Amarna

Amarna (ou Tell el-Amarna) la citée de l’héretique

Sous le nom d’Amarna ou Tell el-Amarna, on désigne le site de Moyenne Égypte où le pharaon de la XVIIIe dynastie (XIVe s. av. J.-C.) Aménophis IV-Akhénaton choisit d’édifier sa nouvelle capitale pour prendre ses distances avec Thèbes et pour fournir un cadre approprié au culte, plus ou moins exclusif, du dieu solaire Aton qu’il tenta d’imposer au pays. Par extension le terme « amarnien » peut également s’appliquer à tout ce qui touche à ce règne peu banal dans l’histoire égyptienne et en particulier à l’art et aux idées nouvelles en vigueur à cette époque.

Crédit : Barry Kemp et Kate Spence, Egypt exploration society ; infographie : Michael Mallinson

La ville d’Amarna, bien que très ruinée, constitue un cas exceptionnel dans l’archéologie égyptienne, tant par son caractère éphémère que par son importance historique et la richesse des informations de toute sorte qu’elle peut apporter. À côté des tombes et des temples, on trouve aussi là une ville proprement dite avec des palais, des résidences de notables, des maisons plus modestes, un quartier ouvrier, des rues, tout un vaste ensemble dont la fouille progressive permet de mieux appréhender l’urbanisme pharaonique dont les trop rares témoignages n’ont encore intéressé que peu de spécialistes. Des recherches archéologiques de plus ou moins grande envergure ont en effet lieu depuis plus d’un siècle sur ce site ; si elles ont d’abord permis de mettre en valeur les aspects exceptionnels de ce qu’il est convenu d’appeler « l’aventure amarnienne », elles donnent lieu également, désormais, à d’autres approches, tout aussi stimulantes et fécondes, sans verser pour autant dans le sensationnel, voire le romanesque, que suscite trop souvent cette période.

Plan du site de Tell El-Amarna

Le site d’Amarna

Amarna est situé en face de la ville antique d’Hermopolis magna, non loin de la ville moderne de Mellawi. Le nom erroné, mais entré dans l’usage, de Tell el-Amarna est le fruit de la déformation des noms d’un village actuel, el-Till, et d’une tribu arabe installée là anciennement, les Beni Amran. Localisé sur la rive est du Nil, le site est remarquable et d’une grande beauté. Il consiste en une vaste étendue (10 km Z 5 km) limitée à l’ouest par le Nil et à l’est par la chaîne arabique qui forme à cet endroit comme un cirque. C’est dans ce paysage presque clos et somme toute vierge qu’Akhénaton, accompagné de la reine Néfertiti, décida de bâtir la nouvelle capitale dédiée au dieu Aton et baptisée Akhetaton (« Horizon d’Aton »), le territoire symétrique situé sur la rive gauche constituant une sorte d’arrière-pays pour la nouvelle cité. La décision et sa mise en application datent de l’an 4 ou 5 du règne ; la construction de la ville dut se faire très rapidement, mais en un sens elle ne fut jamais complètement terminée et il faut imaginer qu’Amarna resta plus ou moins un chantier permanent.

Crédit : Barry Kemp et Kate Spence, Egypt exploration society ; infographie : Michael Mallinson

Les limites de la ville et de son territoire, ainsi que les circonstances de la fondation, sont fixées par des stèles-frontière de grande taille, accompagnées de statues, qui furent taillées à même le rocher. Elles sont au nombre de trois sur la rive gauche et de onze du côté d’Amarna proprement dit. Elles se dégradent mais certaines sont encore assez bien conservées et leurs représentations (la famille royale adorant Aton) et leurs textes constituent des témoignages précieux ; les inscriptions surtout, du fait que leur langue comme leur phraséologie sont caractéristiques de cette période et des bouleversements qu’elle suscita.

La ville

Il faut rappeler qu’Amarna n’est encore que partiellement connu du fait de son étendue et de la présence de gros villages ou de cultures dans l’ancienne zone urbaine proprement dite (le long du fleuve), et parce que les fouilles n’ont porté que sur une partie du site. Certes, après le passage rapide des grandes expéditions et des voyageurs du XIXe siècle (J. G. Wilkinson en particulier), puis les brefs séjours de plusieurs égyptologues (W. F. Petrie, U. Bouriant), vint le temps des grandes prospections, des relevés systématiques de tombes et des fouilles proprement dites (grandes expéditions britanniques puis allemandes jusqu’en 1914, grandes campagnes de l’Egypt Exploration Society de Londres entre 1921 et 1936). Mais il reste encore des zones entières à explorer, et cela selon une démarche plus lente, plus méticuleuse - comme le veut l’archéologie actuelle - qui est d’ailleurs celle des chercheurs britanniques qui ont repris les recherches sur ce site depuis les années 1980.

