L’oeil-oudjat

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

L’oeil-oudjat est une des amulettes les plus courantes et un des symboles magiques les plus puissants que nous ait légués l’Egypte ancienne. oeil sain d’Horus il est le symbole de la plénitude, de la vigueur, de la santé recouvrée et de la réussite. Il est représenté par un oeil humain souligné par le cerne de plumes noires que l’on trouve autour de l’oeil du faucon.

Selon l’épisode mythique connu par des allusions dès l’époque des Textes des Pyramides, l’oeil gauche d’Horus aurait été arraché, crevé et vidé de ses humeurs lors d’un combat singulier l’ayant opposé à Seth au cours duquel ce dernier perdit en retour ses testicules. Thot, savant et médecin, remplit l’oeil de ses humeurs, le recompose et le soigne patiemment. D’autres textes placent cette guérison sous la responsabilité d’Hathor.

Cette intégrité recouvrée a été très tôt mise en relation avec les cycles de la lune qui diminue pour mieux croître à nouveau. L’oeil-oudjat devient ainsi le symbole de la pleine lune. Rattaché à un cycle cosmique majeur, l’oeil-oudjat devient le symbole du retour perpétuellement renouvelé d’un élément menacé par un état de faiblesse, à un état normal, revivifié.

Puissante protection magique, il est en lui-même un message d’espoir, affirmant éternellement la foi égyptienne dans le retour à la normale, à l’équilibre, soit au niveau terrestre et humain soit divin et cosmique. Néanmoins si l’oeil d’Horus est la lune, l’Egyptien qui avait déjà mis en relation la lune et le soleil avec les deux yeux clignant tour à tour de -Horakhty, ne put se refuser à inclure l’oeil d’Horus dans ce concept binaire. C’est ce qu’indique clairement l’introduction du chapitre 167 du Livre des Morts : "Formule pour l’apport de l’oeil sacré à N. Qu’il dise Thot a rapporté l’oeil sacré ; il a apaisé l’oeil sacré après que l’eut envoyé le chercher. Il était très en colère, mais c’est Thot qui l’apaisa après qu’il se fut laissé aller à sa colère. Si je suis intact, il est intact ; N. est intact".

L’oeil-oudjat est ici mis en relation avec le mythe de la fuite de l’oeil solaire parti sur ordre du dieu primordial détruire les humains (Livre de la Vache du ciel). L’oeil-oudjat est alors ici l’astre diurne. Il peut aussi être un élégant symbole mathématique de la qualité d’être complet, entier, en général mise en relation avec une unité de mesure, de volume de céréales. Chacune de ses parties représente alors une fraction, leur somme équivalant à l’unité. Pourtant quiconque pousse la curiosité jusqu’à effectuer cette somme s’apercevra qu’elle ne totalise que 63/64e et que l’unité n’est ainsi que relativement complète. On peut alors envisager de manière optimiste que la partie manquante réapparaisse par magie avec l’aide de Thot, ou bien au contraire que le détournement de cette 1/64 partie soit le fait de Thot lui-même, à son profit, ce dieu étant par ailleurs connu pour détourner des offrandes à l’aide d’un calendrier tronqué.

Représentant le sacrifice du fils luttant pour recouvrer l’héritage de son père, l’oeil-oudjat devint aussi l’offrande par excellence, au même titre que Maât, résumant en lui seul l’oeuvre de piété filiale assumée par Pharaon. Symbole de protection et de revivification, l’oeil-oudjat devient une amulette portée autour du cou ; elle orne les pectoraux, les stèles, les sarcophages ; les plaques d’éviscération des momies etc.

Si l’oeil gauche d’Horus fut crevé et guéri, les amulettes représentent indifféremment chacun des deux yeux, à moins qu’elles ne les présentent par paire. Ce sont alors les deux yeux, l’oeil solaire droit étant lui aussi qualifié d’oudjat. Le fait que l’oeil droit soit représenté plus souvent que le gauche tient sans doute aussi à l’aspect négatif du côté gauche. Les combinaisons de quatre yeux-oudjat deviennent courantes à l’époque tardive ; elles doivent être mises en relation avec les quatre yeux qui veillent sur les quatre points cardinaux.

