La période byzantine de l’Égypte
Article mis en ligne le 15 juillet 2026
dernière modification le 24 juin 2026

La période byzantine de l’Égypte commence à la mort de Théodose Ier en 395, lorsque la province d’Ægyptus, alors intégrée à l’empire romain, passe dans le giron de l’empire romain d’Orient. Elle s’achève avec la conquête arabe en 639/645.

L’empereur Trajan, vêtu à l’égyptienne faisant des offrandes aux dieux
(Temple de Dendérah).

L’Égypte byzantine connaît une longue période de paix, du Ve siècle au début du VIIe siècle, qui lui permet de connaître une « rare opulence » (Jean-Claude Cheynet). Véritable mégalopole, Alexandrie réunit philosophes et mathématiciens autour du Mouséion et est aussi le siège d’une Église disposant d’une intense vie spirituelle.

En effet, de vives querelles entre le monophysisme et le dyophysisme, avec, bien sûr, leurs implications religieuses (portant sur la nature du Christ), mais aussi politiques, provoquent des émeutes. Le monophysisme finit par être vaincu. Par ailleurs, l’empereur Justinien, par un édit de 551, ordonne la fermeture du temple de Philaé, ultime reliquat du paganisme, où se pratiquaient encore les vieux cultes, en particulier celui d’Isis. Cependant, les monophysites d’Égypte se sont regroupés, et une Église indigène et nationale apparaît, l’Église copte orthodoxe.

Sous le règne d’Héraclius, l’Égypte subit deux invasions : la première, en 615, du roi de Perse Khosro II, la seconde, en 639, de `Amr, lieutenant du khalife Omar. Avec la complicité de Mokoukos (ou Makaukas), préfet de la Moyenne-Égypte, il entre dans Memphis, s’empare de la forteresse de Babylone et marche sur Alexandrie, où l’élément melkite (c.-à-d. les Grecs) oppose la plus opiniâtre résistance. Enfin, après quatorze mois de siège, lasse de n’avoir reçu aucun secours de Byzance, Alexandrie se rend le 22 décembre 640.

Le règne de Constantin le Grand (r. 310-337) voit la fondation de Constantinople et l’Égypte continue à approvisionner en blé la nouvelle capitale, Constantinople. Il doit également voir la reconnaissance officielle du christianisme au même titre que les autres religions romaines par l’Édit de Milan en 313.

Les nombreux conflits religieux qui avaient marqué la période romaine se poursuivent à l’époque byzantine, impliquant dorénavant divers schismes au sein de la chrétienté elle-même. Il semble que Constantin ait eu comme projet de visiter l’Égypte, car des préparatifs pour une réception impériale avaient été entrepris à Oxyrhynque. Ceux-ci sont cependant abandonnés en raison de la convocation du concile de Nicée en 325, provoqué par l’apparition de l’arianisme, attribué à l’évêque d’Alexandrie Arius (vers 250 – 336), lequel enseignait que le Fils de Dieu n’avait pas toujours existé mais avait été engendré dans le temps par Dieu le Père, et les chrétiens trinitaires défendus par un autre théologien d’Alexandrie, Athanase (296/298 – 373). La controverse est résolue au profit des chrétiens trinitaires, mais se poursuivit pendant plusieurs décennies.

En 391 toutefois, les tensions se ravivent entre chrétiens et païens cette fois lorsque le 24 février, l’empereur Théodose le Grand (r. 379-395) en son nom et au nom de son coempereur et beau-frère Valentinien II (r. 379-392) interdit non seulement les sacrifices païens mais aussi la fréquentation des temples, interdiction qu’il renouvelle spécifiquement pour l’Égypte et pour Alexandrie.

La révolte éclate lorsque l’évêque Théophile d’Alexandrie, connu pour ses méthodes violentes, tente de transformer un temple païen en église et organise une procession pour exposer des reliques chrétiennes[46]. Devant la vindicte des chrétiens, les païens ayant à leur tête le philosophe Olympe doivent se réfugier dans le Sérapéum qui est ultimement transformé en église dédiée à Jean le Baptiste. Le Sérapéum de Canope (Abu Qir) est également pillé et transformé en monastère dont l’église est consacrée aux saints Cyrus et Jean, deux martyrs du IVe siècle particulièrement vénérés par l’Église copte.

La controverse religieuse se perpétue sous Théodose II (r. 402-450) entre chrétiens cette fois concernant le titre de Theotokos (litt. « qui a enfanté Dieu », improprement traduit par « mère de Dieu ») donné à Marie. Neveu et successeur de Théophile, le patriarche Cyrille d’Alexandrie s’attache à éradiquer aussi bien le paganisme que le judaïsme et le nestorianisme, doctrine mise de l’avant par le patriarche de Constantinople, Nestorius. La faction conduite par Cyrille l’emporte et Nestorius est condamné au concile d’Éphèse et envoyé en exil. La réputation de l’évêque et par conséquent d’Alexandrie elle-même parvient au zénith lorsqu’en 449, le successeur de Cyrille, le patriarche Dioscore Ier d’Alexandrie défend les doctrines d’Eutychès, archimandrite d’un monastère près de Constantinople, lors du deuxième concile d’Éphèse contre l’avis du pape Léon Ier qui ne reconnut pas le concile, en excommunie les participants et tente sans succès de faire pression sur l’empereur Théodose pour qu’il convoque un nouveau concile.

Carte du « Diocèse d’Égypte » vers 400.

Entretemps les Blemmyes continuent leurs attaques contre l’Égypte maintenant byzantine, soutenus cette fois par les païens résistant aux chrétiens. Mais en 451, l’année du Concile de Chalcédoine, l’empereur Marcien (r. 450-457) parvient à une entente avec eux qui leur permettait l’utilisation du temple de Philæ et leur rendait les statues du temple à des fins divinatoires. Le Concile de Chalcédoine (451) doit de son côté renverser les décisions du Second Concile d’Éphèse et condamner Eutychès et Dioscore. Il en résulte un schisme permanent entre les Églises copte et orthodoxe grecque, alors que l’élévation du patriarcat de Constantinople à un rang qui ne le cédait à Rome que de façon honorifique doit envenimer les relations entre Constantinople et Rome.

Le successeur de Marcien est Léon Ier (r. 454 – 474) qui s’avère un fervent défenseur des décisions de Chalcédoine et le premier empereur à être couronné par le patriarche de Constantinople. Mais Léon, pour se débarrasser de l’influence germanique, se rapproche des Isauriens dont le chef, Zénon, lui succède (coempereur 474-475 ; empereur 476-491). Rapidement les Isauriens deviennent aussi impopulaires que les Germains l’avaient été et Zénon est remplacé par le monophysite Basiliscus favorisant un dégel des relations avec Alexandrie. Mais le retour de Zénon au pouvoir quelques mois plus tard ravive les hostilités]. Instruit par l’expérience, Zénon tente de réconcilier le monophysisme, qui ralliait les régions orientales de l’Empire, et le chalcédonisme en faveur dans la partie occidentale. Il propose en 482 un compromis en accord avec le patriarche de Constantinople Acace, l’Hénotique, édit d’union religieuse qui résulte en un schisme avec Rome qui dure jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Justin Ier (r. 518-527).