La ville au sens strict du terme (en dehors des nécropoles et des territoires agricoles ou semi-désertiques) est en fait constituée de tout un vaste ensemble plus ou moins discontinu, avec son centre, ses quartiers suburbains, voire ses dépendances parfois éloignées ; le tout s’étale du reste sur toute la longueur du site. Du nord au sud les principaux quartiers ou ensembles étaient les suivants.
1. La ville du nord, avec ses maisons et son palais (qui aurait été la résidence royale principale).
2. Une sorte de rampe ou de plate-forme qui enjambait la voie royale (laquelle traversait tout le site longitudinalement).
3. Le palais du nord, construit peut-être à l’origine pour la reine Néfertiti, avec ses dépendances. Des peintures montrant entre autres la vie dans les marais couvraient certains murs.
4. Le faubourg nord qui pourrait avoir été une extension postérieure et inachevée de la ville centrale. 5. Cette dernière est en un sens la mieux connue ; du fait de son importance elle a en effet été particulièrement étudiée, mais les inconnues demeurent nombreuses, les bâtiments n’ayant conservé que leurs arasements. Une bonne partie de cette ville centrale est constituée par des constructions cultuelles et officielles séparées par des rues, le tout suivant un plan général en quadrillage. Parmi un certain nombre de sanctuaires consacrés au dieu solaire se trouvait là le grand temple d’Aton ; appelé « Maison d’Aton dans Akhetaton », c’était un vaste ensemble de cours et de portiques avec des autels à ciel ouvert, différent en cela du temple égyptien classique. La principale construction officielle était le grand palais, ensemble également considérable comprenant divers bâtiments et cours à destination publique ou privée. La résidence royale proprement dite, située de l’autre côté de la voie royale, était reliée au palais par un pont. Près de là se trouvait aussi le bureau des archives où étaient conservées les dépêches diplomatiques et la correspondance officielle en rapport avec les affaires du Proche-Orient. Parmi les nombreuses maisons privées enfin, il faut mentionner celle du grand-prêtre d’Aton, Panehesy.
6. Plus au sud se trouve un autre quartier où l’on a retrouvé la maison et l’atelier d’un sculpteur de tout premier plan, Thoutmes.
7. Une structure mal identifiée a également été repérée près du Nil ; elle est connue sous le nom de « temple du fleuve ». À la même hauteur, mais beaucoup plus à l’est, ont été découvertes les traces d’une occupation d’époque romaine, avec en particulier un camp.
8. Plus au sud encore se trouvait le Marou-Aton, sorte de résidence annexe comprenant des bâtiments divers, des sanctuaires, des jardins et même un lac de plaisance.

Toutes les parties d’Akhetaton énumérées ci-dessus sont plutôt situées dans la zone occidentale du site, plus ou moins près du Nil. Plus à l’est, dans le désert et non loin des falaises, se trouvent encore d’autres éléments de la ville et de ses dépendances. Ainsi y a-t-il tout au nord trois « autels », constructions faites de brique et de pierre ; sans doute en relation fonctionnelle avec les tombes septentrionales, ils ont aussi dû être utilisés lors de la cérémonie de la présentation du tribut étranger. Vers le centre du site, on trouve encore les restes d’un village fermé par un mur, sorte de cité ouvrière qui dut abriter les hommes qui creusèrent et décorèrent la tombe royale et les sépultures des grands personnages (on songe à Deir el-Médineh, à Thèbes, où vécurent les ouvriers de la nécropole). Une autre zone d’habitation, sans doute destinée au même usage, a été découverte encore plus à l’est.

La tombe royale et les sépultures des notables

On n’a retrouvé à Amarna qu’un nombre insignifiant de tombeaux quand on songe à la population qui habita cette ville et y mourut. C’est que, comme très souvent en Égypte, on ne s’est intéressé surtout qu’aux sépultures les plus importantes. Or, du fait qu’Akhetaton a été assez rapidement abandonné par ses habitants, et en premier lieu par ses notables qui n’avaient pas coupé tous les liens avec Thèbes, ces derniers n’avaient pas toujours eu le temps (ni la volonté ?) de se faire construire un tombeau dans la nouvelle capitale. Du reste, les grands hypogées d’Amarna sont pour certains inachevés et semblent n’avoir pas été utilisés (à moins que les défunts et leur équipement funéraire n’aient été déménagés lors de l’abandon de la ville ?).

