Pinedjem Ier résiste au démembrement de l’Egypte

Avec la Troisième Période intermédiaire, la terre des pharaons perd de sa splendeur et de sa puissance. Smendès, pharaon de la XXIe dynastie, règne sur le Nord depuis sa capitale Tanis, tandis que le grand prêtre Pinedjem Ier gouverne le Sud depuis Thèbes. Désireux d’étendre son pouvoir à l’ensemble du pays, ce dernier entreprend de réunir à nouveau les « Deux Terres » !

A la fin du Nouvel Empire, l’Égypte est divisée en deux royaumes. Dans le Nord règne le pharaon Ramsès XI, dans le Sud le grand prêtre d’Amon Hérihor. Ramsès XI, dernier roi de la XXe dynastie, meurt en 1070 avant J.-C

Celle-ci ouvre dans l’histoire égyptienne une ère nouvelle appelée Troisième Période intermédiaire. Le souverain abandonne la ville de Pi-Ramsès pour fonder une autre capitale, Tanis, située dans le Delta oriental à quelques kilomètres seulement de la précédente. Hérihor, quant à lui, meurt en 1074 avant notre ère, laissant la place de premier prophète Amon à un personnage obscur, Piankh, qui disparaît à son tour en même temps que Ramsès XI.

La charge de grand prêtre Amon revient alors à son fils Pinedjem, dont les noms et les épithètes sont inscrits dans des cartouches. Celui-ci se fait désormais appeler Pinedjem Ier Mery-Amon (« Lui qui appartient à celui qui est agréable, l’aimé Amon »), Kha-kheper-Rê Setep-n-Amon (« L’âme de Rê apparaît, l’élu Amon »).

Comme son père, il gouverne la Haute-Egypte depuis el-Hibeh - localité située au ni-veau de l’oasis du Fayoum - jusqu’à Assouan. Pendant près de trente ans, jusqu’en 1043 avant Jésus-Christ, Smendès dans le Nord et Pinedjem dans le Sud exercent leur pouvoir parallèlement et sans heurts. Chacun gouverne son royaume, préservant tant bien que mal les frontières du pays.

Colosse inscrit au nom de Pinedjem Ier à l’entrée du situé dans la grande cour du temple d’Amon-Rê de Karnak


Retrouver une Égypte unifiée

Pinedjem, plus ambitieux encore que son prédécesseur le grand prêtre Hérihor, rêve de réunifier le Double Pays et de lui restituer sa grandeur d’antan. Son mariage avec la reine Henouttaoui, fille de Ramsès XI, lui assure sans conteste un lien direct avec la glorieuse lignée ramesside. C’est par l’intermédiaire de ses enfants et en menant une politique active qu’il entend reconquérir le nord du pays. Il marie l’un de ses fils, Psousennès, à sa fille Moutnedjmet, puis le place en 1043 avant Jésus-Christ sur le trône d’Égypte comme successeur du pharaon Smendès, décédé cette même année. Gouvernant le Sud et représenté dans le Nord par sa propre lignée, il contrôle désormais l’ensemble du pays. Parmi ses autres enfants, Pinedjem nomme l’une de ses filles, Maâtkarê, première épouse d’Amon ou divine adoratrice. C’est elle qui, dès lors, аdministre le corps des prêtresses d’Amon. Les fils de Pinedjem Masaharta et Menkheperrê lui succéderont l’un après l’autre comme grand prêtre d’Amon. Après la mort de Pinedjem, Psousennès Ier renforce à son tour les liens entre la dynastie de Tanis et celle des grands prêtres d’Amon en mariant sa fille lsiemkheb à Menkheperrê.

Pinedjem entreprend différents travaux dans les temples de Karnak et de Médinet-Habou. Il se fait représenter dans des scènes gravées sur le deuxième pylône du grand temple d’Amon à Karnak. Il usurpe également quelques statues, comme le colosse debout dans la première cour du sanctuaire, qui représentait à l’origine Ramsès II en compagnie de son épouse Néfertari. Tout comme Hérihor, il s’intéresse à la préservation des sépultures royales. C’est ainsi qu’il fait restaurer les momies de certains souverains malmenées par les pilleurs de tombes, puis les fait ensevelir en secret dans la Vallée des Rois, dans le tombeau du pharaon Aménophis II.

Ouchebtis en faïence bleue de différends fils et filles de Pinedjem
Retrouvés dans la cachette royale de Deir el-Bahari Paris, musée du Louvre

Les momies retrouvées

Tout comme de nombreuses sépultures royales, les tombeaux de Pinedjem Ier et des membres de sa famille furent pillés dans l’Antiquité. Une fois restaurées et emmaillotées, les momies furent de nouveau inhumées, en un véritable bric-à-brac de pharaons, dans ce qui devint la cachette royale de Deir el-Bahari. Le corps de Pinedjem ler fut ainsi retrouvé dans un sarcophage en bois inscrit au nom de Thoutmosis Ier et entièrement redécoré. Emmaillotée dans de nombreuses couches de lin, la momie était en très bon état de conservation. Seule sa tête avait été rembourrée avec de la sciure qui, remplissant excessivement les joues, dé-formait en partie les traits du visage. Son crâne était rasé, ses mains reposaient sur son bassin. Six coffrets en bois stuqués et peints déposés près des sarcophages abritaient de nombreux ouchebtis en faïence bleue au nom de Pinedjem, d’Henouttaoui et de leurs enfants.

La momie d’Henouttaoui était également remplie de sciure, tout comme celle de Nedjemet, l’épouse du grand prêtre Hérihor. Le rembourrage excessif avait fait craquer la peau, donnant aux visages un aspect bouffi. Une perruque confectionnée avec de la ficelle noire couvrait les cheveux de la première. Son corps était peint en ocre jaune, ses lèvres et ses joues rehaussées de rouge, ses sourcils soulignés en noir. Deux des quatre viscères avaient été replacés dans son ventre. L’incision de l’abdomen était fermée par une plaque en or à son nom gravée d’un œil oudjat entouré des quatre fils d’Horus. Les sépultures originelles de Pinedjem Ier et des membres de sa famille n’ont toujours pas été retrouvées !

Une momie de babouin au côté d’une divine adoratrice d’Amon

La divine adoratrice Maâtkarê, fille de Pinedjem Ier fut également retrouvée dans la cachette de Deir el-Bahari. Les sarcophages de qualité en bois stuqué, peint et doré avaient été abîmés par les voleurs, qui avaient découpé le visage et les mains du couvercle du deuxième cercueil. Le corps avait été soigneusement rembourré afin de reconstituer en partie les volumes. Le visage était rempli avec de la terre et peint en ocre jaune. Dans le sarcophage se trouvait une petite momie qui fut longtemps considérée par les égyptologues comme un enfant mort-né de Maâtkarê. Son étude aux rayons X révéla qu’il s’agissait en réalité d’une momie de babouin !

© Edition ATLAS

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