Cléopâtre

Que Cléopâtre VII, fille de Ptolémée le Flûtiste, rencontre successivement, en 48 avant J.-C. le général Caius Iulius Caesar, âgé de cinquante-quatre ans alors qu’elle n’en avait que vingt et un, puis en 41 avant J.-C. le général Marcus Antonius, " l’enfant colossal ", comme l’appelait Ernest Renan, ce sont là aventures sentimentales, péripéties amoureuses. Mais que le fondateur de l’Empire romain, Jules César, s’allie à la reine d’Égypte, Cléopâtre, ou que le triumvir Marc Antoine, rival d’Octave, s’unisse à elle, ce sont des événements. Et que de telles unions aient lieu au crépuscule de la monarchie lagide, à l’aurore de l’Empire romain, c’est un bouleversement de l’histoire du monde antique. Pour comprendre la vie romanesque et trop souvent romancée de la fameuse Cléopâtre, rien ne sert d’évoquer les anecdotes qui en firent le plus merveilleux sujet de drame ou de film. L’important est de comprendre cette rencontre d’ambitions hors de l’ordre commun, en un moment crucial de l’histoire de la monarchie hellénistique ou de l’Empire romain.

Le royaume lagide à l’avènement de Cléopâtre

Les efforts désespérés de Cléopâtre VII pour maintenir intact le royaume lagide ne s’expliquent que replacés dans le cadre de l’Égypte, lors de son accession au trône en mars 51. On a pu dire que " du vieux monde hellénistique l’organisation pompéienne de l’Orient ne laissait subsister que le royaume ptolémaïque ". Mais les Lagides vivent en sursis, menacés par les querelles dynastiques et par les conflits civils romains. L’Égypte, sous les derniers Lagides, décline. Les causes en sont nombreuses : impuissance et dégénérescence morale de ses souverains, désaffection de sa population à l’égard de la dynastie, séparation entre Alexandrie (qui n’est pas dite " en Égypte " mais " près de l’Égypte ") et le reste du pays, centralisation outrancière, complication inefficace de son administration, cupidité insatiable de ses administrateurs. La paralysie du pouvoir s’aggrave en même temps que se multiplient les révoltes indigènes, les rébellions de mercenaires, les intrigues et les complots des hauts fonctionnaires. Chypre, la Cyrénaïque se détachent du royaume lagide. Ptolémée XII est contraint de gagner Rhodes, où Caton lui offre de le ramener par la force dans sa capitale, et cherche chez Pompée, à Rome, un gîte menacé. À l’automne 57, il trouve asile dans le sanctuaire de l’Artémis d’Éphèse avant d’être reconduit en Égypte, au printemps de 55, par le gouverneur de Syrie, A. Gabinius. Massacres, proscriptions, assassinats - dont sa fille Bérénice, usurpatrice du trône, fut la première victime - ne suffisent pas à rendre son autorité au roi fantoche. D’autant plus que les finances royales sont durement éprouvées par les revers de sa politique. Au seul Gabinius, en récompense de son aide, Aulète promet la somme énorme de dix mille talents et, incapable de les payer, lui offre la charge de diœcète (ministre des Finances) pour récupérer cette somme aux dépens de la population égyptienne. Le diœcète de fortune ayant été emprisonné par le roi, mais s’étant évadé et ayant gagné Rome, Cicéron n’hésita pas à plaider une cause indéfendable et composa pour lui le Pro Rabirio , qui demeure une source d’importance sur ce règne misérable.
En vain le roi multiplie-t-il les donations et les exemptions d’impôts en faveur du clergé ou des hauts fonctionnaires. Les révoltes indigènes, endémiques, battent leur plein, et le roi ne doit sa sécurité qu’à la présence des gardes de Gabinius. Ces troupes romaines, comme l’écrit Jérôme Carcopino, " inauguraient, sans l’exprimer, le protectorat effectif de Rome sur le royaume ptolémaïque ". En outre, le mécontentement est général ; la situation économique des années 50-49 est catastrophique, comme le sera celle de 42 qu’évoque l’inscription gréco-démotique gravée sur un cippe du musée de Turin (O.G.I., no 194), précieux document sur la famine en Égypte. L’indiscipline et les exactions des fonctionnaires locaux atteignent un niveau jamais égalé.

