône du maître du Tout, il se saisit du ciel, et (la proue de sa barque) fend le firmament de cuivre. Le roi suit les chemins de Khepri, puis il se couche en vie dans l’Occident ; les divins compagnons du monde inférieur le servent jusqu’à ce qu’à nouveau il étincelle dans l’Orient (304-306).
  • Paroles dites : Le roi monte au ciel parmi les dieux qui y résident, et se tient près de la « Grande-Jambe » (= le pied d’Orion). Il entend encore les paroles des hommes. - «  te trouve sur les rivages du ciel, au’ Canal-qui-est-en-Nout. Viens, approche », disent les dieux. «  te donnera sa main, en tant que protecteur du ciel ; viens auprès de son trône », dit l’Ennéade. « Ô être pur, Occupe ton trône dans la barque de  ; voilà que tu vogues dans le ciel et que tu élèves ceux qui étaient loin ; tu vogues en compagnie des Etoiles impérissables, tu vogues en compagnie des Etoiles infatigables ; tu reçois les tributs de la Barque du soir, tu te transformes en Esprit dans le monde inférieur. Tu vis de cette douce vie dont vit le Seigneur de l’horizon » ( 1168-1172).

Le roi-Osiris.

Dieu ayant souffert la passion et connu la résurrection, dieu de la végétation éternellement renouvelée ( comme la vie qui renaît après la mort) , Osiris enseigne d’autres voies vers la vie éternelle La reproduction des gestes et la répétition des paroles de Nout, la mère du dieu ( qui rassembla les éléments du corps de son fils, démembré par la perfidie de son frère Seth) et de ceux d’Isis, sa soeur-épouse (qui lui redonne la vie) entraîneront la résurrection royale, à l’imitation de ce/le d’Osiris . Sa vie nouvelle sera protégée par la piété filiale d’Horus.

  • Ô roi, viens, rien ne te manque. Ta mère vient, il ne te manque rien. Nout vient, rien ne te manque. La grande Rassembleuse vient, il ne te manque rien. La protectrice des anxieux vient, rien ne te manque. Elle te rassemble, elle te reconstruit, elle replace ta tête, elle nettoie tes os, elle réunit tes membres , elle amène ton coeur dans ton corps. Te voilà à nouveau par devant tes prédécesseurs ; déjà tu donnes des ordres à tes successeurs, car tu fais prospérer ta maison à ta suite, et tu protèges tes enfants des lamentations. Ta pureté est la Pureté des dieux qui marchent auprès de leurs kas ; ta pureté est la pureté des dieux qui marchent en ignorant le destin mauvais (827-829)
  • Oh ! Oh ! Relève-toi, ô roi. Prends ta tête, regroupe tes os, assemble tes membres ; secoue la poussière de la terre qui est encore sur ta chair. Prends ton pain qui ne moisit pas, ta bière qui ne sûrit pas. Dresse-toi devant les portes (du ciel), repousse les hommes. Le dieu qui préside aux pieux d’amarrage Sort pour toi, il saisit ton bras, il te tire vers le ciel auprès de ton père Geb. Celui-ci se réjouit, tandis que tu t’approches ; il te donne sa main, il t’embrasse, il te caresse ; il te place en avant des Esprits impérissables. Ceux dont les trônes sont cachés t’adorent ; les Grands s’unissent à toi, et ceux qui veillent se lèvent pour toi. Pour toi, on bat de l’orge, on moissonne de l’épeautre 31 (654-657).
  • Ta soeur Isis est venue vers toi, se réjouissant de ton amour. Tu l’as placée sur ton phallus, et ta semence est tombée en elle, aiguë comme Sothis. Horus, l’habile, est sorti de toi, tel Horus qui est en Sothis. Tout est bien pour toi grâce à lui, en son nom d’Esprit qui est dans la barque, il te protège en son nom de Horus, de fils qui protège son père. O roi-Osiris, Geb a amené vers toi Horus, pour qu’il te garde ; il t’apporte les coeurs des dieux, pour que rien ne te manque, que tu n’aies nul besoin. Horus t’a donné son oeil, grâce auquel tu t’es saisi de la grande couronne, par-devant les dieux ; Horus a réuni tes membres, il t’a assemblé ; il n’y a plus aucun trouble en toi. Thot, pour toi, a empoigné ton ennemi, tranchant (sa tête) ainsi que celle de ses compagnons ; il n’en a pas épargné. Ô roi-Osiris, Horus est celui que tes bras étreignent, car il te protège. Tout est bien pour lui, à nouveau, auprès de toi, en ton nom de Horizon-d’où--surgit. Referme tes bras derrière lui, afin qu’il ne s’éloigne pas de toi. Car Horus ne permet pas que tu souffres ; il a placé ton ennemi sous tes pieds, afin que tu vives ; il t’a donné ses enfants pour qu’ils se placent sous toi, sans qu’aucun ne s’éloigne, afin de te porter. Ta mère Nout s’est étendue sur toi, en son nom de Shet-pet. Elle a fait que tu sois un Dieu, et dépourvu d’ennemi, en ton nom de Dieu. Elle te préserve de toutes mauvaises choses, en son nom de Grande protectrice, car tu es le plus important de ses enfants. Geb est satisfait de toi, il t’aime, il te protège aussi ; il a replacé ta tête, et Thot a fait que tu sois assemblé (632-639).

Tous les destins.

