Le mystère des momies

, par  JACQ Christian

Qu’est-ce qu’une momie, et à quoi servait- elle ? Répondre à ces deux questions est essentiel pour comprendre le monde dos momies égyptiennes, qui continue à fasciner. Commençons par écarter des idées reçues, souvent répétées : les anciens Égyptiens n’étaient pas tous momifiés, loin de là, et une momie n’est pas un simple cadavre humain destiné à traverser les siècles pour faire croire à un individu que son enveloppe charnelle ne périra pas.

La momie est le « corps noble » (sâh) d’Osiris et symbolise la reconstitution des éléments dispersés de son être après son assassinat, il par le dieu Seth. Créer une momie est une œuvre d’art fondamentale et nécessaire, et cette création s’effectue en fonction d’un rituel précis, destiné à éviter non pas l’inévitable mort physique, mais la « seconde mort », l’anéantissement et l’incapacité de voyager dans l’autre monde. En devenant un Osiris, en voyant le « corps noble » du ressuscité se substituer à leur corps mortel, un homme, une femme ou un animal momifiés revivent l’aventure osirienne, affrontent victorieusement les épreuves deu trépas et franchissent les portes de l’au-delà . Mais il ne suffit pas de mourir physiquement pour devenir un Osiris et bénéficier des rites de la momification. Tout dépend du comportement que l’on a eu sur terre et du degré de connaissance des « formules de transformation en lumière ». Et le parcours qui mène à la renaissance en Osiris commence par un double jugement.

- Premier jugement : celui du mort par les humains. Des initiés aux mystères du
temple, les parents et les proches rendent leur verdict. Le défunt est-il digne d’accéder à l’au delà ? Ses actes, son mode de vie et ses pensés l’ont-ils rendu apte à ce grand voyage ? Si oui, les rites seront célébrés. Dans le cas contraire, Il n’aura droit qu’à une simple sépulture. Le second jugement est celui d’Osiris. Sur ce papyrus du Le livre des morts, on volt le dieu assis sur son trône. Le Défunt est introduit dans la Salle de Vérité où, en présence de quarante-deux juges divins, Il fait face à la déesse Maât, Règle et cohérence de l’univers, reconnaissable à la plume d’autruche qu’elle porte sur la tète. Le cœur de l’être, à savoir sa conscience et sa capacité de connaissance, est pesé. Il doit être aussi léger que la plume de Maàt, donc ne pas être alourdi par un certain nombre d’actes inharmonieux comme le crime, le vol, le manquement à la parole donnée, le mensonge, la dégradation d’oie tombe ou d’une statue...

En cas d’échec, un monstre composé de plusieurs animaux dévorera le cœur et réduira l’individu au néant. En cas de succès, le rituel de transfiguration pourra débuter après que Thot à la tête d’ibis aura notifié le résultat du jugement et confirmé l’aptitude à l’immortalité d’un cœur pur et droit.

- Le mythe d’Osiris démembré et reconstitué étant à la base de la civilisation pharaonique, la momification fut pratiquée dès l’Ancien Empire. Rappelons que toute pyramide est Osiris ressuscité, sous la forme d’un monument bâti en pierres d’éternité.

Les momificateurs étaient à la fois des ritualistes et des techniciens de haut niveau, formés à une discipline très complexe. « L’embaumement, par tous les objets et la sûreté du geste qu’il nécessitait, écrit Francis Janot, était beaucoup plus raffiné qu’on a pu l’imaginer. [1] »

Dans la tombe de Ankh-Hor, on a découvert une série d’instruments utilisés par les momificateurs : couteaux, crochets, aiguilles, pinces, écarteurs, spatules, ciseaux en fer ou en bois, filtres, pots. Ce matériel s’appelait « les choses secrètes », déposées dans un coffre mystérieux, réservé à des spécialistes connaissant l’anatomie et capables de transformer une dépouille en corps osirien.

- Ces croquis [2] permettent de comprendre les étapes principales de la momification.

D’abord, on pratique une incision sur le flanc gauche du cadavre pour retirer les viscères, puis l’on ôte le cerveau et l’on dessèche le corps avec du natron. Ensuite, ce dernier doit être protégé par une série de bandelettes de lin.

Un linceul lui redonne un nouveau visage, celui d’Osiris, sans chercher à évoquer l’apparence physique du défunt.
Enfin, un sarcophage orné de scènes symboliques et rituelles contient la momie et sert d’enseignement.