César, Antoine et la mort

Quand elle rencontra César, Cléopâtre, de trente ans plus jeune que lui, ne régnait que depuis trois ans. Son père, Ptolémée XII Neos Dionysos Aulète, mort en mars 51 avant J.-C., avait légué par testament le royaume d’Égypte à l’aîné de ses fils, Ptolémée XIII, âgé de dix ans, et à sa fille Cléopâtre, âgée de dix-sept ans, que le jeune roi devait épouser. Ces trois premières années de règne n’avaient pas été faciles : Pompée avait subtilisé le testament d’Aulète pour empêcher le Sénat de faire obstacle à ses desseins. Les difficultés étaient innombrables : disette des années 50-48, crue insuffisante du Nil, révoltes incessantes, rivalités des hauts fonctionnaires, intrigues de l’eunuque Potheinos et du général Achillas, manœuvres opposant Ptolémée XIII à sa sœur et épouse, la reine Cléopâtre. Celle-ci avait dû s’enfuir et aller chercher en Syrie des renforts pour affermir son autorité. C’est alors que le grand Pompée, battu par César à Pharsale, prétendit trouver secours en Égypte. Absente d’Alexandrie et obligée de reconquérir son royaume, Cléopâtre ne fut pour rien dans le meurtre de Pompée, assassiné sur ordre des ministres de Ptolémée XIII, mais elle en profita. Jules César (qui débarqua à Alexandrie trois jours après le meurtre de son rival) ne lui en tint pas rigueur. Installé au palais d’Alexandrie, sans pouvoir se fier ni aux ministres du jeune roi, ni aux troupes, ni aux habitants de la ville connus pour leur indiscipline, le général romain comptait faire figure de médiateur entre Ptolémée XIII et Cléopâtre. Il fallait à la reine de l’audace pour se présenter à César : était-elle sûre des intentions du vainqueur de Pompée ? Ne pouvait-il songer à la faire exécuter pour être plus libre de ses décisions ? N’était-il pas périlleux de s’introduire au palais gardé par les troupes d’Achillas ? La reine prit ces risques, et César oublia vite la tête de Pompée que, quelques jours auparavant, était venu lui apporter l’esclave Théodotos et qu’il avait fait enterrer dans le bosquet de Némésis, en bordure du mur est de l’enceinte d’Alexandrie.

Cléopâtre et Marc-Antoine>

La rencontre de Cléopâtre et d’Antoine devait avoir lieu quand ce dernier vint en Orient, après Philippes, pour y faire fortune et rétablir l’ordre trois ans après le meurtre de César : avant de régler le problème parthe, Antoine voulait connaître les intentions de la reine d’Alexandrie. Celle-ci était en droit d’espérer nouer de bons rapports avec le représentant des Romains, si l’on songe à la nature de ses relations avec son prédécesseur. Si le meurtre de César, l’oubli de Césarion sur le testament de son père avaient anéanti les espérances de la reine, l’arrivée d’Antoine lui redonnait l’occasion de restaurer le royaume lagide et, qui sait, de faire d’Alexandrie une seconde Rome. La nouvelle Isis-Aphrodite voulait et devait triompher du triumvir qu’Éphèse venait de saluer comme un nouveau Dionysos en 42. Si le triomphe fut rapide, puisque, pendant l’hiver de 41-40, Antoine vint en effet à Alexandrie et y goûta " la vie inimitable ", il fut court : au printemps de l’an 40, Antoine quittait Alexandrie pour Tyr, où il apprit les victoires des Parthes. Il partit ensuite pour Éphèse où il connut les détails des désordres d’Italie, pour Athènes où il dut endurer les derniers reproches de son épouse Fulvie, pour Brindes où fut réglé avec son rival Octave son mariage avec Octavie, sœur de ce dernier. Ce ne fut que trois ans et demi plus tard que Cléopâtre devait renouer avec Antoine, quand ce dernier renvoya Octavie en Italie, à l’automne de 37 avant J.-C. et quand, rompant avec Rome, il s’engagea, en 35, dans cette guerre civile dont Actium, en 31, fut le triste épilogue.
Dans l’été de l’an 30, la reine d’Égypte devait trouver la mort dans des circonstances dont Plutarque et Dion Cassius nous ont rapporté le détail. Quand Octave, le 28 août, vint la voir, elle ne fut pas dupe de ses promesses. Elle savait bien qu’il l’exilerait à Rome, pour qu’elle figurât dans son triomphe, et qu’il mettrait à mort Césarion, alors âgé de dix-sept ans. Elle mourut en reine et ses derniers mots furent empreints du sentiment aigu qu’elle avait de la dignité, de la divinité royale. La nouvelle Isis-Aphrodite était bien une déesse et la morsure de l’uraeus, serpent d’Amon-, passait pour conférer l’immortalité. Au vainqueur qui aurait pu contester sa nature divine, Cléopâtre, par le choix de sa mort, prouvait une dernière fois qu’elle était immortelle.

