Le Calendrier égyptien

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Dès ses origines, l’Egypte se dota d’un calendrier lui permettant de suivre les phénomènes cycliques rythmant son existence. On pense qu’un premier système calendérique fut fondé sur l’harmonie observée entre les cycles lunaires et le cycle annuel de l’inondation. Un calendrier solaire finit par se substituer à l’ancien calendrier, tout en tenant compte de ses principales caractéristiques. De ce fait, le calendrier égyptien est adapté aux usages de la vallée du Nil et à ses biorythmes propres.

L’année égyptienne se subdivisait en douze mois et trois saisons. Celles-ci correspondaient aux cycles de l’année agricole en Egypte. Le premier jour de l’an correspondait au 19 juillet, journée marquée par la coïncidence entre le lever héliaque de l’étoile Sothis et la crue du Nil. L’année commençait en effet avec l’inondation, marquant le début de la saison Akhet. Avec l’émergence des récoltes s’amorçait la saison Peret, ou sortie des eaux. Enfin, l’année se terminait par les chaleurs sèches de la saison Chemou, correspondant aux récoltes et à la sécheresse.

Chacune de ces saisons s’étendait sur quatre mois lunaires de trente jours, eux-mêmes divisés en trois décades. La cycle quotidien comportait deux périodes : le jour et la nuit. Chacune se subdivisait en douze heures, quelle qu’elle fût la saison. Aussi, la durée des "heures" variait au cours de l’année, selon la longueur des jours et des nuits.

Dans l’état actuel des sources, cette division paraît arbitraire. Peut être s’avère-t-elle le reflet de la subdivision de l’année en douze mois. Ce sont les Babyloniens qui conçurent la division en heures égales de 60 minutes. La plus petite division de temps connue en Egypte est le "at", terme que l’on traduit généralement par "moment", "instant", et qui ne semble pas avoir eu de valeur temporelle définie.

Le calendrier égyptien présentait un problème majeur : ses douze mois de trente jours ne permettaient à l’année de totaliser que trois cent soixante jours alors que l’année solaire compte, en son cycle complet, trois cent soixante cinq jours un quart. Pour pallier partiellement à cette difficulté, on recourut à l’établissement de cinq jours supplémentaires, qualifiés d’épagomènes par les Grecs. Ces jours étaient ceux aux cours desquels on célébrait l’union annuelle de Geb et de Nout, et l’anniversaire de la naissance de la troisième génération divine formée d’Osiris, d’Isis, d’Horus, de Seth et de Nephtys.

C’était là, aux yeux des égyptiens, la période la plus dangereuse de l’année, car la fin de l’année correspondait à la vague de chaleur la plus forte. Si bien qu’ils imaginaient qu’elle était placée sous l’autorité de Sekhmet qui, en plus de la chaleur sortant de sa gueule brûlante, lâchait ses émissaires répandant ainsi les germes de pestilence et de mort. Le pays tout entier se préparait dans l’angoisse à affronter la nouvelle année, en priant les dieux qu’une inondation ni trop forte ni trop faible, ne transformât l’Egypte en pays ravagé par la famine.

Néanmoins, cette adjonction ne suffisait pas. Chaque année, le calendrier égyptien retardait de six heures sur le cycle solaire rythmant les travaux agraires. De ce fait, le calendrier et les cycles naturels réels, ne coïncidaient qu’après une période de 1460 ans. Cependant l’Egypte sut très bien s’en accommoder avant l’époque ptolémaïque, époque à partir de laquelle l’esprit rationnel grec lui valut d’adopter le calendrier alexandrin. Ce dernier devait servir de base aux calendriers julien et grégorien.

Cette division de l’année, quoi que imparfaite, conjuguait simplicité et harmonie, par rapport à notre calendrier complexe, aux mois inégaux. Cette simplicité frappa les encyclopédistes du Siècle des Lumières européen. Aussi, les idéologues de la Révolution française décidèrent de l’adapter à l’usage de la France jusqu’à l’Empire.

Chacun des mois portait un nom différent. Ces noms perdurent à l’époque actuelle. De nos jours, l’Egypte utilise couramment trois calendriers : le calendrier grégorien international pour l’usage quotidien, le calendrier islamique pour les fêtes religieuses, et les vieux noms égyptiens, qui se sont maintenus par l’intermédiaire du copte, pour l’agriculture, malgré la disparition du phénomène de l’inondation ayant généré ces noms.

Pour éviter les inconvénients de la discordance entre l’année sothiaque et l’année solaire, les Egyptiens anciens superposaient un calendrier civil agricole, à un calendrier religieux marquant les grandes fêtes annuelles. Ce calendrier liturgique pharaonique était adapté à chaque localité, à chaque grand temple, tout en intégrant bien entendu les panégyries nationales. Le choix des dates de ces fêtes était calculé par les prêtres sur la base d’un calendrier lunaire fondé sur des mois de 29 jours et demi. Outre le fait qu’il se référait, comme tout ce qui touche à la religion, à des éléments fondamentaux de la civilisation, il était en effet essentiel que les actes rituels de l’année, puissent être mis en relation avec les grandes cycles agricoles et astronomiques du calendrier civil, aux décalages continuels.

Un troisième calendrier s’imposait aux Egyptiens. Si une année de référence 0 existait dans les esprits - elle remontait à la création du monde - le temps écoulé depuis cette année n’était pas clairement défini. Le comput des années se rapportait à la royauté, perçue elle-même comme une fonction cyclique rythmée par le couronnement royal, ou apparition, et la mort du souverain. De ce fait les Egyptiens dataient leurs monuments de façon relative, en mentionnant l’année de règne d’un souverain donné, la première année correspondant au début du règne. Ainsi on dit, par exemple : en l’an 8 de Ramsès II.

Zodiaque, Denderah

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