Naissance du musée égyptien de Berlin

Commencée au XVIIe siècle, la collection d’antiquités égyptiennes de Berlin ne s’agrandit guère au siècle suivant. Il faut attendre l’extraordinaire fascination pour l’Égypte que suscite à tra¬vers toute l’Europe l’ex¬pédition de Bonaparte pour qu’elle s’enrichisse considérablement. De nos jours, le musée de Berlin propose une des plus fabuleuses collec¬tions égyptiennes du monde. Elle regroupe plusieurs chefs-d’œuvre dont le plus célèbre est certainement le buste de Néfertiti.

Mai l698. L’électeur de Brandebourg Frédéric III acquiert la collection d’un archéologue romain, Giovanni Pietro Bellori, qui compte entre autres quelques objets de provenance égyptienne. Pour abriter ces œuvres, le souverain crée alors un cabinet d’antiquités royal. Son petit-fils, Frédéric Il le Grand, dont on sait le goût éclairé dans le domaine des arts, enrichit cet embryon de musée de nombreuses antiquités. Par la suite, la collection ne s’agrandit guère jusqu’au début du XIXe siècle, quand la Prusse est confrontée aux armées de Napoléon ler, qui s’empare de Berlin en 1806. En novembre de cette même année, les œuvres conservées dans les palais de la ville seront même transportées en France en tant que butin de guerre. Elles y demeureront jusqu’à la fin de l’épopée napoléonienne, en 1814.

L’essor des collections au XIXe siècle

Les ambitions de conquête du petit caporal ont eu parfois des effets plus pacifiques et plus bénéfiques que de mettre l’Europe à feu et à sang. La campagne d’Égypte, puis le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion suscitent une fascination pour la civilisation égyptienne qui gagne tout le Vieux Continent. Savants et collectionneurs explorent la terre des pharaons, achetant toutes sortes d’antiquités qui vont enrichir les collections particulières. Heinrich von Minutoli, un officier prussien en retraite, rapporte d’Égypte une série d’œuvres d’art acquises par le roi Frédéric Guillaume III de Prusse.

Mais c’est grâce à Giuseppe Passalacqua que les collections berlinoises vont largement s’enrichir. Parti « chasser les antiquités », cet aven¬turier entreprend finalement de véritables fouilles archéologiques dans la nécropole thébaine. En 1826, sa collection, qui regroupe plus de 1 600 objets, est vendue à Paris. A cette occasion, il rédige un catalogue. Le roi de Prusse, intéressé, lui propose de présenter cette collection dans les galeries du château Monbijou. Deux ans plus tard, le 1er juillet 1828, le musée égyptien de Berlin voit officiellement le jour. Passa¬lacqua en est le directeur. Dès lors, l’intérêt pour l’égyptologie ne cesse de grandir en Prusse.

Une vingtaine d’années plus tard, les collections du musée vont prendre un nouvel essor. En 1842, Karl Richard Lepsius, égyptologue et philologue allemand spécialiste des hiéroglyphes, part en Égypte pour une tournée de trois ans. Avec son équipe, il parcourt le pays du nord au sud jusqu’au Soudan et entreprend des fouilles méthodiques, dessinant et copiant ce qu’il voit. Quand il rentre en Allemagne, en 1846, il rapporte près de 1 500 objets de qualité. C’est ainsi que trois sépultures des nécropoles de Saqqarah et de Gizeh sont entièrement remontées à Berlin. Le 23 août 1846, Fré¬déric-Guillaume IV, roi de Prusse. crée pour Lepsius la première chaire d’égyptologie de Berlin. Un musée digne de ce nom, construit sur l’île de la Spree au cœur de la ville, ouvre ses portes en 1850 et présente l’une des plus riches collections au monde d’œuvres et d’objets relevant de l’antique civilisation des pharaons.

En 1855, Lepsius est nommé codirecteur du musée au côté de Passalacqua, qu’il remplace définitivement dix ans plus tard. Adolf Erman, qui lui succède en 1884, publie pour la première fois un catalogue de la collection, qui s’est alors agrandie grâce à des achats effectués en Europe ou directement en Egypte.

Installé au Caire, le collectionneur Ludwig Borchardt est un des pourvoyeurs attitrés du musée. Explorant le site de Tell el-Amarna peu avant la Première Guerre mondiale, il est à l’origine de découvertes remarquables qui révèlent au monde entier la qualité exceptionnelle de l’art amarnien. Le musée de Berlin conserve aujourd’hui plusieurs chefs-d’œuvre de cette période, en particulier la merveilleuse tête de la reine Néfertiti.

Les dramatiques conséquences de la guerre

Rudolf Anthes assume un temps les fonctions de directeur du musée de Berlin quand les nazis arrivent au pouvoir. La Seconde Guerre mondiale aura des conséquences dramatiques pour le musée. Les fouilles archéologiques et les acquisitions cessent. Afin de sauvegarder les œuvres, celles-ci quittent Berlin pour être mises à l’abri en différents lieux sûrs. Malheureusement, ces mesures ne suffiront pas. Des entrepôts abritant des antiquités égyptiennes brûleront. Plus de 500 œuvres en pierre, une centaine de caisses contenant des petits objets et la collection entière de momies et de cercueils en bois, tous appartenant au musée et conservés provisoirement au château de Sophienhof dans le Mecklembourg, disparaîtront à jamais. D’autres caisses renfermant des antiquités connaîtront un destin plus compliqué encore, puisqu’elles seront emmenées en URSS à la fin de la guerre et finalement transférées au musée de Berlin-Est en 1958.

Le musée de Berlin-Ouest

C’est en 1962 qu’est décidée la construction du musée de Berlin-Ouest (Aegyptisches Museum der Staatlichen Museen Preussischer Kulturbesitz). Près de 6 000 objets ont été sauvés du désastre de la guerre. Les archives et les in¬ventaires sont restés à Berlin-Est. Les collections égyptiennes sont donc scindées en deux, mais surtout amputées des objets détruits dans les bombardements. Le Hülerbau, bâtiment autrefois occupé par la garde du roi de Prusse, abrite le nouveau musée. Quelques achats sont effectués pour combler les lacunes en sarcophages et en statues.

Quand le musée ouvre ses portes, le 10 octobre 1967, 1 500 objets sont présentés au public. Plusieurs grandes expositions se sont succédé dans ce lieu, attirant de plus en plus de visiteurs. Des dons et des achats ont agrandi les collections. Ainsi, depuis le mois de juin 1977, la porte de Kalabcha, présent du gouvernement égyptien à l’Allemagne de l’Ouest, accueille désormais le public.

La réunification de l’Allemagne, le rôle retrouvé de Berlin comme grande capitale européenne posent la question de l’existence de deux musées consacrés à l’Égypte dans la même ville. Les collections de Berlin-Est et de Berlin-Ouest seront-elles de nouveau prochainement réunies ?

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