L’Égypte et la politique orientale de Rome

Dans quelle mesure César puis Antoine se prêtèrent-ils à la prétention qu’avait Cléopâtre de restaurer le royaume lagide sans le laisser devenir province romaine et tout en conservant l’amitié de Rome ? Il n’est pas facile de répondre, car l’un et l’autre, au gré des événements, changèrent d’avis.
En ce qui concerne César, il n’est guère douteux qu’à son arrivée à Alexandrie, il était désireux d’annexer l’Égypte purement et simplement.
Il semble bien que la romanesque entrée en scène de Cléopâtre modifia les intentions du général. Mais les troubles d’Alexandrie, la guerre qui faillit lui être fatale, la visite qu’il fit de la vallée lors de cette remontée du Nil qui fut davantage une enquête d’homme d’État qu’un voyage de noces, tous ces motifs d’inquiétude lui firent sans doute renoncer à l’annexion et préférer une alliance. Suétone nous indique une crainte supplémentaire de César : réduite à l’état de province, l’Égypte, en cette période troublée de l’histoire de Rome, pouvait offrir à un gouverneur ambitieux le moyen non seulement d’affamer l’Italie en la privant de blé, mais de lever des troupes, de rallier d’autres pays orientaux et, qui sait, de renverser le pouvoir central. Crainte justifiée, car plus tard Octave interdira aux sénateurs l’accès de l’Égypte, de peur que l’un d’eux n’en fasse un tremplin pour s’élancer vers la magistrature suprême. Maintenir la dynastie en restant militairement maître du pays était donc la solution la plus commode que César pût adopter. Il n’est pas sûr qu’il s’en soit toujours tenu à cette idée. Après avoir installé trois légions à Alexandrie, disposé des garnisons au Caire et dans le pays, quand il invita à Rome Cléopâtre et son jeune frère-époux, il méditait sans doute quelque dessein politique. Deux années consécutives et jusqu’à sa mort il retint le roi et la reine d’Égypte dans cette cage fleurie des jardins de la rive droite du Tibre ; il pouvait de la sorte administrer l’Égypte par l’intermédiaire du chevalier qui y commandait ses quatre légions. Sa mort rendit à Cléopâtre la liberté : dans la confusion qui suivit le crime, et moins d’un mois après, vers le 15 avril, date à laquelle Cicéron commente sa fuite dans une lettre à Atticus, elle quittait Rome pour Alexandrie. Si, César mort, elle redevenait reine effective d’Égypte, n’est-ce point que, César vivant, elle n’était que reine nominale ?
Imaginer, tout au contraire, que la présence de Cléopâtre à Rome s’explique par le rôle actif qu’elle y aurait joué et prêter réellement à César l’intention, quatre siècles avant Constantin, de transporter à Alexandrie sa capitale, c’est sans doute accorder trop de poids à une réflexion de Suétone et c’est donner trop de portée à la légitimation de Césarion ainsi qu’au projet de mariage avec Cléopâtre. Comment César aurait-il pu gouverner l’Italie à partir d’Alexandrie ? Pourquoi, dans le testament qu’on découvrit après sa mort, ne faisait-il aucune place à Césarion ? Comment aurait-il