Les pyramides à degrés de la IIIe dynastie (env. 2700-2620 av. J.-C.)

, par  LAUER Jean-Philippe

La première pyramide et la plus connue est celle du roi Zoser ou Djéser ou Djoser, édifiée à Saqqarah par Imhotep, le célèbre ministre-architecte qui fut divinisé quelque deux mille ans plus tard, puis identifié par les Grecs à Asklépios en raison de ses talents médicaux, tandis que, au IIIe siècle avant notre ère, l’historien Manéthon en faisait l’inventeur de l’art de bâtir en pierre de taille. Imhotep, également grand-prêtre du culte du Soleil à On (Héliopolis), aura sans doute voulu marquer, par cette forme symbolique de gigantesque escalier dressé vers le ciel, l’aspiration du roi à s’évader du séjour souterrain des morts et à s’élever vers celui des dieux.

Cette pyramide recouvrit un grand mastaba carré de plus de 71 mètres de côté, type de superstructure ayant peut-être figuré la butte primordiale émergeant des eaux du chaos et à partir de laquelle Atoum avait créé l’univers. Mais ce mastaba ayant été étendu de 8,40 mètres vers l’est pour y incorporer une rangée de puits d’accès à des tombes d’enfants royaux, la pyramide se trouva allongée d’autant dans le sens est-ouest ; celle-ci, qui devait d’abord comporter quatre degrés, s’éleva à une quarantaine de mètres (fig. 1). Une dernière transformation étendit son massif vers le nord et vers l’ouest et porta le nombre de ses gradins à six, la hauteur atteignant alors près de 60 mètres pour une base de 109 mètres sur 121, oblongue d’est en ouest. Tandis que dans le mastaba initial les assises sont normalement disposées par lits horizontaux continus, le massif de la pyramide est constitué de tranches de maçonnerie d’environ 2,60 m d’épaisseur, inclinées de 160 par rapport à la verticale et s’appuyant les unes sur les autres, les lits étant déversés vers le centre et perpendiculairement aux faces de parement. Cette structure, qui assurait une grande stabilité, fut caractéristique des pyramides à degrés de la IIIe dynastie.

À celle de Zoser, le massif en gradins recouvre un vaste puits de 7 mètres de côté, dans lequel, à 28 mètres de profondeur, le caveau royal a été installé entre cinq assises de gros blocs de granit d’Assouan admirablement taillés et jointoyés. L’orifice cylindrique ménagé dans le plafond de ce caveau fut bloqué par un énorme bouchon de granit pesant plus de trois tonnes. Celui-ci ayant été forcé, les violateurs s’introduisirent dans le caveau et arrachèrent la momie de Zoser, dont l’un des pieds qui s’était détaché gisait encore au fond.

Dans une cour du temple funéraire situé au nord de la pyramide, une descenderie aboutit à la chambre de manœuvre surmontant le caveau et donne accès à l’appartement du ka et à un réseau complexe de galeries destinées sans doute au mobilier funéraire.

Dans l’appartement même, plusieurs chambres sont revêtues de faïences bleues et les chambranles des portes sont ornés du protocole royal très finement sculpté : la façade de cette demeure du ka y est figurée, également revêtue de faïences, avec des simulacres de portes et de petites fenêtres, et sur les panneaux de ces fausses portes trois bas-reliefs inscrits montrent le roi effectuant des rites symboliques.

D’autres galeries indépendantes, demeurées intactes jusqu’aux fouilles de 1933-1935, contenaient plusieurs dizaines de milliers de vases d’albâtre et de pierres dures variées, sur certains desquels des noms de rois des deux premières dynasties avaient été gravés.

Pyramide et temple ne constituaient toutefois que le centre d’un immense complexe monumental de quinze hectares, limité par une magnifique enceinte à redans bastionnée, haute de 10,50 mètres à l’origine (fig. 2). Imhotep imagina d’y figurer en constructions de pierre de taille tout le cadre architectural du heb-Sed , importante fête jubilaire où le roi était réintronisé ; par la célébration périodique de son heb-Sed dans l’au-delà, le ka de Zoser devait ainsi conserver éternellement son pouvoir royal. En vue de ces cérémonies purement idéales, Imhotep transposa dans la pierre les sanctuaires de types divers qui, pour la durée de la fête Sed , amplifiaient alors déjà avec le bois ou la brique crue les édicules légers de roseaux ou de clayonnage dressés en cette occasion aux temps prédynastiques.

Enfin, un second tombeau pour le roi fut préparé dans l’épaisseur du massif d’enceinte sud, comportant, comme la pyramide, un caveau de granit et un appartement souterrain avec le même type de décor de faïences bleues, de chambranles et de stèles-fausses portes au nom du roi ; ce tombeau figura peut-être le cénotaphe que les Horus des deux premières dynasties érigeaient à Abydos. Aux complexes funéraires ultérieurs, une seconde tombe se retrouvera de même au sud de la pyramide, d’abord sous forme d’un mastaba, puis d’une pyramide satellite de dimensions réduites. À partir de la Ve dynastie, cette pyramide satellite se situera au sud du temple haut, près de l’angle sud-est de la pyramide principale.

Les successeurs immédiats de Zoser, l’Horus Sekhem-Khet et probablement l’Horus Khâba, construisirent aussi des pyramides à degrés, respectivement à Saqqarah et à Zaouiêt el-Aryân, mais ils ne purent les achever. Sekhem-Khet, néanmoins, qui voulut imiter Zoser, dont il était sans doute le fils, édifia comme lui une vaste enceinte à redans et, dans le périmètre de celle-ci, au sud de sa pyramide, un second tombeau en forme de mastaba.
C’est probablement au dernier roi de la dynastie, Houni (ou Nysout), qu’il conviendrait d’attribuer la dernière des pyramides à degrés, celle de Meïdoum, à l’entrée du Fayoum. Dans ses deux premiers états elle comporta d’abord sept gradins, puis peut-être huit, et fut transformée finalement en pyramide véritable (fig. 3) sous le règne de Snéfrou, le fondateur de la IVe dynastie. Cet édifice, qui fait la jonction entre les deux types de pyramides égyptiennes, revêt à ce titre une grande importance.

Source : Encyclopædia Universalis France

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