La poésie lyrique et dramatique

Tournés vers une exaltation de la vie les Chants des harpistes gravés dans les tombes des notables du Nouvel Empire qui montrent des banquets funéraires remontent en fait au Moyen Empire. Le Chant d’Antef l’exprime joliment :

Aucun ne revient de là-bas, qui nous dise quel [est leur sort,
Qui nous conte ce dont ils ont besoin [...]
Que ton coeur donc s’apaise [...]
Suis ton désir et ta félicité,
Remplis ton destin sur la terre.

C’est seulement au Nouvel Empire qu’apparaissent les chants d’amour. Comme le Cantique des cantiques, plusieurs de ces poèmes figurent parmi les chefs-d’oeuvre de la littérature universelle. Cette époque de richesse et de luxe, plus individualiste, était davantage propice à l’éclosion d’une poésie amoureuse. La révolution d’Akhenaton (XIVe siècle av. J.-C.) réalise les conditions exigées pour la naissance d’une telle lyrique : la rencontre des amants dans l’intimité de la solitude et dans une réelle liberté. Le plus ancien témoignage serait le Papyrus Harris 500. Les poèmes sont généralement divisés en strophes, mais il est difficile d’imaginer leur rythme et la tonalité des vers puisque nous ignorons la vocalisation de l’ancien égyptien ; tout au plus peut-on distinguer le « parallélisme des membres » de la phrase ou l’insistance sur des syllabes « tonales ». Riche d’images, la poésie d’amour égyptienne transcrit moins l’élan d’âme d’un poète qu’elle n’exprime le duo d’amoureux. Des dialogues pleins de fraîcheur et de fantaisie développent tous les thèmes de la vie amoureuse : la description des parties du corps de la bien-aimée, les supplications devant la porte de l’amante, les lamentations à l’approche de l’aurore qui sonne l’heure de la séparation, l’indifférence du bien-aimé, le désespoir et le mal d’amour :

Voilà sept jours que je n’ai vu la bien-aimée.
La langueur s’est abattue sur moi.
Mon coeur devient lourd.
J’ai oublié jusqu’à ma vie.

La nature tout entière devient complice des plus tendres sentiments :

S’en aller aux champs est délicieux
Pour celui qui est aimé.
La voix de la sarcelle,
Qui à son appât se trouve prise, se plaint.
De ton amour qui me retient
Je ne puis me délivrer.

Avec l’époque ramesside (le groupe le plus tardif de poèmes date du règne de Ramsès V, vers 1150 av. J.-C.) s’accentuent les recherches de la frivolité et de la sentimentalité ; l’érotisme verse dans l’obscénité : le fameux Papyrus de Turin décrit un vieillard amoureux fort grivois.

De la lyrique relèvent encore les hymnes religieux et les prières déjà évoqués. Il faudrait y ajouter les oeuvres dramatiques : les livrets de drames liturgiques ayant pour thèmes les grands sujets sacrés (fondation de Memphis, légende d’Osiris, massacre de Seth par Horus). Mais on est loin d’un théâtre conforme aux conceptions actuelles.

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