Vers le nord-est s’ouvre dans la falaise l’entrée d’un long vallon, le Darb el-Malek. Il mène, quelques kilomètres plus loin, à ce qui devait être le cimetière royal. Mais des quelques sépultures présentes, une seule a été décorée et sans doute utilisée : celle d’Akhénaton. Très profond et d’un plan assez proche de ceux qu’on connaît à la vallée des Rois, à Thèbes, le tombeau du roi comporte comme deux prolongations latérales. Sans doute a-t-il été agrandi pour recevoir la reine et en tout cas la princesse Maketaton, morte prématurément. Bien que très dégradés, les reliefs qui ornent l’hypogée témoignent encore du renouvellement de la thématique et du savoir-faire de ceux qui conçurent et exécutèrent sa décoration.

Princesse Amarniène

Les sépultures des grands dignitaires étaient quant à elles creusées dans la falaise qui entoure le site. On en compte six, regroupées au nord, et dix-neuf, concentrées au sud, qui sont particulièrement notables. Quoique assez proches des tombes thébaines de la seconde moitié de la XVIIIe dynastie, elles présentent parfois certaines différences entre elles, tant dans leur plan que dans leur décor. Là encore, l’état de conservation est malheureusement des plus médiocres. C’est regrettable car on avait affaire à des reliefs et à des textes du plus haut intérêt documentaire et artistique : famille royale, culte rendu à Aton dans son temple, hommage d’étrangers, vie quotidienne à Akhetaton, hymnes plus ou moins développés... Cela d’autant plus que ces tombes rupestres appartenaient aux plus hauts dignitaires, ceux qui contrôlaient la marche même de la ville et du pays : vizir, haut clergé d’Aton, chefs du trésor, chancelier, chambellan, chef de la police, généraux, maire, directeur des travaux... Il faut tout particulièrement signaler la tombe du père divin Aÿ qui, après le retour à l’« orthodoxie », finira par succéder à Toutânkhamon et par monter sur le trône.

Le Divin Père Aÿ

L’importance d’Amarna

Tell el-Amarna n’a pleinement fonctionné comme ville et n’a vraiment été habité que pendant une vingtaine d’années (une occupation sporadique a pu subsister près du Nil et on sait que des traces d’époque romaine ont été retrouvées en un ou deux points). L’histoire du site se limite donc au règne d’Akhénaton et de ses successeurs immédiats ; mais ce règne ne se ramène pas entièrement à Amarna ; l’Égypte, Thèbes, Memphis ont continué à vivre leur vie propre pendant ce temps. C’est dire qu’il faut toujours garder un certain recul pour situer Amarna dans l’histoire et dans la civilisation égyptiennes. Il est vrai que malgré son caractère éphémère et les destructions auxquelles il fut condamné avec Horemheb et ses successeurs, le site a fourni des documents exceptionnels, qui ont enrichi notre vision de l’Égypte du Nouvel Empire et même du Proche-Orient contemporain. C’est là par exemple qu’ont été découvertes, provenant du bureau des archives, les « lettres d’Amarna », c’est-à-dire environ quatre cents tablettes écrites en akkadien et faisant connaître avec précision la situation politique en Syrie-Palestine, les intrigues, les renversements d’alliances. C’est à Amarna également qu’ont été découvertes des oeuvres qui ne sont pas seulement les productions les plus étonnantes du nouvel art « amarnien », mais qui comptent parmi les plus grandes réussites de l’Égypte ancienne : ainsi le très célèbre buste de Néfertiti (maintenant à Berlin), qui fut retrouvé dans l’atelier du sculpteur Thoutmes.

Mais l’importance d’Amarna ne réside pas seulement dans ce que cette ville a eu d’exceptionnel. Akhetaton fut aussi la ville d’innombrables Égyptiens anonymes, entraînés sans bien comprendre dans des événements qui les dépassaient. Des témoignages modestes montrent par exemple qu’ils conservaient au cœur même de la cité d’Aton leur dévotion pour les divinités traditionnelles. C’est cet autre visage d’Amarna, complémentaire du premier, qui est de plus en plus l’objet des recherches menées sur le site.

© 1995 Encyclopædia Universalis France S.A.

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