Il y a cinq mille ans, les Egyptiens se soignaient avec du vin

, par  Jean Etienne

On savait que les Egyptiens utilisaient le vin pour y incorporer des médicaments. Mais quand cette pratique est-elle apparue ? Un résidu trouvé au fond de deux jarres vient de vieillir ce procédé de plus d’un millénaire.

Si l’histoire du vin remonte à la plus haute antiquité, avec des découvertes attestées dont la plus ancienne connue à ce jour remonte à 7.000 ans en Iran, l’Homme a compris tôt le bénéfice qu’il pourrait en tirer en remplacement de l’eau pour préparer certains remèdes.

L’alcool, en effet, permet une meilleure dissolution tout en préservant la préparation de la décomposition, qui peut alors être conservée plus longtemps. Par succession d’essais et d’erreurs, les anciens ont su mettre au point diverses décoctions dont certaines formules nous sont parvenues sous forme de manuscrits ou de papyrus.

Ce sont justement des manuscrits égyptiens qui attestaient, jusqu’il y a peu, des plus anciens usages du vin dans la préparation de médicaments. Ces écrits, vieux de 1.850 ans avant J.-C., citent l’ajout d’herbes médicinales au vin dans un but thérapeutique. Mais en 1994, une équipe d’archéologues allemands a soigneusement analysé le résidu jaunâtre reposant au fond d’une fiole découverte dans le tombeau du roi égyptien Scorpion 1 à Abydos, expertisée à 3.150 années avant J.-C.

Cette analyse révélait la présence de cristaux de sel, dont l’apparition est provoquée par la décomposition de l’acide tartrique obtenu lors de la fermentation du raisin. Cette constatation était considérée comme une preuve irréfutable que ce récipient avait bien contenu du vin.

Le résidu jaunâtre barrant l’intérieur de cette jarre en terre, vieille de plus de cinq mille ans, atteste la présence de vin. Crédit : German Archaeological Institute of Cairo



Du vin médicinal

D’autres analyses ayant aussi révélé la présence de résine d’arbre, une équipe de recherches conduite par le professeur Mc Govern, de l’université de Pennsylvanie, a utilisé les techniques les plus récentes pour déterminer la nature des additifs biologiques incorporés au breuvage et tenter de les rapporter à des végétaux connus. Ces résultats viennent d’être publiés dans les Pnas.

Ces composés suggèrent la présence d’extraits d’herbes aromatiques, comme, entre autres, le séné, la coriandre, la mélisse, la menthe ou la sauge. Malheureusement, les tests effectués n’étaient pas assez précis pour déterminer leur nature exacte. Cependant, tous apparaissent déjà dans des papyrus égyptiens traitant de la guérison de diverses maladies.

Les chercheurs ont alors comparé leurs données avec l’analyse d’une autre fiole remontant à 500 ans avant J.-C., découverte dans un tombeau d’Egypte méridionale, dont une inscription révélait la nature de vin additionné de fines herbes, notamment de la résine de pin et du romarin. Plusieurs des composés découverts dans la fiole d’Abydos se retrouvaient dans cet échantillon. Selon Mc Govern, il s’agit d’une confirmation scientifique que les Egyptiens infusaient leurs herbes médicinales avec du vin.

Une collaboration vient de débuter entre l’équipe de Mc Govern et les chercheurs de la lutte contre le cancer de l’Université de Pennsylvanie, afin de tester les propriétés antitumorales des décoctions de plantes découvertes dans les bières et vins antiques. La recherche se concentre actuellement sur les boissons fermentées chinoises anciennes, telles le vin de riz, mais le groupe annonce son intention d’examiner ensuite les vins antiques égyptiens.

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