La bibliothèque d’Alexandrie

, par  Guillaume Blanchard

Histoire

Alexandrie fut fondée en 332-331 av. J.-C., par Alexandre le Grand ; elle devint dans l’antiquité le premier port d’Égypte. Elle fut à son époque l’un des plus grands foyers culturels de la Méditerranée, sa bibliothèque superbe étant sans conteste l’un des principaux fondements de sa notoriété.

C’est l’un des généraux d’Alexandre, Ptolémée Ier, recevant l’Égypte en partage à la mort de l’empereur, qui donna l’impulsion intellectuelle et commerciale à la future grandeur d’Alexandrie. Il fit construire un musée (museion : le palais des Muses) abritant une université, une académie et la bibliothèque (estimée à 700 000 volumes). Ensuite il demanda dans chacun des pays connus à ce qu’on lui envoie les œuvres de tous types d’auteurs, qu’il faisait traduire en grec. Comme la ville était un port, il demanda aussi à tous les navires qui faisaient escale à Alexandrie de permettre que les livres contenus à bord soient recopiés et traduits. La copie était remise au navire, et l’original conservé par la Bibliothèque !

La traduction en grec de tous ces ouvrages fut un travail colossal qui mobilisa la plupart des intellectuels et savants de chaque pays ; il fallait que ces hommes maîtrisent à la perfection leur propre langue ainsi que le grec. La bibliothèque fut dirigée par des érudits comme Apollonios de Rhodes ou Aristophane de Byzance.

On retiendra par exemple la Septante, un groupe d’érudits issus du courant philosophique du même nom, qui traduisirent l’Ancien Testament. La légende de la Septante dit que six représentants de chaque tribu juive s’enfermèrent sur l’île de Pharos pour accomplir cette traduction. Ils étaient donc 72 rabbins et ils auraient exécuté la traduction en 72 jours.

Destructions de la bibliothèque

En 47 av. J.-C., les troupes de Jules César incendient la flotte d’Alexandrie ; le feu se serait propagé aux entrepôts et aurait détruit une partie de la bibliothèque. Reconstruite, elle est détruite à nouveau cinq ou six fois, la dernière en 642 par le général ’Amr Ibn al-’As, obéissant au calife ’Umar qui considérait que si les livres étaient en accord avec le Coran ils étaient superflus, et que s’ils contredisaient le Coran, ils étaient pernicieux. Cette relation est cependant remise en cause, voire assimilée à de la propagande anti-islamique. Reste que le contenu de la bibliothèque a bien disparu à cette époque, vraisemblablement pillée avant l’invasion arabe et, pour ce qui est des éléments les plus précieux, déménagée à Constantinople.

Le fait que beaucoup d’écrits d’Aristote soient parvenus jusqu’à nous suggère en tout cas que si ordres de destruction il y a eu, il s’est trouvé sur place quelques volontaires pour sauver clandestinement cette partie des documents, et que ces volontaires avaient droit à la neutralité bienveillante des troupes d’occupation - à supposer qu’ils n’en aient pas fait partie. La tradition raconte d’ailleurs en effet que les textes d’Aristote échappèrent en partie à la destruction (et que la destruction par le feu des autres dans les centaines de chaudières des bains d’Alexandrie s’étendit sur plusieurs mois).

La bibliothèque aujourd’hui

Dans le cadre d’un projet conduit conjointement par l’UNESCO et l’Égypte, la bibliothèque du monde méditerranéen fut construite sur les ruines de l’ancien édifice ptolémaïque. Elle devrait pouvoir accueillir environ 5 000 000 de volumes.

Après que le président Mohammed Hosni Moubarak posa la première pierre de l’édifice, le 26 juin 1988, un concours mondial fut lancé en septembre 1988 pour permettre aux États du monde de proposer des projets, auquel participèrent 400 architectes de plus de 77 pays. Le jury fut choisi parmi les plus grands architectes et bibliothécaires d’Allemagne, de Suisse, d’Italie, de la France, de l’Angleterre, des États-Unis, du Mexique, du Japon, de l’Inde et de l’Égypte. Le gagnant du premier prix, évalué à 600 000 dollars, fut le bureau de l’architecte norvégien Snohetta. Les consultants Snohetta/Hamza signèrent le contrat relatif à la conception et à la supervision de la mise à exécution du projet en octobre 1993.

Peu de temps après son ouverture au public, la nouvelle Bibliotheca Alexandrina fut inaugurée par le président de la République arabe d’Égypte en présence de chefs d’État et autres dignitaires le 16 octobre 2002.

D’une architecture plaisante et d’une bonne fonctionnalité, l’édifice, situé au bord de la mer, a la forme d’un long cylindre de 160 mètres de diamètre, tronqué en biseau. De l’extérieur, c’est un grand demi-cercle s’élevant de terre, hommage à , le dieu-Soleil. L’inclinaison du toit permet aux niveaux supérieurs de la bibliothèque de bénéficier d’un éclairage naturel et d’atténuer les effets des embruns. Plus profondément, les architectes n’ont pas conçu la bibliothèque, au sens strict, comme un symbole solaire, mais ils reconnaissent volontiers qu’elle se veut une image de rayonnement et d’ouverture et non pas un lieu clos ou réservé. Vue de haut, en effet, sa forme circulaire évoque l’image du soleil (les hiéroglyphes représentaient généralement le soleil comme un simple disque).

Ce symbolisme solaire est encore accentué par la volonté d’une part de renouer avec la sagesse de la bibliothèque antique et, d’autre part, de contribuer à la compréhension entre les peuples et à la construction de la paix. C’est d’ailleurs cette idée que les murs de granit veulent exprimer : y sont inscrites toutes les écritures connues dans le monde, de l’écriture arabe à la chinoise, en passant par les caractères cyrilliques, hébreux, latins... La nouvelle Bibliotheca Alexandrina se présente ainsi comme un nouveau temple du Savoir universel, et le dernier grand monument non-virtuel à ce jour.

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