- Les témoignages figurés concernant les phases de la momification sont très rares. Deux sarcophages conservés au musée de Hildesheim, datant probablement de l’époque ptolémaïque, permettent de pénétrer dans l’atelier des embaumeurs et d’assister à quelques moments importants du processus.

En partant du bas, le premier registre de la figure de gauche représente l’éternel voyage de la barque où a pris place Osiris ressuscité, entouré des deux Soeurs, Isis-Hathor et Nephtys.
Ensuite, au deuxième registre de la figure de gauche et au premier de la figure de droite, la purification du cadavre de couleur notre, celle de la transmutation en cours. L’incision sur la partie gauche du corps (le côté de la mort, d’où le latin sinistrum, « sinistre », pour désigner la gauche) a été effectuée, les viscères retirés, et le cerveau extrait de la boîte crânienne soit par les narines, soit par un trou percé dans l’occiput. Il était ensuite rempli d’un mélange composé de résine, de cire d’abeille et d’huiles. Le corps est « baigné » dans le natron, à savoir des cristaux de sel qui dessèchent les tissus.

Il est ensuite placé sur un lit osirien (figure de gauche, quatrième registre ; figure de droite, deuxième registre), caractérisé par des tiges de céréales rappelant la capacité de résurrection du dieu, au-delà de la mort apparente des semences. Anubis lui présente les indispensables bandelettes dont il l’enveloppera avec soin (figure de droite, troisième registre). Parfaitement accomplie, la momie repose sur un lit à tête de lion sous lequel on voit d’abord des paquets contenant les viscères, puis les quatre vases « canopes » où sont déposés ces paquets. Nettoyés au natron, les viscères ont été enveloppés dans du lin et placés sous la protection des « quatre fils d’Horus » qui garantissent le processus de résurrection osirien.

Enfin, les puissances divines et les célébrants procèdent à l’ouverture de la bouche de la momie (figure de gauche, cinquième registre ; figure de droite, quatrième registre).

- L’une des parois de la tombe de Tchay (XIXe dynastie) montre des momificateurs au travail, sous la direction d’un ritualiste qui tient à la main le texte relatant les opérations à effectuer.
Nous assistons aux dernières phases de la momification, après que le cadavre, dûment préparé, a été lavé et oint. Cage thoracique et abdomen ont été remplis de lin, de lichen, de sciure de bois, d’oignons, voire de limon du Nil.

En haut à gauche, deux modificateurs procèdent au bandelettage, opération longue et délicate. En bas à gauche, ils appliquent avec une brosse un onguent préparé dans une marmite visible sous la momie. Composé de cire d’abeille, de cinnamome, d’huile de cèdre, de gomme et de goudron, il donnera au corps osirien une odeur agréable.

En haut à droite, cinq ritualistes achèvent le sarcophage. L’un d’eux manie maillet et ciseau. En bas à droite, un ultime travail, sans doute d’ordre magique.

- Depuis le jugement positif qui ouvre à un être les portes de l’autre monde, le ba, âme-oiseau, doit rester en contact avec le mort. Oiseau à tête humaine, le ba quitte le cadavre immobile, de couleur noire, et vole jusqu’au soleil pour s’y régénérer. Nourri d’énergie lumineuse, il revient vers la momie pour la lui transmettre. La liaison de la momie avec l’âme-oiseau et l’énergie solaire n’est qu’une étape. À l’issue du rituel, l’être régénéré devient un akh, un « lumineux », symbolisé par un ibis comata. ll se transforme à son tour en source de lumière par ceux et celles qui affrontent, à leur tour, l’épreuve de la mort.

- C’est Anubis, à tête de chacal, qui inventa la momification. Capable, selon l’expression des Textes des Pyramides, de « faire mourir la mort », il guide les âmes des justes sur les chemins de l’autre monde après les avoir transformées en Osiris, rattaché à leurs membres et leurs os, et avoir créé ainsi un support permettant l’envol vers la lumière.

Anubis remplit le crâne de la momie avec des huiles consacrées et « les grains des dieux ». Le momificateur en chef, qui porte le nom de « Supérieur des mystères », revêt un masque d’Anubis, car seul ce dieu peut accomplir la transmutation. Il est assisté de ritualistes connaissant les formules indispensables, notamment le « préposé au sceau du secret du dieu », chargé de parfumer la momie, d’oindre sa tête et d’envelopper ses jambes de bandelettes.