Tout comme le signe-ânkh, l’oeil oudjat peut être animé et présenter lui-même d’autres signes symboliques tels que le ânkh, le ouas et le nefer. Il est souvent associé au papyrus signifiant frais, rajeuni. Lorsqu’il est pourvu d’ailes, l’oudjat étend alors littéralement sa protection sur celui qui le porte. L’oeil, par son regard, apaise le démon et a une puissante qualité apotropaoeque. Il peut briser le pouvoir adverse du mauvais oeil. Présents par paire dans la tombe ou sur une paroi du sarcophage, les yeux-oudjat permettent au mort de voir ce qui se passe dans le monde des vivants et d’avoir ainsi un contact privilégié avec ce dernier.

Ce ne sont jamais des yeux humains mais une portion de divinité. Les deux yeux sont parfois respectivement liés à la Haute et la Basse-Egypte. Un oeil peut devenir une personnification : ainsi l’Egypte est-elle l’oeil-oudjat des dieux, tandis que Karnak est l’oeil oudjat du Maître universel. Sur une plaque d’or destinée au roi Psousennès, ce sont les quatre fils d’Horus eux-mêmes qui rendent hommage à l’oeil divin. Incarnant les fonctions vitales des différents organes ôtés du corps par cette plaie, ils attestent par leur seule présence autour de l’oeil, l’unité retrouvée du corps humain décomposé. L’oeil est tour à tour le symbole de divers aspects cycliques et de la continuité par la régénération : continuité du pouvoir royal, sauvegarde du dieu solaire, sauvegarde de la vie des dieux, du roi et des morts par l’offrande, et plus quotidiennement des hommes sous la forme d’amulettes.

Symbolisme lunaire de l’Œil

Thot avec l’œil oudjat dans les mains (amulette en faïence).
Basse époque, Walters Art Museum.

Si, dans le papyrus des Aventures d’Horus et Seth, Horus se voit arracher les deux yeux, d’une manière plus générale, les textes égyptiens mentionnent surtout l’énucléation du seul œil gauche. Représenté comme un œil humain fardé, l’Oudjat, « L’intacte », représente l’œil arraché à Horus par Seth lors de leur combat. Jeté à terre et déchiré en six morceaux, l’œil est reconstitué par Thot, qui le complète et le rend guéri et sain à son propriétaire. Les Textes des sarcophages évoquent ce mythe à plusieurs reprises. Un passage indique que Thot a cherché les morceaux et qu’il les a rassemblés :

« Je suis Thot (...). Je suis revenu de la quête de l’œil d’Horus : je l’ai ramené et compté, je l’ai trouvé complet, compté et intact ; son flamboiement monte jusqu’au ciel, et son souffle vers le haut et le bas »

— Textes des sarcophages, chap. 249 (extraits). Traduction de Paul Barguet.

Un autre évoque le combat d’Horus et Seth et l’heureuse intervention de Thot :

« J’ai reconstitué l’œil après qu’il eut été mutilé en ce jour de la lutte des Deux Compagnons ; — Qu’est-ce que la lutte des Deux Compagnons ? C’est le jour où Horus lutta avec Seth, quand Seth envoya des miasmes à la face d’Horus et quand Horus arracha les testicules de Seth. Mais c’est Thot qui traita cela avec ses doigts. »

— Textes des sarcophages, chap. 334 (extrait). Traduction de Paul Barguet.

L’arrachage de l’œil est une allégorie de la phase décroissante de la Lune ; sa reconstitution est celle de la phase croissante. Selon Plutarque, la mutilation peut aussi signifier les éclipses lunaires (Sur Isis et Osiris, § 55). Dans les temples, les prêtres s’assuraient de la bonne marche du cosmos en effectuant le rituel de « Compléter l’Œil d’Horus » qui consistait en une série d’offrandes livrées journellement à l’Œil afin d’aider à sa reconstitution.

