Hermanubis Dieu alexandrin par excellence

Lorsque, en 332, Alexandre le Grand devient le maître incontesté de l’Égypte, la vitalité de la religion égyptienne atteint des sommets tels que le conquérant comprend vite que le seul moyen d’établir une domination durable passe par le détournement de cette religion à son profit. Aussi, dès 331, il entreprend un voyage à l’oasis de Siouah, afin de consulter l’oracle d’Amon et de se faire déclarer fils de Dieu.

Après l’avènement de la dynastie lagide, cette politique religieuse conservatrice est maintenue. Néanmoins, l’arrivée massive de Grecs en terre d’Égypte entraîne certains changements. C’est essentiellement à Alexandrie et plus encore pour Sérapis, sous l’impulsion du pouvoir. C’est le même processus qui aboutit à la naissance du dieu alexandrin Hermanubis, dont on peut suivre l’évolution jusqu’à l’époque romaine.

Les origines d’Hermanubis

Né sous les Ptolémées, Hermanubis résulte, comme son nom l’indique, du syncrétisme entre une divinité grecque, Hermès, et une divinité égyptienne, Anubis. Figuré comme un homme à tête de chien ou entièrement sous forme canine, Anubis a connu une grande popularité en Égypte dès l’Ancien Empire : il apparaît dans les Textes des Pyramides comme celui qui assiste le mort dans son voyage vers l’au-delà et veille sur son enveloppe matérielle. Mais sa popularité, il la doit surtout au rôle qu’il joue dans la légende osirienne. Selon les croyances égyptiennes, c ?est lui qui aide Isis à reconstituer le cadavre démembré d’[Osiris>88], confectionnant ainsi la première momie. A la Basse Époque, il s’intègre encore davantage au cycle osirien en devenant le fils adultérin d’[Osiris>88] et de Nephthys. Le caractère chtonien d’Anubis, dieu des embaumeurs et guide des morts, avait de ce fait très tôt amené les Grecs à l’identifier à Hermès, fils de Zeus et de la nymphe Maia, et messager par excellence des divinités hellènes. Outre sa fonction principale de héraut des dieux, Hermès avait, selon les Grecs, la charge de conduire les âmes des défunts aux Enfers, ce qui le rapprochait d’Anubis. C’est essentiellement ce caractère de dieu psychopompe qui, à l’époque ptolémaïque et romaine, fut appliqué à Hermanubis.

Statuette en bronze représentant Hermanubis, Londres, Christie’s

L’iconographie d’Hermanubis à l’époque romaine

Si Hermanubis est une divinité alexandrine née sous les Lagides, c’est seulement à l’époque romaine qu’apparaissent ses premières représentations figurées, qui sont du reste assez rares. Une seule statue complète du dieu est connue à l’heure actuelle. Il s’agit d’un ex-voto en marbre mis au jour dans le temple romain de Ras es-Soda, situé au sud-est d’Alexandrie. Le dieu est figuré debout, la jambe droite légèrement fléchie en arrière, tandis que la jambe gauche s’appuie sur un tronc d’arbre. Il est vêtu d’un himation, manteau typiquement grec, et porte un calathos, sorte de corbeille devenue une coiffe divine symbole de fertilité et d’abondance, décoré d’une fleur de lotus. Dans sa main gauche il tient une longue palme, qui symbolise à la fois le Temps, l’Éternité et la Victoire tant sur les hommes que sur la mort. La tige en est surmontée d’un petit disque avec un uraeus, manière de rappeler les antécédents égyptiens du dieu, tout comme le chien qui se tient à ses pieds. Quant aux origines grecques, elles sont matérialisées par les sandales que porte Hermanubis.

Les représentations d’Hermanubis sur les monnaies

En fait, l’aspect iconographique d’Hermanubis est connu surtout grâce à la numismatique. Son image a en effet été très largement reprise sur les monnaies frappées dans les ateliers alexandrins à l’époque romaine. Elle reprend généralement les caractères évoqués précédemment : l’himation, le calathos décoré d’une fleur de lotus, la palme et le chien, l’animal d’Anubis. Autre attribut très courant, le caducée d’Hermès, constitué d’une baguette sur laquelle s’enroulent deux serpents entrelacés et surmonté de deux courtes ailes. La plupart du temps, Hermanubis est représenté seul, soit debout, soit en buste. Un plus petit nombre de monnaies le figurent dans son temple. Au gré des émissions, l’édifice présente des changements notables, mais ceux-ci ne prouvent pas que ces représentations illustrent fidèlement l’architecture du sanctuaire.

D’autres divinités sont parfois associées à Hermanubis. La première est certainement la plus significative : il s’agit de Sérapis, le grand dieu dynastique alexandrin, époux d’Isis. Par cette association, Hermanubis revient à ses origines égyptiennes et retrouve sa place dans le cycle osirien. Mais, il est aussi représenté en compagnie de divinités typiquement grecques, comme Harpocrate, Déméter ou Elpis.

L’évolution de l’image d’Anubis à l’époque romaine

Bien qu’Hermanubis tire ses origines égyptiennes d’Anubis, il ne l’a pas pour autant complètement supplanté. Au contraire, à l’époque romaine, Anubis connaît de nouveau une grande popularité, et il est parfois difficile dans certaines représentations de savoir s’il s’agit du dieu alexandrin ou de l’antique patron des embaumeurs. En effet, l’image de ce dernier se transforme, comme l’attestent par exemple les reliefs de la nécropole de Kôm el-Chougafa, au sud-ouest d’Alexandrie, où figurent trois Anubis à tête de chien, datant certainement du Ile siècle de notre ère. Tous trois sont vêtus de la tenue militaire romaine, mais deux seulement évoquent l’image guerrière du dieu. Le troisième, beaucoup plus difficile à identifier avec certitude, est un Anubis anguipède, c’est-à-dire doté d’une queue de serpent, dont la signification exacte reste encore discutée. Quoi qu’il en soit, ces images d’Anubis rappellent que le dieu est toujours à l’époque romaine le gardien des sépultures par excellence.

Navigation

AgendaTous les événements

décembre 2019 :

Rien pour ce mois

novembre 2019 | janvier 2020

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Brèves Toutes les brèves