La grande excavation

, par  Jean-Luc

La grande excavation est une pyramide inachevée datant sans doute de la IVe dynastie et qui se situe actuellement dans une zone militaire à Zaouiet el-Aryan. Seule une grande tranchée en forme de T a été creusée dans le sol rocheux et quelques pierres des premières assises ont été posées. Aucune source ne permet d’expliquer l’abandon du site.

Le monument fut découvert par Karl Richard Lepsius au début du XIXe siècle et fouillé par Alexandre Barsanti en 1904-1905, puis en 1911-1912. Ce dernier a découvert au fond de la tranchée un sarcophage en granite de forme ovale (seul exemple connu en Égypte) ainsi que de nombreuses inscriptions à l’encre rouge figurant sur les pierres du radier ne permettant pas d’attribuer avec certitude le nom du souverain à qui était destinée cette pyramide.

Si elle avait été achevée, la pyramide aurait eu une base de 210 mètres de côté.

Architecture

Le complexe funéraire


Plan du complexe funéraire de la grande excavation


Le mur d’enceinte de la pyramide, d’une épaisseur de 2,10 mètres, forme un carré de 420 mètres de côtés environ. Alexandre Barsanti a décelé les traces d’un petit édifice à l’angle sud-est de l’enceinte. En dehors de cette dernière, l’égyptologue n’a décelé que quelques anciennes habitations en forme de buttes qu’il pensait être contemporaines à la construction du grand monument. Dans une de celles-ci fut découverte une plaquette en schiste verdâtre portant le cartouche du pharaon Djédefrê.


Coupe de la grande excavation


La pyramide

Le stade de la construction n’a jamais atteint que les quelques pierres de la première assise de la pyramide. Cependant il reste une impressionnante tranchée en forme de T creusée dans la roche, comparable à la tranchée de la pyramide de Djédefrê, mais de dimensions plus grandes. Sa longueur est d’environ 110 mètres. Elle débute par une rampe inclinée aboutissant à une fosse dont la largeur est de 15 mètres, la longueur de 25 mètres et la profondeur de 25 mètres. Les anciens constructeurs l’avaient comblée de gros blocs de calcaire, certains pesant de 3 à 4 tonnes, jusqu’à une hauteur de 15 mètres. Quelques blocs portent encore des inscriptions à l’encre rouge. Ce remplissage a été retiré au début du XXe siècle.


La descenderie en 1912


La fosse en 1912


Le dallage de la fosse est en pierres de taille de granite pesant jusqu’à 40 tonnes et finement jointoyées avec du mortier. Une cuve ovale a été taillée dans une de ces pierres ; un couvercle en granite rose poli, scellé sur elle avec du plâtre. À sa découverte, la cuve était encore recouverte d’une couche de chaux et d’un lit épais d’argile pour la protéger des blocs de calcaire empilés soigneusement par dessus. La cuve était vide, mais les parois latérales, à l’intérieur, étaient garnies d’une bande noirâtre de 10 cm de hauteur.

Sur la hauteur et au centre de la paroi ouest de la fosse était tracée une ligne à l’encre rouge. On retrouve une autre marque de ce type sur la paroi sud visant l’axe de la rampe d’accès. Les Égyptiens avaient pris soin de crépir les parois.


Photo de la cuve prise lors des fouilles de 1905


Particularités du complexe funéraire

- Le sarcophage de forme ovale
- La taille du monument et la masse des blocs du dallage (jusqu’à 40 tonnes)

Exploration du monumen

C’est 1900, qu’en rejoignant les pyramides de Gizeh, Alexandre Barsanti découvrit, à un kilomètres et demi au nord de la pyramide à tranches de Zaouïet el-Aryan, une construction rectangulaire où gisaient d’innombrables fragments de pierres granitiques et de gros blocs de calcaire épars. Au centre, une dépression attira son attention et, aidé de cinquante ouvriers, il déblaya ce qui s’avérait être une immense tranchée creusée à même la roche, dont les parois taillées à pic s’enfonçaient à plus de 21 mètres sous le niveau du sol environnant. Cette tranchée, large de 8,50 mètres et longue de 110 mètres, aboutit à une grande fosse rectangulaire, alors comblée de 4 500 mètres cubes de blocs de calcaire, certains pesant près de quatre tonnes, jetés pêle-mêle jusqu’à une hauteur de quinze mètres.

Les fouilles continuèrent en 1904 et permirent à Alexandre Barsanti d’atteindre le fond de la fosse en 1905. Il découvrit un pavement fait d’énormes pierres de granite et de calcaire taillées et ajustées avec le plus grand soin, ainsi que le sarcophage ovale. Un évènement météorologique exceptionnel eut comme conséquence l’inondation de la fosse jusqu’à une hauteur de trois mètres. L’égyptologue nota que le niveau d’eau baissa brusquement d’un mètre, soit l’équivalent de 180 mètres cubes, ce qui fit germer en son esprit l’idée d’une chambre souterraine. C’est alors qu’il entreprit l’œuvre pharaonique de démonter le sol de la fosse en déplaçant une à une les énormes pierres du dallage. Parallèlement, il fit creuser des galeries dans les parois dans le but de contourner plus rapidement les fondations. Une débauche de moyens et d’efforts lui permit de déplacer nombre de blocs. Le chantier fut interrompu en 1907 pour reprendre bien plus tard en 1911. Barsanti centra ces recherches autour d’un bloc particulièrement volumineux et pesant près de quarante tonnes qui lui sembla être un barrage à l’accès d’une hypothétique chambre funéraire. Faute de crédits, les fouilles furent de nouveau stoppées en 1912 pour ne plus connaitre de suite, la mort ayant frappé prématurément l’égyptologue français. Les blocs n’ont jamais pu être remis en place et le monument, après avoir connu une certaine célébrité au début du XXe siècle, retomba dans l’oubli.


La cuve en granite de la grande excavation


Voici comment Gaston Maspero décrit la grande excavation en 1905 :

« ...J’espère que les mieux informés parmi les touristes viendront admirer le monument : le plaisir qu’ils éprouveront pendant cette excursion vaut bien les deux ou trois heures qu’elle leur coûtera. L’immensité de l’œuvre entreprise par les Égyptiens ne se révèlera pas à eux tout d’abord ; c’est seulement au bas de l’escalier, lorsqu’ils poseront le pied sur le dallage de granit, qu’elle éclatera à leurs yeux. Non pas que chaque détail examiné en particulier offre rien de très remarquable et qui sorte de l’ordinaire, mais l’impression est de celles qu’on oublie jamais. La taille et la richesse des matériaux, la perfection des coupes et des joints, le fini incomparable de la cuve en granit, puis d’autre part la hardiesse des lignes et la hauteur des parois, tout se réunit pour composer un ensemble unique jusqu’à présent. C’est comme un choc que l’on ressent et nulle part la puissance des vieux architectes égyptiens ne révèle une force aussi soudaine. »

La grande excavation servira de décors dans le film La Terre des pharaons de Howard Hawks tourné en 1954, film retraçant avec une vision très hollywoodienne la construction de la grande pyramide. On peut y voir une reconstitution historiquement contestable de la descente du sarcophage de Khéops dans la grande tranchée. Depuis située dans une zone militaire, la grande excavation n’est plus visitable. La tranchée est largement encombrée de débris. Il ne subsiste strictement rien des fondations de la pyramide ni des vestiges de l’enceinte, tous recouverts par des édifices modernes.


Vue de la grande excavation


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