Le terme employé pour « momifier » est remarquable : Anubis « soigne » la momie, il la guérit de cette maladie qu’est la mort, et en fait l’instrument de passage vers une autre vie. Le lit de momification est le corps d’un lion qui, dans la symbolique égyptienne, est le gardien du temple où nul profane ne doit pénétrer, et le veilleur par excellence dont les yeux ne se ferment jamais. Morte au monde des hommes, la momie s’éveille à celui des dieux.

Lors de son travail de momificateur, Anubis est assisté des quatre fils d’Horus qui garantissent l’intégrité des quatre vases canopes (que l’on voit sous le lit rituel, en bas à gauche). Ils contiennent les viscères soigneusement embaumés, à savoir le foie, les poumons, l’estomac et les intestins. Ressuscité en Osiris, le « juste de voix » devient un Horus qui, assisté de ses quatre fils, célébrera les rites pour un nouvel Osiris.

- À la tête du lit rituel, Isis-Hathor veille sur la momie. Anubis accomplit un geste décisif en lui apportant un nouveau cœur, celui de la résurrection.
Souvent, l’habileté de l’embaumeur lui permettait de laisser en place le cœur de chair ; s’il était ôté, on le remplaçait par un scarabée dit « de coeur », comportant le chapitre 30 B du Livre des Morts, invocation au « cœur de la Mère » pour qu’il ne témoigne pas devant l’être au moment du jugement divin. À noter qu’en hiéroglyphique, les mots « mère » (mont) et
« mort » (mont) sont homonymes.

La Mère céleste, à savoir la déesse-ciel Nout, fait traverser l’épreuve de la mort à l’être disposant d’un nouveau cœur et le fait renaître à l’univers des dieux. Désormais inaltérable, le cœur de pierre du corps osirien vit au rythme du cosmos.

- La momie du père de Ramsès 11, le pharaon Séthi ler (1291-1278), est l’une des mieux conservées. L’impression de vie et de dignité est d’une incroyable intensité. On voit jusqu’à quel point les embaumeurs ont su pousser leur art. Mains croisées sur la poitrine, en un geste typiquement osirien, le grand souverain exprime toute sa puissance et sa profondeur, lui qui fut le créateur d’un extraordinaire temple d’Osiris à Abydos, de la salle hypostyle de Karnak terminée par Ramsès II, du « temple des millions d’années » de Gourna sur la rive ouest de Thèbes et de la plus longue tombe de la Vallée des Rois, ornée d’incomparables bas-reliefs. Néanmoins, nous n’aurions jamais dû voir cette momie, débandelettée et sortie de son sarcophage, mais uniquement le visage osirien et impersonnel du pharaon.

- À l’intérieur des bandelettes, on plaçait un nombre variable d’amulettes protectrices représentant des divinités, des outils (équerre, niveau) et des symboles protecteurs (l’œil complet, le soleil se levant à l’horizon, le nœud d’Isis, etc.), puis l’on déposait la momie à l’intérieur d’un sarcophage de bois.

Le terme grec couramment utilisé, « sarcophage », est un contre-sens, puisqu’il signifie « mangeur de chair morte » et correspond à nos cercueils modernes, simples boîtes à cadavres dépourvues de signification spirituelle et symbolique. Le terme égyptien est le « pourvoyeur de vie ». En réalité, le sarcophage est un milieu matriciel où le corps osirien va perpétuellement renaître. Ce maître de vie est à la fois une demeure unissant le ciel à la terre, un livre d’enseignement lorsqu’il offre textes et symboles figurés, et une barque qui permet à l’âme de voyager. Quantité de sarcophages, à la richesse symbolique exceptionnelle, dorment dans les musées et n’ont fait l’objet d’aucune étude approfondie.

- Lorsque la momie était placée dans un sarcophage, elle entrait en contact avec l’univers des dieux. Ici, nous voyons une figure complexe d’Osiris, portant une couronne composée de rayonnante d’une vie ressuscitée.

Le dieu tient ses deux sceptres caractéristiques, le crochet de berger heka qui permet de rassembler ce qui était épars, et le nekhakha aux trois lanières évoquant la triple naissance sur terre, au ciel et dans la matrice stellaire.

Le corps d’Osiris est formé du pilier djed dont le nom signifie à la fois « stabilité » et « dire, prononcer, formuler » car, dans l’esprit égyptien, seule une formulation constamment renouvelée et ancrée dans les rites se montre stable et durable.