imposé aux Romains une monarchie à l’égyptienne ? Il est certain que les projets d’hégémonie que nourrissait Cléopâtre étaient voués à l’échec tant que César vivait. Elle ne tarda pas à exploiter sa mort. Sans doute avait-elle des intentions précises. Octave, qui venait à Rome faire valoir ses droits, n’avait que dix-neuf ans et Antoine, maître alors de la situation, s’était depuis longtemps déclaré l’ami de la reine d’Égypte, qu’il avait connue quand elle n’avait que treize ans et qu’il avait beaucoup fréquentée à Rome. Cléopâtre n’était pas femme à négliger les hommages de l’adepte le plus zélé du parti césarien qui, dès la mort de César, avait pris le parti du fils reconnu, Césarion, contre le fils adoptif, Octave. Pour lutter contre Octave, Antoine avait besoin des ressources et des richesses de l’Égypte. On peut se demander quelle fut la part des calculs politiques d’Antoine dans cette union qui dura près de quinze ans et se termina par un double suicide.
Trois périodes, à cet égard, sont à distinguer. La première va de la mort de César, en mars 44, à la séparation d’Antoine et d’Octavie, en février 37, c’est-à-dire à la rupture d’Antoine avec l’Occident. C’est l’époque où Octave et Antoine se disputent l’Empire naissant. Quand Antoine se rend, dans l’hiver 41-40, à Alexandrie, il a besoin de l’Égypte pour conquérir l’Empire, mais l’Égypte n’est qu’un atout dans ce jeu difficile. Antoine s’assure de la neutralité du royaume lagide, puis, par l’accord de Brindes, en septembre 40, et par son mariage avec Octavie, sœur d’Octave, il partage avec ce dernier le monde romain, oubliant durant quatre ans Cléopâtre et l’Égypte.
Au cours de l’automne 37 avant J.-C., Antoine s’embarque pour Corfou et se lance à la poursuite de son rêve oriental. Il prend la résolution de couper tous les liens avec Rome, jusqu’au jour où il pourra en devenir le maître. Comme César dix ans plus tôt, il n’envisage pas une provincialisation de l’Égypte, mais une restauration de l’empire lagide. Dans cette nouvelle politique, les raisons personnelles ont leur place : Cléopâtre lui a donné deux enfants dont il veut assurer l’avenir. De là cet accord capital conclu à Antioche avec Cléopâtre : il lui promet le mariage, la reconnaissance de Césarion comme son héritier, la restauration de la puissance égyptienne. Ainsi sont dessinées les grandes lignes de l’Orient romano-hellénistique, qui remaniait celui de Pompée et préfigurait celui d’Auguste. Mais l’échec d’Antoine contre les Parthes, sa lamentable retraite, son retour à Alexandrie sur les vaisseaux de Cléopâtre modifient fondamentalement cet équilibre. À partir de 36, Antoine, qui a prétendu se servir de Cléopâtre, n’est plus qu’un jouet entre ses mains. Elle compense la diminution de ses forces par un accroissement de ses ambitions : il s’agit de faire de l’Orient une sorte d’empire fédéral ptolémaïque dont le centre sera Alexandrie. C’est le rêve d’Alexandre, sans son génie ni surtout ses moyens. Ce rêve splendide sombrera dans les eaux d’Actium.

