Aménophis III

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Pharaon de la XVIIIe dynastie

1391 - 1353 avant J.C.

Fils de Thoutmôsis IV et de la reine Moutemouia, il est le neuvième pharaon de la XVIIIe Dynastie ; il régna pendant près de quarante années sous le nom de Nebmaâtrê, " est le Possesseur de Maât".
Il épouse Tiyi, roturière originaire d’Akhmîm, en Moyenne égypte. Femme de caractère, elle participe étroitement à la conduite des affaires. Le couple royal, dans la version colossale du musée du Caire, exprime bien l’image d’une complémentarité qui fera défaut à la XIX dynastie. Elle donna au roi au moins deux fils, Thoutmès, mort avant son père, et Aménophis - le futur Akhénaton, qui monta sur le trône sous le nom d’Aménophis IV -. Quatre filles sont nées de cette union, dont Satamon, qui à la fin du règne remplit le rôle rituel dévolu à la reine.

Aménophis III hérite d’un empire qui s’étend de la Nubie à l’Euphrate. Son règne coïncide avec l’apogée économique et artistique de l’Egypte, qui croule sous l’apport de produits de luxe venant de l’étranger sous forme de tributs envoyés par les vassaux. Le pays vit une sorte d’âge d’or. La sécurité de ses frontières est garantie par l’existence de principautés et de royaumes gagnés à sa cause par une politique de cadeaux royaux, d’or nubien, d’échange de diplomates, le tout consigné dans les archives royales dans la langue diplomatique de l’époque : l’acadien, écrit en caractères cunéiformes.
Le souverain égyptien, véritable potentat oriental, éblouissant ses visiteurs par un luxe et une cour thébaine raffinée, étend sa domination sur ce vaste empire, qui sera bientôt secoué dans ses bases lors de la léthargie politique du règne suivant.

Aménophis III noua des relations amicales avec la cour du Mitanni, pays devenu la première puissance asiatique de l’époque, en épousant Giloupéka, fille du roi. Ces liens matrimoniaux précieux, constituant un gage d’alliance, connurent un grand succès au cours de son règne : la soeur du successeur du roi de Mitanni rejoignant son harem, ainsi que celle du roi de Babylone, puis leurs filles respectives et finalement une princesse d’Arzawa.

Vieillissant et malade, Aménophis III fait l’objet de la sollicitude des cours voisines ; il reçoit la visite d’une image miraculeuse de la déesse Ishtar de Ninive, censée le guérir de ses maux. Cette diplomatie savante et pacifique empêcha sans doute le roi de prévenir la formation, sous l’emprise d’une nouvelle puissance régionale - les Hittites - d’une coalition de cités-états ; menées par le prince d’Amourrou celles-ci étaient bien décidées à secouer le joug égyptien.
Le règne d’Aménophis III marqua une des apogées de la civilisation égyptienne. L’Égypte devient un pays cosmopolite, ouvert non seulement aux modes, mais aussi aux idées venues de l’étranger. L’art se libère de l’hiératisme, caractérisant les premiers règnes de la XVIIIe dynastie tournés vers des valeurs proprement égyptiennes de vigueur et de tradition, pour se tourner vers un art de cour témoignant de la douceur de vivre thébaine, et débouchant sur un maniérisme qui s’affirme à la période suivante.

Les croyances privilégient une solarisation toujours plus grande, dans la perspective de la divinisation. Cette mise en valeur d’un culte solaire préfigure le culte d’Aton, disque solaire de la période amarnienne. Deux fondations nubiennes à Soleb et Sédéoenga, édifiées à l’occasion des fêtes jubilaires, mettent en jeu, sur le plan monumental, la divinisation de la fonction royale solarisée : le roi et la reine deviennent deux manifestations de la divinité sur terre.
Tout tend vers le colossal, qu’il s’agisse des propylées de Karnak, du temple de Louqsor, ou du temple de Millions d’Années édifié sur la rive occidentale, édifice dont les proportions ne furent jamais surpassées. Détruit par un tremblement de terre, il fut transformé en carrière par ses successeurs ; seuls les deux colosses, dont l’un dit de Memnon, marquent aujourd’hui l’emplacement du premier pylône. Ce programme fut conduit par Amenhotep fils de Hapou, perçu de son vivant comme un sage, et vénéré après sa mort comme un "saint intercesseur". Le temple de Mout abritait deux fois plus d’effigies de la lionne de Sekhmet que l’année comptait de jours, c’est à dire que 730 statues formaient comme une "litanie de pierre", chacune d’entre elles répondant à l’un des deux aspects que la déesse dangereuse revêtait chaque jour. Cette invocation permanente permettait de prévenir le danger et d’éloigner la mort à Thèbes, en même temps que son retour signifiait la prospérité.

Tout semblait fait pour manifester la grandeur de la fonction royale et de ses représentants. Cette propagande est caractérisée par l’édition de scarabées revêtus de têtes commémorant les mariages et les exploits cynégétiques du souverain, ou encore une navigation royale dans la région natale de la reine Tiyi, envoyés aux quatre coins de l’empire pour accroître le prestige de la dignité pharaonique.

Aménophis III fut profondément attaché à Thèbes. Il installa son palais sur la rive occidentale, loin du clergé de Karnak, à Malqatta. Semblable à une petite ville, celui-ci couvrait plusieurs hectares à la limite des terres cultivées et ses portes ouvraient en direction de la cime thébaine. Bien qu’érigé à l’aide de briques crues, sa décoration permet de découvrir les traces d’un luxe inouï. La façade du palais se déployait sur un lac artificiel d’environ 1.000 m sur 2.500 m de côté, relié au Nil par un canal et formant le port où aboutissaient vraisemblablement les richesses d’Asie et de Nubie. La tombe royale inaugure un ouâdi latéral de la Vallée des Rois, Bibân el-Gouroud (la Vallée des Singes). Son décor peint, réalisé sur un enduit, comporte une version complète du Livre de l’Amdouat, livrant les phases du périple de dans sa barque, auquel participe le défunt royal. Bien qu’endommagé par les eaux de ruissellement, il livre encore les portraits d’un souverain représenté jeune pour l’éternité.

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