Ce pilier est marqué par quatre barres horizontales symbolisant les quatre fils d’Horus, garants de la résurrection. La colonne vertébrale de la momie devient ce pilier qui, lorsqu’il est rituellement dressé, manifeste la résurrection osirienne.
Enfin, le pied du pilier repose sur un signe qui se lit « or ». Nous sommes aux origines de l’alchimie qui envisage la renaissance osirienne comme la transmutation de l’orge en or, ce dernier formant la chair inaltérable des dieux.

- Assez fréquemment, l’intérieur des sarcophages ou le couvercle offre une représentation de la déesse Ciel, Nout, celle qui contient le nou, l’énergie primordiale, clé de toute vie.
Ici, encadrée de huit babouins en adoration incarnant l’Ogdoade, ensemble des forces de création, elle se dresse sur la butte de terre apparue à l’origine des temps et réactivée par chaque aube nouvelle pour élever le soleil ressuscité auquel s’assimile l’âme d’Osiris afin de parcourir les espaces cosmiques. Le long des jambes de la déesse, deux lotus symbolisent le dieu Nefer¬Toum, « Celui qui accomplit Atoum », autrement dit le Grand Œuvre réalisé selon les prescriptions du Créateur.

D’autres représentations montrent N out environnée de signes du zodiaque. En s’unissant à sa
Mère-ciel, l’âme osirienne s’intègre aux milliers d’étoiles qui forment son corps et devient une lumière qui guide les humains à la recherche d’une vie en éternité. Né des étoiles et de passage sur terre, l’être connaissant retrouve ainsi son origine et sa véritable patrie.

- Cette momie de femme illustre l’importance du bandelettage avec des tissus de lin qui forment l’enveloppe de régénération du « corps noble » osirien. Selon Jean-Claude Goyon, le rite du bandelettage est d’ailleurs l’essentiel de la momification et compte bien davantage que la préservation du corps. Ces bandelettes sont l’œuvre de trois déesses, Tayt, patronne des ateliers de tissage, Isis la fileuse et sa sœur Nephtys, la tisserande, qui ont œuvre dans le secret de la Demeure de l’Or à l’abri des regards humains. Lié à Osiris, le lin est le symbole de la plénitude et de la capacité de régénération : même si les qualités de tissu sont variables selon les momies, les époques et les lieux, l’idée est toujours préservée. Pour la momie de Wah, datant du Moyen Empire, on n’a pas utilisé moins de 375 m2 de bandelettes. Et l’anonyme de Lyon, étudié par J.-C. Goyon était enveloppé dans une voile de barque, ce qui confirme l’importance de la notion de voyage dans l’autre monde et la capacité de mouvement de la momie, bien signalée par les textes, à l’intérieur de son sarcophage-barque.

- Voici la vision que les anciens Égyptiens voulaient donner d’une momie : le « corps noble » osirien parfaitement accompli, dans sa beauté et sa sérénité. Pour y parvenir, il fallait célébrer dans la Salle pure et la Demeure de l’Or un rituel en soixante-quinze épisodes, correspondant à la création de la momie selon les enseignements des ancêtres. Le visage osirien est lumineux, le regard légèrement levé vers l’autre monde ; au menton, la barbe postiche, symbole du temps d’Atoum, le Créateur, et de l’âge d’or retrouvé. Le corps n’est plus celui d’un humain, mais un sarcophage décoré de scènes rituelles que l’on peut lire.

Pourquoi évoque-t-on soixante-dix jours de momification pour aboutir à un tel chef-d’œuvre ? Parce que Sothis (l’étoile Sirius) disparaît pendant soixante-dix jours derrière le soleil. Lorsqu’elle réapparaît, la crue du Nil se déclenche, l’abondance renaît, et l’on célèbre les fêtes du nouvel an (vers le 20 juillet). C’est dire que la momie, loin d’être esclave de la mort, annonce au contraire le surgissement d’une vie renouvelée.

- Avant de parvenir au « Bel Occident », déesse apaisante qui offrira au « juste de voix » tout ce dont il a besoin pour parcourir les routes de l’autre monde, la momie effectue un voyage en barque vers Abydos, la cité sainte d’Osiris, sous la protection des deux Sœurs, Isis et Nephtys, qui ont célébré la veillée funéraire et préparé les bandelettes. Grâce aux formules de connaissance qu’elles ont énoncées, la momie est devenue un être de voyage, échappant à l’immobilité de la mort.

