D’où venaient les Peuples de la Mer ?

, par  Céphale

Les antiquités égyptiennes contiennent des informations précises sur l’invasion de la Méditerranée par les Peuples de la Mer à l’époque de Ramsès III ; elles concordent parfaitement avec les données archéologiques. Tout porte à croire que les Peuples de la Mer venaient d’Europe du Nord.

Les murs du temple de Medinet Habou (Haute Egypte) portent des inscriptions qui racontent avec un luxe de détails comment Ramsès III a fait face à deux invasions et remporté deux grandes victoires, l’une sur terre, l’autre sur mer. En 1190, une armée de 6.000 hommes venant du désert de Libye a traversé la frontière et menacé la ville de Memphis. Elle a été écrasée par l’armée du Pharaon. Cinq tas de mains et de sexes coupés ont été utilisés pour compter les morts. Trois ans plus tard, en 1187, une puissante flotte de combat a ravagé la côte, puis pénétré dans les bras du Nil, débouchant sur les arrières égyptiens. Une splendide gravure du temple montre cinq navires assaillants attaqués par quatre navires égyptiens. Les combattants des deux camps, leurs navires et leurs armes sont dessinés avec minutie. Les navires des Peuples de la Mer ne se déplaçaient qu’à la voile. Leur arrivée par le delta du Nil était une opération très risquée car leurs navires étaient difficiles à manœuvrer tandis que les navires égyptiens pouvaient se déplacer à volonté grâce à des équipes de rameurs. Sur l’eau, des soldats égyptiens attaquent l’ennemi depuis le pont de leur navire. Les navires ennemis sont repoussés vers les rives où les attendent des archers qui font pleuvoir sur eux des flèches. La victoire est éclatante.

L’attaque de l’Egypte sous Ramsès III est la dernière vague d’un déferlement qui avait ravagé l’Asie Mineure et la Syrie trente ans auparavant. En 1220, les Peuples de la Mer avaient vaincu le roi hittite, allié du Pharaon, et établi des bases à Chypre et à Ougarit.

Les spécialistes s’accordent sur le déroulement et l’ampleur de ces événements du Proche-Orient, mais l’origine des assaillants continue de faire l’objet de controverses passionnées. La plupart des auteurs attribuent l’effondrement des empires hittite et mycénien à des causes intérieures : rivalités, faiblesse des rois, désordre social. Encouragés par ce désordre, les habitants des îles orientales du Bassin Méditerranéen seraient partis sur leurs navires pour piller toutes les régions riveraines. Ce schéma ne tient pas, car on sait que l’Egypte a subi l’attaque de tribus organisées et encadrées. Une telle coordination ne peut pas être l’effet du hasard. Un regard sur la carte impose l’idée qu’une opération combinée de cette envergure n’a pu être montée qu’en Europe. Tout conduit à l’hypothèse que les assaillants sont venus de Sicile et de Sardaigne. C’est ce que le spécialiste Jean Deruelle [1] a voulu vérifier.

L’archéologie montre que les relations de la Sicile avec la Grèce ont été interrompues aux environs de 1200. D’autre part, Thucydide rapporte que des envahisseurs venus d’Italie ont refoulé les autochtones à l’intérieur de l’île. Ceux-ci étaient donc bien placés pour assaillir la Méditerranée orientale en faisant alliance avec les Sardes. Les Egyptiens connaissaient les Sardes depuis longtemps. On les trouve à la bataille de Kadesh, en 1286. Les archives égyptiennes les présentent comme des pirates redoutables, dotés de navires de haute mer. Ramsès II se vante de les avoir mis à son service. Ils constituaient une division étrangère qui lui a permis de vaincre les Hittites au cours de cette bataille. Les Sardes ont dit aux Egyptiens qu’ils venaient d’îles au nord, de l’autre côté du détroit de Gibraltar. Cette origine est confirmée par des statues qui se trouvent au sud de la Corse. Certaines sont suffisamment nettes pour que les spécialistes y reconnaissent l’armement des Sardes d’Egypte. La datation au carbone 14 montre que ces guerriers étaient déjà dans la région avant 1250, donc qu’ils ne pouvaient pas venir de l’est de la Méditerranée.

Les bonnes relations entre les Sardes, venus par le détroit de Gibraltar, et les Siciliens, venus d’Italie, et sans doute d’Europe centrale, ont conduit Jean Deruelle à émettre une hypothèse audacieuse. L’Europe du Nord aurait été le siège d’une grande puissance maritime ayant fait le projet, il y a près de quatre mille ans, de conquérir la Méditerranée. L’offensive aurait été menée conjointement à l’Ouest, en suivant les rives de l’Océan Atlantique, et à l’Est, en suivant la vallée du Danube. Cette grande puissance ne serait autre que l’Atlantide, décrite par Platon dans le Critias et le Timée. Pourquoi pas ?

Platon, vers 350, explique que son oncle Critias, qu’il met en scène avec Socrate dans ses Dialogues, avait entendu le récit de la bouche de son grand-père, Critias l’Ancien, qui le tenait lui-même de son ami Solon, fameux législateur d’Athènes. Celui-ci l’avait reçu de prêtres égyptiens au cours de son séjour de dix ans en Egypte, au temps du Pharaon Amosis, qui a régné de 568 à 525. Cette filière est donc tout à fait plausible.