Le roi pourra assumer en même temps toutes ces destinées ; il pourra s’assimiler à tous les dieux du ciel, réunis en sa personne, pour une efficience magique totale .

  • Le dieu vient ! Le dieu vient ! Vient le roi sur le trône d’Osiris ! Il vient cet Esprit glorieux qui réside à Nedyt, le puissant qui est à Thinis [16]. Isis te parle, Nephthys t’appelle. Les Esprits, courbés, viennent à toi, et se prosternent à tes pieds, à cause de la crainte que tu inspires dans les villes du dieu Sia [17]. Tu montes auprès de ta mère Nout, elle saisit ton bras ; elle te montre le chemin vers l’horizon, le lieu où réside . Alors, pour toi, s’ouvrent les portes du ciel, pour toi se déploient les portes de la fraîcheur. Tu rencontres , debout ; il te salue, te prend par la main, et te conduit dans les deux demeures divines du ciel ; il t’assigne alors le trône d’Osiris (754-757).
  • Ta tête est celle d’Horus de la Douât, impérissable.
  • Ta face est celle de Mekhenty-irty [18], impérissable.
  • Tes oreilles sont celles des jumeaux d’Atoum [19], impérissables. Tes yeux sont ceux des jumeaux d’Atoum, impérissables.
  • Ton nez est celui d’Anubis, impérissable.
  • Tes dents sont celles de Sopdou, impérissables.
  • Tes bras sont ceux de Hapi et Douamoutef ; quand tu demandes de monter au ciel-d’en-haut tu montes
  • Tes jambes sont celles de Amset et Kebehsenouf [20] ; quand tu demandes de descendre au ciel d’en-bas, tu descends.
  • Tes membres sont ceux des jumeaux d’Atoum, impérissables.
  • Tu ne périras pas, ton ka ne périra pas, tu es un ka (148-1249).

Tous les pouvoirs.

Exaltation absolue de la puissance royale, le souverain renaissant, roi des hommes et des dieux, s’assimile à l’univers . Il devient le maître des principes de vie et de la connaissance.

  • « Ton parfum est le parfum des dieux, ta sueur est celle des deux Ennéades. » Le roi apparaît en gloire, coiffé de sa
    parure, sa main tient le sceptre, sa main a saisi la massue blanche. Il se tient en avant des deux demeures divines, et
    Juge les dieux [21]. « Tu appartiens aux divinités qui entourent , avant l’étoile du matin. Tu nais, selon tes mois comme la lune ; s’appuie sur toi dans l’horizon. Les Étoiles impérissables t’accompagnent » (730-733). ,
  • Le roi gouverne les dieux, il régente la Barque divine. Il se Saisit du Ciel, de ses colonnes, de ses étoiles. Les dieux
    viennent à lui, courbés et les étoiles sont dans sa suite à cause de sa gloire, après qu’ils ont brisé leurs massues et détruit leurs armes. Car le roi est un Grand, fils de Grand, qu’a mis au monde Nout. La force du roi est la force de Seth de la ville d’Ombos. Le roi est le grand taureau, sorti comme chef des Occidentaux [22]. Il est l’écoulement du flot, dont il est issu après que l’eau est venue à l’existence. Il est le serpent aux nombreux replis. Le roi est le scribe divin, qui pense ce qui est et qui crée ce qui n’est pas encore ( 1143-1146).
  • ka roi-Osiris, tu as encerclé chaque dieu dans l’étreinte de tes bras, leurs terres et toutes leurs possessions. Ô roi-Osiris, tu es grand et rond comme le « cercle qui entoure les îles » [23] (847).

Le roi nourrit sa maîtrise universelle du corps même des dieux ; souvenir, peut-être, de certaine anthropophagie africaine, c’est surtout un moyen magique absolu de s’assimiler les forces et les charmes divins.

  • Le ciel se couvre de nuages, les étoiles s’obscurcissent, les Arcs bougent, les os d’Akerou [24] tremblent ; puis les mouvements s’apaisent, après qu’ils ont vu le roi, ba apparaissant en gloire, dieu vivant de ses pères et se nourrissant de ses mères... Le roi est le taureau du ciel, au coeur furieux, qui vit de l’être même de chaque dieu, qui mange leurs entrailles lorsqu’ils viennent, ayant empli leurs corps de charmes magiques dans l’Ile de la Flamme... Le roi mange les hommes et vit des dieux ; il est le seigneur des tributs, qui établit le dépeçage des offrandes (?). Imykekaou empoigne les têtes et les lie pour le roi ; le serpent à la tête étincelante les garde et les défend ; Heritjerout les attache ; Khonsou, aux couteaux de toutes sortes, les décapite et extrait ce qui est dans leurs corps, c’est le messager que le roi envoie pour punir ; Shesemou les coupe et, le soir, il fait cuire quelques portions d’entre eux sur un fourneau. Alors le roi mange leurs charmes magiques et avale leurs esprits. Les grands sont pour son repas du matin, les moyens pour son déjeuner, et les petits pour son repas du soir ; les vieux et les vieilles sont pour sa fumigation... Le roi déborde de force lorsque leurs charmes sont dans son corps ; sa valeur ne se retirera plus de lui, car il a avalé le Savoir de chaque dieu. Le temps de vie du roi est l’infinie durée ; sa limite est l’éternité, en cette dignité selon laquelle on fait ce que l’on aime et on ne fait pas ce qu’on déteste - lui, qui réside entre les limites des horizons, éternellement et à jamais.