Œil et offrandes

Dans les Textes des pyramides, l’Œil d’Horus tient une place considérable. Dans de nombreuses occurrences, cet œil symbolise les offrandes funéraires (pains, eau, vin, bière, encens, étoffes, onguents) apportées au pharaon défunt par les prêtres officiants. Selon cette liturgie, le pharaon est assimilé à Osiris. Horus, en tant que fils aimant, veut le faire revivre. Pour ce faire, Horus lui offre son propre Œil afin qu’il puisse à nouveau voir et se redresser sur ses jambes. Dans ce contexte, la possession de la vision a pour signification le retour de toutes les capacités sensitives, psychiques et physiques que le royal personnage a perdues au moment de sa mort. Bon nombre d’affirmations montrent que le contexte est lunaire. Le mythe archaïque du combat d’Horus et Seth, les « Deux Combattants », est inlassablement évoqué. Lorsqu’un prêtre, tout en déposant une offrande, dit que l’Œil d’Horus est blessé, qu’il souffre, qu’il est aveuglé, qu’il rebondit ou que Seth le mange, il fait référence aux tribulations célestes de la Lune, astre instable qui disparaît et réapparaît inlassablement depuis la blessure originelle qui lui a été infligée par Seth :

(Paroles dites quatre fois.) Offrande que donne le roi au ka d’Ounas.
Osiris Ounas prends l’œil d’Horus :
ton pain d’offrande afin que tu puisses manger !
un pain d’offrande
Osiris Ounas, prends l’œil d’Horus qui a été arraché à Seth,
que tu as saisi pour ta bouche et avec lequel tu ouvriras ta bouche !
une cruche-hatjès de vin en pierre-menou blanche
Ounas, prends l’œil d’Horus ! Pourvois-t’en !
une coupe-hénout de bière en galène
Osiris Ounas, j’ai complété pour toi ton œil avec de l’onguent !
parfum de fête
Osiris Ounas, prends l’œil d’Horus à cause duquel il a souffert !
huile-sefetj

— Textes des Pyramides, traduction de Raphaël Bertrand

Évocation de la phase ascendante de la Lune.
Plafond du temple de Dendérah, période ptolémaïque.

Le monceau d’offrandes offert au pharaon n’est pas à voir comme un cadeau offert aux dieux. L’offrande est un geste rituel sacré qui vise à rétablir la Maât, l’ordre cosmique bouleversé par les « Deux Combattants ». Cette harmonie n’est atteinte que lorsqu’Horus dispose à nouveau de son œil blessé par Seth et que Seth dispose à nouveau de ses testicules endoloris par Horus. Toutefois, les offrandes sont seulement appelées au nom de l’œil d’Horus et jamais au nom des testicules de Seth, du moins explicitement. Seth étant le dieu de la confusion, son symbole est trop dangereux pour être invoqué indépendamment de celui d’Horus. Certains passages présupposent néanmoins une union nécessaire des deux forces contraires lors du rituel, leur apaisement étant symbolisé par la présence de Thot, le « Fils des Deux Rivaux », dieu des scribes et des ritualistes :

—Formule à réciter—
Flamboyante, bien-aimée d’Horus, au front noir,
préposée au cou de Rê, puisses-tu dire au ciel que Téti est destiné au ciel !
— Formule à réciter—
Porteurs d’Horus qui a aimé Téti car il lui a apporté son Œil !
Porteur de Seth qui a aimé Téti car il lui a apporté ses testicules !
Porteur de Thot qui aime Téti !
C’est pour eux qu’a tremblé la Double Ennéade !
Mais les porteurs qu’aime Téti, ce sont les porteurs vers la table d’offrandes !

— Textes des pyramides, traduction de Claude Carrier

Source : Wiipedia.org

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