Saqqarah

À une trentaine de kilomètres au sud du Caire, sur le bord de la falaise libyque, au nord de l’ancienne capitale de Memphis, s’étend l’une des plus vastes nécropoles d’Égypte, à laquelle on donne le nom du village actuel de Saqqara. De l’époque thinite datent d’importants mastabas en brique crue, dont certains furent peut-être des tombeaux royaux. Sous la IIIe dynastie (env. 2700), Imhotep, architecte du pharaon Djéser, y érigea le premier complexe funéraire royal totalement construit en pierre de taille, en assises réglées ; dans cet ensemble se trouvent résumés tous les éléments que la préhistoire et l’époque thinite avaient réalisés en matériaux plus légers. Plusieurs tâtonnements furent nécessaires avant la création de la pyramide à degrés, étape intermédiaire entre le mastaba et la pyramide parfaite, jalon décisif vers l’extraordinaire réussite que seront plus tard les pyramides de Dachour et de Giza. Le complexe funéraire de Djéser était entouré par un haut mur d’enceinte à redans en pierre calcaire blanche qui a été partiellement reconstitué. Il était dominé par la masse de la pyramide à six degrés, sorte d’escalier monumental qui permettait aux dieux de descendre sur la terre et à l’âme du défunt de monter vers le ciel. Au-dessous, le dédale des appartements souterrains aboutissait au caveau construit en granite ; dans deux galeries servant de magasins ont été retrouvés, entassés par milliers, des vases et des récipients d’albâtre et de schiste datant des deux premières dynasties. Djéser s’était fait construire un deuxième tombeau, pratiqué dans l’épaisseur du mur d’enceinte sud ; son emplacement était marqué par une sorte de mastaba qui faisait saillie sur le sommet du mur. Les deux appartements funéraires rappelaient sans doute que Djéser était roi à la fois de Haute-Égypte et de Basse-Égypte, dualité que l’on retrouve tout au long de l’histoire pharaonique. Un certain nombre d’édifices factices évoquaient les rites spécifiques du pouvoir monarchique ; c’est le cas, par exemple, des belles façades des chapelles de la cour de la fête-sed , remontées par les soins de J.-P. Lauer, qui ne masquent que des remblais. Cet hallucinant ensemble était un pur simulacre destiné au seul usage de l’âme du roi.

1 Complexe funéraire de Djoser
2 Complexe funéraire de Sékhemkhet
3 Pyramide d’Ounas
4 Rampe d’accès à la pyramide d’Ounas
5 Mastaba d’Idout
6 Couvent Saint Jérémie
7 Pyramide d’Ousèrkaf
8 Pyramide de Téti
9 Mastaba de Méréouka
10 Mastaba de Kagemni
11 Tombe d’Hésiré
12 Mastaba de Ti
13 Sérapeum
14 Mastaba de Ptahhotep
15 Nécropoles royales de la Ier dynastie

Sekhemkhet, le successeur de Djéser, entreprit de bâtir dans ce secteur un ensemble du même type, découvert en 1951. L’enceinte, restée inachevée, montre comment on travaillait sous les plus anciens pharaons ; sur les murs non ravalés on voit encore, à l’encre rouge, les repères de construction. Le caveau a livré un beau sarcophage d’albâtre, intact mais vide.
Avec Ounas, le dernier souverain de la Ve dynastie, puis sous les rois de la VIe dynastie, les pyramides deviennent plus petites. Le pays s’est appauvri. Mais la foi reste vive, ainsi que l’espérance en l’autre monde. Les murs de la chambre sépulcrale et de l’antichambre, jusqu’alors laissés nus, se couvrent d’inscriptions qui, à quelques variantes près, se répètent d’un souverain à l’autre. Ce sont les Textes des pyramides, ensemble de formules magiques et religieuses destinées à faciliter la vie du roi défunt dans l’au-delà. Les appartements funéraires d’Ounas à Saqqara sont très simples : une descenderie nord-sud aboutit à un vestibule, puis un couloir assez bas, obturé jadis par trois herses, mène à l’antichambre ; celle-ci donne à l’est sur une sorte de magasin (le serdab ) et à l’ouest sur le caveau. Le même plan se retrouve chez les divers rois de la VIe dynastie : Téti, Pépi Ier, Mérenrê et Pépi II. Dans les chambres de ces pyramides, exploitées en carrières au Moyen Âge, une mission française recueille actuellement, avec patience, les fragments mutilés des Textes des pyramides et en reconstitue le gigantesque puzzle. Elle dégage également et étudie les temples funéraires qui flanquent, sur leur côté est, ces pyramides : ensembles prestigieux de salles autrefois dallées d’albâtre et décorées de fins reliefs, de couloirs et de passages aux portes massives de granite, de magasins dont certains ont conservé leur étage supérieur. Depuis 1988, la mission s’est assuré le concours d’ingénieurs de l’E.D.F. et de la Compagnie de prospection géophysique française afin de prospecter, grâce à des méthodes géophysiques de surface, les décombres accumulés au sud et au sud-ouest du complexe de Pépi Ier. Cette collaboration a permis la découverte de trois complexes funéraires de reines, les trois épouses du pharaon.

De nombreuses tombes privées, celles des dignitaires de la Ve et de la VIe dynastie, se trouvent à Saqqara. Certains de ces mastabas, comme ceux de Ti, Ptahhotep ou Mérérouka, se distinguent par leurs dimensions et la beauté de leurs reliefs peints.

Au Nouvel Empire, la nécropole memphite abrita de nouveau des tombes somptueuses, en particulier à la fin de la XVIIIe dynastie (tombeaux d’’Aper-el, de Maya, de Horemheb) ; le site comprend également d’imposantes sépultures datant de la Basse Époque, comme celle du vizir Bakenrenef (XXVIe dynastie), fouillée par une équipe italo-égyptienne.

Memphis était aussi la ville du dieu Apis, dont le culte prit une très grande importance à la Basse Époque. Les taureaux sacrés, désignés par des particularités de leur pelage et entretenus dans leur temple de Memphis, étaient inhumés en grande pompe dans la nécropole. On leur réserva des galeries souterraines taillées dans le roc. À l’époque ptolémaïque, au Sérapéum, le nouveau dieu Sérapis correspondait à Osiris-Apis, c’est-à-dire Apis devenu Osiris après sa mort. En 1850, Mariette découvrit ces installations, accessibles par une allée de sphinx et dotées d’une exèdre ornée de statues de philosophes grecs ; il fit dégager les galeries contenant les dépouilles des taureaux sacrés, dont les plus anciennes remontaient à la XVIIIe dynastie ; bien que violées dès l’Antiquité, ces tombes conservaient encore un matériel important, en particulier de nombreuses stèles inscrites. Dans les années 1970, une mission anglaise a découvert, à proximité, d’autres sanctuaires datant des derniers souverains indigènes et des Ptolémées, ainsi que d’immenses galeries où étaient empilées des centaines de milliers de momies d’ibis, de faucons et quelques babouins ; dans une autre galerie, de grandes cuves logées dans de vastes alvéoles contiennent les dépouilles de vaches sacrées, les mères des Apis.

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    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

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