Césarion, fils de Cléopâtre et de Jules César

L’œuvre de Cléopâtre

La propagande orientée et hostile des thuriféraires d’Auguste n’a pas toujours accablé la reine d’Égypte, la regina meretrix de Properce et de Pline. Le silence de César, dans La Guerre civile , et celui de l’auteur de La Guerre d’Alexandrie tendraient également à prouver que l’un et l’autre avaient peu de reproches à lui faire, et des auteurs plus tardifs ont laissé des jugements favorables. S’il était honteux, pour les partisans d’Auguste qui voulaient accabler Antoine et l’accuser d’avoir trahi le nom romain, d’être " égyptienne " (encore que cette descendante des Lagides n’eût sans doute pas une seule goutte de sang égyptien), n’est-il pas au contraire honorable, ou à tout le moins habile, que cette reine grecque soit la première de sa famille à parler l’égyptien, qu’elle ait cherché à rallier à sa cause les gens de la chôra (c’est-à-dire de la province, par opposition à la capitale, Alexandrie), qu’elle ait assumé des rituels pharaoniques négligés par ses prédécesseurs ? Dès la première année du règne, elle intronise le taureau sacré Bouchis et, pour la première fois dans toute l’histoire de la dynastie ptolémaïque, adopte le rituel traditionnel pour la naissance de Ptolémée-Césarion-Horus, fils de César-Amon et de Cléopâtre-Isis. Elle veut que ce fils né d’un Romain soit reconnu par l’opinion égyptienne. À la différence de tous ses prédécesseurs, qui ne voulaient être que " rois d’Alexandrie ", elle s’appliqua à être " reine d’Égypte ". Le trône pour elle ne fut pas un patrimoine que l’on dilapide, mais une patrie que l’on dirige. Ce seul souci la distingue nettement et honorablement de tous les autres Lagides.
Elle se rendit compte que l’Égypte ne pouvait plus se suffire à elle-même, qu’elle ne pouvait plus rester fermée sur elle-même, forte de son passé immémorial et de ses traditions séculaires. En ce pays dont l’ancienneté enchantait Platon et tous les Grecs, dans cette Égypte immuable dont l’art, les institutions, les gouvernements ne semblaient subsister qu’en vertu de la force acquise au cours des siècles - au point que les Ptolémées ne firent qu’adopter ou adapter les institutions pharaoniques et que les Romains utilisèrent les institutions ptolémaïques plutôt qu’ils n’en apportèrent de nouvelles -, Cléopâtre fit preuve de la qualité la plus rare, la plus neuve : l’imagination. Elle sut se tourner vers cette force nouvelle qui pointait à l’Occident, Rome, dont on ne savait trop alors quel était l’élément dominant. Car, en ne considérant que le règne de son père, Ptolémée XII Aulète, Cléopâtre pouvait se demander à bon droit de qui il était le protégé. Devait-il son trône au Sénat et au peuple romain qui l’avaient reconnu comme allié et ami en 59 avant J.-C., et qui avaient refusé d’appliquer les clauses du fameux testament de Ptolémée IX Sôtêr II, autorisant le peuple romain à annexer l’Égypte et Chypre quand bon lui semblerait ? Était-il roi grâce à César, qui, d’abord partisan de l’annexion de l’Égypte, avait changé d’avis après s’être rapproché de Crassus et de Pompée, après avoir obtenu le consulat et sans doute reçu des subsides et des promesses du Lagide ? Régnait-il grâce à Pompée, qui rêvait d’obtenir des titres de reconnaissance auprès du roi d’Égypte et dont l’homme de main dévoué, A. Gabinius, avait ramené Aulète à Alexandrie ? Dans le champ d’intrigues qui définit donc Rome à cette époque, Cléopâtre chercha la force capable d’affermir le royaume lagide. S’attacher à César, c’était miser sur l’Empire, mais elle ne pouvait prévoir l’échéance des ides de mars.
S’il fallait de l’imagination pour inaugurer cette politique occidentale qui rompait avec les traditions ptolémaïques, faisant d’Alexandrie la capitale de l’Orient hellénistique, il n’en fallait pas moins pour penser que le royaume lagide, en pleine décadence, pourrait s’allier à Rome sans perdre son individualité. Ce fut pourtant le pari de Cléopâtre, dont aucun acte ne témoigne qu’elle ait cherché à aliéner le royaume d’Égypte en se prêtant à son annexion par Rome. Sans doute est-ce là qu’elle fit preuve du sens politique le plus averti. Connaissant les problèmes inextricables de son pays, la pesanteur paralysante de ses institutions et de ses traditions, l’instabilité de sa situation économique et sociale, elle comprit que de sa précarité même l’Égypte pouvait tirer sa plus grande force. En effet, si Rome avait besoin des richesses égyptiennes, de la situation privilégiée de l’Égypte, de son rayonnement politique et culturel, une alliance avec le royaume lagide était préférable à une colonisation riche de conflits et de complications. Cléopâtre ne démissionna jamais de son rôle de représentante du peuple égyptien, d’héritière des Ptolémées. Elle eut soin de renforcer le nationalisme égyptien, le traditionalisme de sa politique intérieure. Il fallait que le Romain comprît que la reine d’Égypte pouvait être une alliée, non une sujette. Inversement, il fallait que le peuple égyptien, confiant en la reine d’Égypte, acceptât l’orientation nouvelle de sa politique extérieure. En un mot, il fallait que la reine, sans rien abdiquer de ses prérogatives, obtînt l’appui étranger nécessaire pour sauver le royaume.

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