Redécouverte d’un secret antique

Deux chercheurs viennent de redécouvrir le grand secret de la cosmétique égyptienne, perdu depuis plusieurs millénaires. Christian Amatore et Philippe Walter (CNRS, ENS) ont en effet élucidé le rôle paradoxal du chlorure de plomb (un poison), retrouvé à l’état de traces au fond des vieux pots de fards et d’onguents - dont faisaient usages les Egyptiennes et les Egyptiens d’il y a 4000 ans. Ce chlorure de plomb toxique, dit laurionite - incorporé notamment dans le maquillage noir appliqué sur les sourcils et autour des yeux -, jouait un rôle bactéricide. Les chercheurs ont démontré que, à doses minimes, la laurionite ne tue pas les cellules. Au contraire elle les protège, en induisant la production de monoxyde d’azote, qui active le système immunitaire. Et c’est ainsi que, dans l’Egypte ancienne, on protégeait sa cornée des proliférations bactériennes - un vrai fléau dans les pays chauds, où l’eau disponible constitue souvent un bouillon de culture.

Il se trouve que le noir fard égyptien est l’ancêtre du khôl, dont l’usage persiste dans de nombreux pays, du Maroc à l’Irak. Oui mais, précise Christian Amatore, « ce khôl moderne n’est qu’une version dégradée par les siècles : la recette en a été perdue ». Il ne s’y trouve notamment pas de chlorure de plomb, et le produit n’a donc plus aucun effet bactéricide. Devrait-on remettre en vigueur la formulation d’origine ? « Impensable, répond le spécialiste. Aujourd’hui le plomb est un ingrédient maudit, quel qu’en soit le dosage ». Alors le produit, malgré ses effets bénéfiques, serait immédiatement interdit, « car il se trouvera toujours, dans les ministères, des fonctionnaires zélés qui opposeront leur veto ». Et tant pis pour la santé publique ! Chaque époque a ses modes, et ses terreurs particulières. Autrefois, on soignait (avec un certain succès) la syphilis avec l’arsenic. Mais aujourd’hui ont ne craint pas de gommer ses rides avec le fameux Botox - c’est-à-dire la toxine botulique, le plus effroyable de tous les poisons connus (40 millions de fois plus toxique que le cyanure).

Pour en revenir au plomb poison, il faut signaler que, du XVIème au XVIIIème siècle, les belles de chez-nous - et les moches aussi, sans compter parfois les hommes - s’en sont copieusement tartiné le visage à des doses pas du tout homéopathique. Ce fond de teint empoisonné était à base de céruse (le carbonate, ou « blanc de plomb »). On s’en éclaircissait la peau, aux époques où le bronzage était réservé aux ploucs. Que ce soit au nom de la mode ou de la santé, l’humanité entretient des rapports curieusement fluctuants avec les substances vénéneuses.

Voir en ligne : Le nouvle obs’

AgendaTous les événements

novembre 2018 :

octobre 2018 | décembre 2018

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Publications Derniers articles publiés