« Tu n’es pas parti mort, tu es parti vivant », affirment les premiers mots des Textes des Pyramides. Pour les anciens Égyptiens, la mort physique est une maladie dont on peut guérir si l’on connaît les paroles de transformation en lumière. Alors, elle n’est plus cessation et frontière infranchissable, mais devient le point de départ du grand voyage, celui des mutations incessantes.

- Une scène du Livre des Morts de Hounefer (à droite) nous fait assister à une étape essentielle du parcours de la momie. À gauche, un ritualiste vêtu d’un tissu imitant une peau de panthère purifie les offrandes par l’eau et par le feu. Devant lui, deux ritualistes élèvent un vase contenant l’eau nécessaire à la régénération de la momie et tiennent des herminettes, ciseaux de menuisier. L’une d’elles, à l’extrémité en forme de tête de bélier, sert à ouvrir la bouche, les yeux et les oreilles de la momie devant laquelle des pleureuses prononcent les lamentations rituelles. Anubis protège le corps osirien en l’étreignant. Derrière lui est dressée une stèle à la gloire d’Osiris, et l’on voit l’entrée de la tombe surmontée d’une petite pyramide.

La figure ci-dessus montre Anubis offrant un vase-nou, contenant l’énergie créatrice, à la bouche de la momie pour lui transmettre le flux vital qui lui permettra d’échapper au sommeil de la mort et de retrouver l’usage de la parole juste, indispensable dans l’autre monde pour nommer tout ce qui sera contemplé et acquérir ainsi la maîtrise de l’invisible.

- Cette scène du temple de Dendera, dédié à Hathor-Isis, nous fait pénétrer au cœur des grands mystères qui s’accomplissent à l’intérieur du sarcophage où reposait la momie, ici à tête de faucon. Le sarcophage se trouve au-dessus d’une butte sur laquelle se développe un acacia. À gauche, Isis, portant sur la tête le trône qui fait naître les pharaons ; à droite, Nephtys portant sur la tête le hiéroglyphe symbolisant le temple, surmonté d’une corbeille. L’ensemble se lit I la maîtresse du temple ». Ainsi, trône et temple veillent sur l’œuvre mystérieuse qui s’accomplit dans le secret, à savoir la transformation du corps osirien en or.

- Une autre scène du temple de Dendera nous montre la victoire de la vie renouvelée sur la mort apparente de la momie, étendue sur le lit rituel en forme de lion. En dessous, un babouin dressé (l’une des formes de Thot), deux cobras chargés de repousser les forces nocives de Thot à tête d’ibis récitant les formules. À gauche, Isis accomplit un geste de protection magique ; à droite Heket, la déesse grenouille, incarne les transformations offertes au ressuscité. Trois rapaces, des milans femelles, survolent la momie. Il s’agit de trois expressions d’Isis qui a rassemblé les parties dispersées du corps d’Osiris et quitté sa forme humaine pour revêtir son aspect céleste. Deux des oiseaux protègent la tête et les pieds de la momie. Le troisième va se poser sur le phallus du régénéré afin d’être fécondé et de donner naissance à Horus, le faucon protecteur de Pharaon, chargé d’assurer le culte de son père Osiris. De cet engendrement surnaturel naîtra la puissance royale, capable de maintenir l’harmonie du monde.

- Ce papyrus du Livre des Morts nous offre une autre vision de la résurrection d’Osiris. Au centre, il a encore la forme d’une momie étendue sur le lit funéraire, sous lequel un serpent dangereux et destructeur a été réduit à l’impuissance. A droite, Osiris s’est redressé. Il revit sous la forme du pilier djed, « stabilité », encadré des dieux Anubis, à tête de chacal et Horus, à tête de faucon, qui le magnétisent pour lui transmettre leur énergie. Ils le rendent apte à exercer sa fonction de souverain de l’autre monde et de juge des morts.

- Ce modeste dessin provient de la tombe de la reine Nasa qui vécut au royaume de Koush (le Soudan actuel). Il révèle le processus d’illumination de la momie au sein des ténèbres du caveau. Le soleil brille au cœur de la nuit, ses rayons illuminent la tête du lion servant de support au corps osirien et le visage de la momie. Ce moment essentiel est également représenté dans des temples, comme Dendera. Apparemment inanimée, la momie est, en réalité, nourrie d’une lumière secrète. Aux yeux des anciens égyptiens, vaincre la mort, c’est précisément entrer dans ses incessantes métamorphoses, notamment représentées dans la tombe de Thoutmosis III.

