Les pyramides des Ve et VIe dynasties.

, par  LAUER Jean-Philippe

Les « Textes des pyramides »

Ouserkaf, le fondateur de la Ve dynastie, qui fut peut-être un fils de Khentkaous et d’un grand-prêtre de , rétablit la forme pyramidale pour la tombe royale, mais il en réduisit notablement les dimensions. Sa pyramide, à Saqqarah, n’atteindra plus que 73,30 m (soit 140 coudées) de côté et moins de 50 mètres de hauteur, sa pente ayant été obtenue comme celle de la pyramide de Khéphren par le triangle 3-4-5. À partir de cette pyramide, le plan de l’appartement funéraire tendra à s’uniformiser : la descenderie, toujours axée sur la face nord, sera généralement construite dans une tranchée en pente dirigée vers une vaste excavation centrale plus ou moins profonde disposée perpendiculairement comme les branches d’un T. C’est là que seront édifiées la salle sépulcrale et l’antichambre qui la précède vers l’est, l’une et l’autre étant couvertes par trois couches successives d’énormes dalles disposées en chevrons. Quant à la descenderie, après avoir atteint le niveau requis dans un vestibule, elle se prolongera au-delà par un couloir horizontal recoupé par une ou plusieurs herses et parfois par un accès à quelques pièces secondaires.

La pyramide d’Ouserkaf, très éboulée, offre l’originalité d’avoir la majeure partie de son temple de culte disposée non pas à l’est, mais sur sa face méridionale. Il ne subsiste plus en place dans ce temple que de nombreux éléments de dallage de basalte et quelques seuils de granit, mais une magnifique tête colossale du roi, en granit, et de beaux fragments de bas-reliefs y furent recueillis.

Les quatre successeurs directs d’Ouserkaf édifièrent leurs pyramides sur le site d’Abousir, à trois kilomètres au nord de Saqqarah. Les dimensions de leurs pyramides s’accroîtront jusqu’à celle de Neferirkarê qui atteindra, comme pour Mykérinos, 200 coudées de côté, longueur qui se réduira ensuite à 160 pour celle de Néouserrê. Dans les temples annexes, un très large emploi fut fait des meilleures pierres dures : basalte pour les dallages, granit rose ou bleuté pour les soubassements des principaux murs, pour les colonnes et architraves des portiques, ainsi que pour les seuils, jambages et linteaux des portes. Les colonnes sont palmiformes, ou papyriformes fasciculées ; enfin, ce qui nous est parvenu des bas-reliefs qui couvraient les parois des salles principales et des chaussées couvertes compte parmi les plus belles réussites de l’art égyptien.

Quant aux rois de la fin de la dynastie, ils établirent à nouveau leurs pyramides à Saqqarah. Celles des deux derniers, Issési-Djedkarê et Ounas, se présentent sous la forme de collines recouvertes de sable. Celle d’Ounas est la plus petite des pyramides de l’Ancien Empire, la longueur de son côté n’atteignant que 110 coudées ; mais grâce à une pente plus raide (560 19H) obtenue par l’emploi du triangle rectangle où h = 3 et b = 2, la hauteur y dépassa 43 mètres. Si les colonnes palmiformes qui ornent les temples de ces deux pyramides sont encore généralement en granit rose, on ne fait plus les soubassements avec cette matière, et l’albâtre remplace le basalte pour les dallages des principales cours et salles. Quant aux bas-reliefs, ils sont toujours de style excellent, et le nombre des scènes dut être particulièrement important au complexe d’Ounas en raison de la longueur (750 m environ) de la chaussée couverte.

C’est, enfin, dans cette pyramide d’Ounas qu’apparaissent pour la première fois les « Textes des pyramides » gravés sur les parois des deux salles centrales. Il s’agit de textes de caractère rituel et religieux, devant agir par la puissance magique des mots écrits, que le clergé d’Héliopolis mit à la disposition du roi défunt pour l’aider à triompher de tous les obstacles de l’au-delà. On peut diviser ces textes en trois catégories : des formules d’offrandes ; des formules magiques procédant des rites osiriens et destinées à vaincre les lois naturelles et à écarter les influences mauvaises ; et, surtout, d’innombrables invocations ou allusions mythologiques, qui se rattachent soit à la légende d’Osiris, soit au cycle solaire plus ou moins harmonisé avec d’anciennes doctrines stellaires. Par ces textes, l’odyssée du roi après sa mort est en quelque sorte tracée, se terminant en véritable apothéose auprès de , auquel il va se trouver désormais étroitement associé.

Les mêmes textes, avec certaines variantes et de nombreuses additions, se retrouvent à Saqqarah dans les quatre pyramides des rois de la VIe dynastie, ainsi que dans celles des trois reines de Pépi II, et enfin dans la très petite pyramide d’Ibi ou Aba, roi probablement de la VIIIe dynastie, durant la Première Période intermédiaire.

Les quatre pyramides royales connues de la VIe dynastie (environ 2350-2200 av. J.-C.) eurent toutes les mêmes dimensions, soit 150 coudées (environ 78,50 m) de côté, et 100 coudées (52,40 m) de hauteur, proportion obtenue au moyen du triangle 3-4-5. Leurs appartements funéraires sont tous disposés sur un plan similaire (fig. 8), qui paraît avoir été fixé dès Issési-Djedkarê sous la Ve dynastie : le couloir d’accès est alors recoupé par trois herses successives en granit, et l’antichambre, qui donne accès à la salle sépulcrale vers l’ouest, ouvre vers l’est sur une chambre plus petite où deux murs en épis constituent trois niches, peut-être destinées à recevoir des statues. De même, les plans de leurs temples, et surtout de la partie intime où se rendait le culte funéraire, s’uniformisent (fig. 7). Les bas-reliefs retrouvés principalement à Pépi II sont encore de style excellent ; un large emploi de l’albâtre est à noter pour les dallages des salles et des cours principales, mais la quartzite tend à se substituer au granit pour les seuils et parfois pour les jambages et linteaux de portes ; enfin, les belles colonnes des portiques de la Ve dynastie sont remplacées ici par des piliers de granit ou de quartzite.

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