Osiris végétant

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Cette appellation recouvre une figurine anthropomorphe, faite de terre mêlée de grains de blé ou d’orge, et emmaillotée de bandelettes. Cette statuette, ithyphallique, pouvait être revêtue d’un masque de cire ou de plâtre, dotée du sceptre royal et du flagellum, d’une couronne-atef ou d’une couronne blanche par souci d’assimilation à Osiris.

La plupart des exemples conservés sont longs de 35 à 50 cm ; ils étaient enfermés dans de petits sarcophages de bois à tête de faucon.

Certains exemples étaient enfermés dans les piliers dorsaux de statuettes aux traits de Ptah-Sokar-Osiris, mais la plupart étaient enterrés dans de simples puits, sans aucun apparat. Les trouvailles provenant de quatre sites : la Vallée des Singes (Ouadi Qubbanet el-Gourud, à l’ouest de la Vallée des Rois, non loin de la tombe d’Aménophis III), Tehneh el-Gebel, El-Cheikh Fadl et Tounah el-Gebel en Moyenne-Egypte. La cinquantaine de pièces conservées datent de l’époque gréco-romaine.

La relation entre le dieu Osiris, la fertilité végétale et plus particulièrement les céréales, est apparente dès le Moyen Empire. Des formules des Textes des Sarcophages soulignent le parallélisme entre la régénération du défunt et l’apparition des jeunes pousses d’orge sur le corps d’Osiris.

En dépit de leur aspect funéraire, ils ne concernent nullement la résurrection d’un individu. Leur existence est entièrement liée aux Mystères d’Osiris et au culte du dieu lui-même. Les textes de la chapelle osirienne de Dendara exposent par le menu les cérémonies annuelles des Mystères d’Osiris au mois de Khoiak ; ils décrivent la réalisation de tels spécimens et de leur utilisation.

La confection d’une statuette d’Osiris végétant avait lieu au moment des fêtes du mois de Khoïak précédant la fin de l’époque de l’inondation et mettant en scène le renouveau cyclique des puissances chtoniennes et végétales. Ces cérémonies forment un exemple complexe. Voici les épisodes concernant la confection de la statuette d’Osiris. Un moule en argent est utilisé pour la façonner. Il est constitué de deux parties égales représentant chacune une moitié latérale du corps du dieu. Ce moule mesure exactement une coudée de long, soit une cinquantaine de centimètre. On le remplit d’un mélange de terre, de sable et d’orge, et on l’arrose quotidiennement. Au terme de cette période, les grains d’orge germent ; alors, les deux moitiés du moule étaient assemblées et le tout emmailloté.
Cet Osiris représente le dieu défunt d’hier porteur des espérances du lendemain. Il est ensuite enterré dans la nécropole pour y apporter sans doute la régénération aux défunts et la fertilité au sol égyptien. Cette pratique survécut sans doute dans la coutume païenne intégrée par le christianisme consistant à faire germer des lentilles au moment des fêtes de Pâques. Si elle est le support d’un culte à vocation agraire visant à renouveler la fertilité végétale cyclique, cette statuette devient du même coup l’image du corps desséché d’Osiris à qui l’on restitue ses lymphes, après la momification par le biais d’une libation. Ce corps desséché n’est autre que la terre d’Egypte abritant les reliques du dieu qui, arrosée par le flot pur de l’inondation, pouvait reverdir et nourrir la population.

Une idée semblable amena le dépôt dans les tombes royales du Nouvel Empire d’objets assez proches ; on les nomme lits d’Osiris. Ces éléments, assez rares puisque seuls sept exemples sont attestés, présentent eux aussi la silhouette du dieu Osiris évoquée selon les règles du dessin égyptien. Le plus grand d’entre eux est une figure de taille humaine (190cm), retrouvée dans la tombe de Toutânkhamon. Mais il s’agit, dans la plupart des cas, d’un cadre de bois rempli de limon ensemencé de grains d’orges. Ce petit jardin osirien portable, certainement arrosé au moment de la fermeture de la tombe, devait se mettre à germer lentement et devenir ainsi le symbole de la résurrection effective du roi osirifié et de sa victoire sur les forces de la mort et de la destruction.

Papyrus Jumilhav montrant le reliquaire de la tête d’Osiris et une figure d’Osiris végétant.

Certains auteurs ont voulu pousser plus avant l’explication symbolique de la préparation de ces figurines. Ayant remarqué qu’en Egypte ancienne, on utilisait aussi bien des porcs que des ovins pour faire enfoncer les grains dans la terre des champs fraîchement ensemencés, ils ont tiré l’hypothèse selon laquelle ces porcs enfonçant le grain dans le corps d’Osiris pouvaient être considérés comme le symbole de Seth enfonçant sa lame dans le corps de son frère. L’apparition des nouvelles pousses constituerait alors l’annonce de la victoire du dieu sur l’adversité.

Il convient de signaler quelques pièces présentant des affinités avec les jardins osiriens ; il s’agit de rares exemples de briques cuites dont la surface supérieure est percée d’une cavité empruntant elle aussi sa forme au profil d’Osiris. Il est difficile de savoir si cette brique, longue de 20cm et large de 10, pouvait prendre effectivement place dans une construction ; en revanche, sa cavité supérieure était certainement destinée à recevoir elle aussi du limon et des grains. Elle devait assumer les mêmes qualités symboliques que les Osiris végétants et les lits osiriens.

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