- Consacré à la déesse Isis, le temple de Philae fut l’ultime sanctuaire égyptien à célébrer les grands mystères osiriens. Nous assistons ici à l’éveil d’Osiris qui sort du trépas en se redressant, sous la protection des ailes d’Isis dont le battement lui redonné le souffle vital. Face au ressuscité, un ritualiste lui présente la croix ansée dont la signification est « vie ». Les textes précisent que cet Osiris momifié et régénéré est devenu or.

- L’extraordinaire tombe de Néfertari, Grande Épouse royale de Ramsès 11, offre une série de chefs-d’œuvre, dont cette représentation d’Osiris en royauté, le visage rayonnant, vêtu d’une tunique blanche. Le texte précise que lui sont offertes vie, protection magique, stabilité et puissance. La peau du « vieil homme » a été ôtée, l’être perpétuellement régénéré s’est redressé.

« Toi, Osiris, tu es vivant éternellement, tu ne cesses de vivre éternellement, tu rajeunis sans cesse » : tel est le véritable message des momies, loin d’un attrait morbide pour le trépas. Et, comme l’écrit Francis Janot, « les mystères des travaux des embaumeurs ont, jusqu’à présent, été bien gardés. Lever le voile serait peut-être contrarier les dieux ».

Extrait de :

Le procès de la momie de Christian Jacq, éditions XO

[1Voir son ouvrage Les instruments d’embaument de l’Egypte ancienne, Le Caire, 2000

[2D’après C. Et-Mahdy, Momies, Paris, 1990.

Navigation

AgendaTous les événements

juin 2019 :

mai 2019 | juillet 2019

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Publications Derniers articles publiés

Brèves Toutes les brèves

  • L’au-delà 4 étoiles pour les animaux de l’Egypte Ancienne !

    Les anciens égyptiens avaient le plus grand respect pour les animaux qu’ils apparentaient aux divinités. Ils en ont ainsi momifié des millions : oiseaux, reptiles, mammifères. On a longtemps pensé que l’embaumement animal ne consistait qu’en un simple enroulement de bandages en lin, ou d’un trempage dans la résine. Mais, Anubis, dieu des morts à tête de chacal, réservait en fait un sort de pacha à leur (...)

  • le mystère de la « main coupée »

    Le Château de Gruyères expose dès mercredi un objet insolite : une main coupée. L’objet, entouré de toutes sortes de légendes, appartient au château depuis belle lurette. Une analyse anthropologique vient d’en découvrir l’origine. Pendant de longues années, toutes sortes de légendes ont circulé quant à l’origine de la main coupée. Selon la version la plus courante, la main aurait été rapportée de Terre (...)

  • Le secret de la momie

    Le 1er juillet, le British Museum de Londres a ouvert au public son centre de réalité virtuelle, consacré à la momie de Nesperennub, prêtre au temple de Karnak il y a environ 3 000 ans. Pour la première fois, on peut découvrir en trois dimensions l’intérieur d’une momie. Celle-ci fut d’abord numérisée à l’aide d’un scanner médical à technologie numérique d’un hôpital londonien, afin d’obtenir 1500 images, (...)

  • Un check-up à NTUH pour la momie égyptienne

    A quelques jours d’une exposition d’objets provenant des collections égyptiennes du Louvre au Mémorial Tchang Kaï-chek, la vedette de l’événement s’est offert une visite de routine à l’Hôpital de l’université nationale de Taiwan (NTUH). Les docteurs ont confirmé qu’à 3 000 ans bien sonnés, Hemoutouati - ou plutôt sa momie - se porte comme un charme.
    Sans doute n’en saura-t-on guère plus sur la jeune (...)

  • Une momie bourrée de poésie

    Un manuscrit de poésie grecque a été retrouvé dans une momie du IIe siècle avant notre ère. Le papyrus avait servi à rembourrer le cadavre. Selon Kathryn Gutziller, de l’Université de Cincinatti, il s’agit du plus ancien recueil de poésie de la Grèce antique qui nous soit parvenu. Il contient 112 épigrammes de Posidippus, écrits pour la dynastie pharaonique des Ptolémées, et classés par genre : présages, (...)