Situé dans la partie centrale du Delta, la cité d’Athribis, capitale du dixième nome de Basse-Egypte, joua un rôle majeur dans le système défensif de la vallée du Nil. Il ne reste aujourd’hui que de rares tumuli épars recouvert par la ville moderne de Benha mais les textes et les objets retrouvés sur le site témoignent de son rayonnement et de son importance stratégique.
Athribis était établie au carrefour des principales voies de communication. Les Egyptien l’avait de ce fait baptisé Hout-to-he-ry-ib ("Le château de la terre du milieu"). Son existence est avérée dès la IVem dynastie. Ville natale d’Amenhotep fils de Hapou le fameux architecte en chef et vizir du pharaon Aménophis III. Elle connaît son plein essor sous les Ramessides puis à la période grecque et romaine. La divinité locale est l’Horus-Khentykhety, associé au taureau sacré Kemour ("Le grand taureau noir"), l’un des quatre taureau sacré du Delta. Athribis possédait également une fauconnerie de grand renom associé au culte divin. On a aussi retrouvé des témoignages du cultes d’autres dieux tel Osiris. Seul quelques bas-reliefs remontant au règne de Ramsès II subsistent du temple de l’Horus-Khentykhety.
Athribis atteint son apogée à l’époque ptolémaïque. Les pharaons Lagides en firent une de leurs villes favorites avec Memphis et surtout Alexandrie. Elle devient un site religieux reconnu mais aussi un centre artistique réputé. Des fouilles récentes ont mis en évidence une intense activité d’artisans spécialisés comme les potiers dont la découverte des vestiges de leurs fours a prouvé qu’ils étaient passés maîtres dans l’art des vases ornés, généralement destinés à servir la gloire des Ptolémées.
La découverte en 1924 du "trésor d’Athribis", un groupe d’objets en argent d’une cinquantaine de kilos, ne fit que confirmer l’existence d’un quartier d’orfèvres spécialisés dans le travail du métal précieux.
La statue guérisseuse de Djedher
D’après un papyrus datant du IVem siècle avant J.C., il existait un culte de Djedher, grand prêtre de la ville et portier en chef du sanctuaire d’Horus-Khentykhety, qui vécut sous la XXXem dynastie et contribua au rayonnement de la cité. A l’époque ses prêtres rivalisaient avec ceux d’Héliopolis et la cité bénéficia d’un large engouement religieux. La statue de Djedher acquit une réputation de guérisseuse et attira de nombreux pèlerins à venir la vénérer. Elle portait une inscription disant : "J’ai mis les inscriptions sur cette statue conformément à ce qui est écrit dans le livre sacré de Rê et tous les procédés pour ranimer tous les gens, tous les animaux, pour les protéger de tous les serpents, de tous les reptiles en faisant ce qu’aime le coeur d’Horus-Khentykhety". Des inscriptions retrouvées sur ses flancs constituent un témoignage primordial sur l’histoire de la ville et le culte rendu au faucon, animal de prédilection du démiurge local : "Je fis ériger un sanctuaire-ouabet [une chambre d’embaumement] en l’honneur du faucon au sud du temple de Iat-Mat, il fait soixante-huit coudées de hauteur et soixante-quatre de largeur. (...) Une grande salle était en son intérieur. Six chapelles se trouvaient des deux côtés. Leurs portes étaient en vrai sapin [importé du Liban]. (...) Un grand porche bâti au-dessus de la porte d’entrée de ce sanctuaire comportait huit colonnes. Un trône en sapin était sur la moitié du toit gravé au nom de Sa Majesté. (...) Puis a été construite une cour dallé de belles pierres blanche de calcaire qui allait de l’entrée du temple jusqu’à la porte principale."
Djedher, portier du dieu, ne se contente pas d’ériger un temple. Il offre aussi des terres aux soldats stationné à l’intérieur des murs de la cité. Leur nombre élevé prouve l’importance stratégique de la ville. Djedher fait également aménager des jardins et des vergers le long de la branche athribite du Delta. La renommée du sanctuaire lui vaut de ce voir octroyer par les Ptolémées le droit d’asile. Droit qui stipulait que quiconque pénétrait dans l’enceinte du temple était placé sous la protection du dieu et ne pouvait faire l’objet d’aucune poursuite.
Le complot contre Ramsès III
Sous le règne de Ramsès III, le vizir de Basse-Egypte, désireux de prendre le pouvoir à Athribis grâce à l’aide des habitants. Il investit le temple d’Horus-Khentykhety et en chasse les prêtres. La réaction du pharaon est sans appel :"Je chassai le vizir et je me saisis de tous les hommes qui étaient avec lui. Je fis que le temple fût à nouveau à l’égal des grands sanctuaires de l’Egypte, protégé pour les temps infinis. Je ramenai tous les gens qui en avaient été chassés, chaque homme, chaque supérieur, pour qu’ils organisent à nouveau l’administration du domaine sacré."