Voici, dans le Timée, ce que disent les prêtres égyptiens. « Il est question dans nos écrits de l’énorme puissance que votre Cité (Athènes) arrêta jadis dans sa marche insolente, qui envahissait à la fois toute l’Europe et l’Asie, se ruant hors de ses bases situées dans la Mer atlantique. Une île s’y trouvait, devant le détroit que vous nommez les Colonnes d’Hercule. C’était l’Ile Atlantide. Il s’y était formé une grande et merveilleuse puissance de rois qui dominait l’île entière, ainsi que beaucoup d’autres îles et de parties du continent. Et de ce côté-ci du détroit, ils régnaient sur la Libye jusque vers l’Egypte, sur l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie. Mais voilà que rassemblant toutes ses forces, cette puissance, se jetant à la fois sur votre pays, sur le nôtre et sur tout l’espace compris en deçà du détroit, d’un seul coup entreprit de les asservir. C’est alors, Solon, que votre Cité révéla sa puissance, et fit aux yeux de tous les hommes éclater sa vaillance et son énergie. D’abord à la tête des Grecs, puis seule par nécessité, elle en vint aux extrêmes périls, mais elle l’emporta finalement sur ses agresseurs. Ceux qui n’étaient pas encore asservis, elle les préserva de la servitude, et à tous ceux qui habitent en deçà des Colonnes d’hercule, elle fit remise de la liberté. Mais dans la période de temps qui suivit, il se fit de violents tremblements de terre et des cataclysmes. En l’espace d’un jour et d’une nuit funestes, le peuple entier de vos combattants fut enfoui sous la terre, et pareillement l’Ile Atlantide s’enfonça sous la mer et disparut. De là vient que, de nos jours encore, là-bas la mer est impraticable et inexplorable, encombrée par les bas-fonds de vase que l’île a déposés en s’abîmant. »

Critias décrit l’Ile Atlantide en une dizaine de pages. Sa description correspond parfaitement à la géographie du sud-est de l’Angleterre et à la topographie des fonds marins du Dogger Bank, au large de la Hollande. À chacun de se faire une opinion.

Source : Agoravox.fr

[1Jean-Deruelle, De la préhistoire à l’Atlantide des Mégalithes, Editions France-Empire, 1990

Navigation

AgendaTous les événements

juin 2019 :

mai 2019 | juillet 2019

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Publications Derniers articles publiés

Brèves Toutes les brèves

  • Lequel est Toutankhamon ?

    A quoi ressemblait le pharaon Toutankhamon ? Si les masques et les statues exposés dans les musées vous laissent sur votre faim, voici trois reconstitutions du visage du jeune homme, réalisées à partir de 1.700 photos haute résolution du scanner de la momie. Trois équipes ont travaillé indépendamment. L’équipe égyptienne a travaillé directement à partir du scanner et a recréé en 3D sur ordinateur le (...)

  • Reconstitution en silicone du visage de Toutankhamon

    Le visage de Toutankhamon a été reconstitué en silicone par des spécialistes égyptiens, français et américains, a annoncé le Conseil supérieur des antiquités égyptiennes.
    Les spécialistes, qui ont reconstitué le visage, sont d’accord sur la forme du visage et les traits du pharaon, mais divergent sur la forme des oreilles et du nez, a indiqué Zahi Hawass, président du Conseil, dans un communiqué mardi. (...)

  • Toutankhamon n’a pas été assassiné, selon les résultats d’un scanner

    Les résultats d’un scanner effectué sur la momie du pharaon Toutankhamon montrent que l’enfant-roi n’est pas mort assassiné, mais les chercheurs n’ont pas réussi à déterminer les causes de son décès, a affirmé mardi le responsable de l’archéologie égyptienne Zahi Hawass.
    "Les scientifiques n’ont trouvé aucune preuve que Toutankhamon a été assassiné, ni qu’il a été frappé à la tête, ni qu’il a été tué", a (...)

  • Une scanographie pratiquée sur la momie de Toutankhamon

    Pour la première fois depuis 82 ans, la momie de Toutankhamon a été extraite de son tombeau, cette fois pour subir une scanographie. L’équipe d’égyptologues à l’origine de cette opération très délicate tente de percer le mystère de la mort du pharaon, disparu à l’âge de 17 ans voilà plus de trois millénaires.
    Les 1.700 images prises mardi au cours de cette radiographie par scanner, qui n’a duré qu’une (...)

  • Pharaons

    Grande exposition patrimoniale
    présentée du 15 octobre 2004 au 10 avril 2005
    Pharaon, maître de la terre et de l’univers, Dieu parmi les Dieux et homme protégé des Dieux, roi aux pouvoirs sans limites sur les terres de la callée du Nil, du Soudan à la Basse Égypte. Rares ont été dans l’histoire les souverains qui ont autant fasciné.
    L’exposition de l’Institut du monde arabe interroge : qui étaient ces (...)