Amon

D’origine obscure - hermopolitaine ou thébaine -, le dieu égyptien Amon n’est d’abord qu’une divinité tout à fait secondaire, à la fonction mal définie. Son extraordinaire faveur fut liée à l’ascension des princes thébains. Dieu dynastique sous la XIIe dynastie, il connut la gloire lorsque les princes thébains eurent chassé les Hyksos au début du Nouvel Empire. Il devint dieu suprême de l’Égypte libérée. Désormais le nom d’Amon, qui signifie « le (dieu) caché » et que l’on retrouve dans de nombreux noms royaux comme Aménophis ou Toutankhamon, est indissolublement attaché au Nouvel Empire égyptien. Cependant, son caractère guerrier, emprunté à Montou, le dieu faucon, s’efface au profit d’aspects plus universels. Dieu dynastique, il assimile les caractères de nombreuses divinités : ceux du dieu , qui n’est autre que le Soleil, ceux du dieu Mîn, maître générateur dont la procession ouvrait l’époque des moissons, ou encore ceux du dieu guerrier Montou. Il devient ainsi le « roi des dieux » (nesou netjerou en égyptien).

Son grand temple, situé à Karnak, est le plus gigantesque ensemble de ce genre en Égypte. Chaque souverain désormais, jusqu’à l’époque romaine, allait y laisser son souvenir avec des constructions grandioses. Tous les temples thébains sont plus ou moins rattachés au centre de Karnak. Celui de Louxor, au sud de Thèbes, n’est en fait qu’un reposoir du dieu lors de sa fête annuelle. Les temples funéraires de la zone occidentale de Thèbes sont consacrés chacun à un aspect particulier du dieu « dans sa demeure de milliers d’années ».

Du point de vue religieux, Amon, « le caché », est un dieu cosmique. À Karnak, il forme une triade avec Mout, son épouse, et Khonsou, le dieu fils. Au sud du grand temple d’Amon à Karnak se trouvait le lac Isherou, où l’on vénérait la déesse Mout sous forme de vautour, le nom de la déesse vautour étant aussi en égyptien celui de la mère. Déesse du Ciel, Mout est, par ailleurs, assimilée à Sekhmet, la déesse dangereuse. Khonsou, petit dieu qui possède un très beau temple à Karnak, est un dieu lunaire, souvent représenté sous la forme d’un enfant porteur d’un croissant de lune. Amon est le démiurge qui se manifeste dans tous les aspects de la création. La ville de Thèbes, qui, après l’expulsion des Hyksôs, devint la grande capitale politique et religieuse de l’Empire alors qu’Amon devenait dieu dynastique, est assimilée à la butte primordiale issue du chaos au début des temps. Amon avait pour animal sacré le bélier aux cornes recourbées en spirales et était, en effet, souvent figuré sous l’aspect d’un personnage criocéphale. La puissance de son clergé fut considérable et était concrétisée dans les immenses possessions du temple d’Amon réparties dans toute l’Égypte.

Sous Ramsès III, pharaon fondateur de la XXe dynastie ( 1198 env. à 1168), 81 322 personnes servaient le dieu, qui possédait 2 393 kilomètres carrés de champs. Les prêtres d’Amon utilisèrent leur puissance économique et sociale notamment en rendant des oracles par la barque du dieu. À partir de la troisième Période Intermédiaire qui débute en 1085, date de l’avènement de la XXIe dynastie tanite) et jusqu’à la période gréco-romaine, ces oracles connurent une très grande faveur. Alexandre le Grand consulta lui-même l’oracle d’Amon à Siwa. Le clergé d’Amon comprenait le haut clergé, qui joua un rôle important dans l’État, les premiers prophètes d’Amon revêtant parfois la dignité royale (les rois-prêtres), et le bas clergé, réparti en diverses catégories de prêtres (par exemple les ritualistes, les écrivains, les astronomes, les porteurs) et divisé en équipes servant à tour de rôle.

Cependant, même si le dieu Amon reste très en faveur à l’époque tardive où Darius construisit le grand temple de Khargeh, il eut tendance à s’effacer au profit de divinités qui assuraient avec plus de certitude la résurrection dans l’au-delà. La destruction de Thèbes par les Assyriens, en 664, annonce le déclin irréversible du dieu national Amon.

© 1995 Encyclopædia Universalis France S.A.

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