Les Hiéroglyphes

, par  Guillaume Blanchard

Définition

Le mot hiéroglyphe est formé à partir du mot grec hieroglúphos, composé à partir des racines grecques hierós (« sacré ») et glúphein (« graver »). Les Grecs nommèrent ainsi l’écriture égyptienne qu’ils rencontrèrent gravée sur les parois des monuments (stèles, temples et tombeaux). Le mot hieroglúphos désignait en grec « celui qui trace des hiéroglyphes » et non les hiéroglyphes eux-mêmes, qui se disaient tà hierogluphiká (grámmata), c’est-à-dire « les (lettres) hiéroglyphiques ». Hiéroglyphe provient du reste de l’adjectif hiéroglyphique. Ces mots nous ont été transmis par le latin.

Les Égyptiens de l’Antiquité, eux, nommaient leur écriture Medouneter (« les paroles divines »).

Par extension, on qualifie souvent de hiéroglyphique une écriture utilisant le principe logographique propre à celle des Égyptiens. Ainsi, on parle de hittite hiéroglyphique. Il est cependant incorrect de dire des caractères chinois qu’ils sont des hiéroglyphes.

Histoire et évolution

On fait remonter l’apparition des premiers hiéroglyphes vers 3500 av. J.-C. D’abord exclusivement figurative, l’écriture hiéroglyphique s’enrichit avec le temps de signes en rendant la lecture symbolique. Alors qu’il existe environ 700 hiéroglyphes à l’époque archaïque, on n’en dénombre pas moins de 5000 à l’époque la plus tardive (époque gréco-romaine).

Quelle que soit leur fonction, les hiéroglyphes sont tous figuratifs, c’est-à-dire qu’ils représentent quelque chose de tangible, assez souvent facilement reconnaissable, même pour quelqu’un qui en ignore le sens d’utilisation. Les égyptiens de l’Antiquité ont puisé les dessins des hiéroglyphes dans leur environnement : objets du quotidien, animaux, plantes, parties du corps. Les détails nécessaires à la différenciation de tel ou tel hiéroglyphe (par exemple reconnaître deux oiseaux différents) étaient cependant tellement importants qu’ils limitèrent leur utilisation aux domaines où l’esthétique avait une grande importance (fresques, textes officiels).

Une version simplifiée des hiéroglyphes vit donc rapidement le jour, ce sont les hiéroglyphes linéaires. Ils conservent leurs aspects représentatifs, mais réduisent le nombre de traits au minimum pour que l’on puisse les écrire plus rapidement et plus facilement sur des surfaces autres que la pierre.

Pour rédiger les nombreux rapports nécessaires à la vie économique de l’Égypte antique, les scribes eurent recours à une version cursive des hiéroglyphes encore plus simplifiée, qui leur fit perdre du coup leur aspect figuratif. C’est le hiératique.

Dernière inscription hiéroglyphique connue (394) sur la porte d’Hadrien à Philæ.

L’écriture hiéroglyphique a été utilisée pendant 3400 ans pour les textes monumentaux, essentiellement religieux et politiques. Le hiératique, écriture de la vie courante, a été détrônée à l’époque saïte où le démotique a pris le dessus. L’écriture hiératique n’a alors plus été utilisée que pour noter les textes anciens (essentiellement religieux), en concurrence avec les hiéroglyphes. C’est à l’époque Ptolémaïque que, peu à peu, le grec a remplacé le démotique comme langue administrative ; à partir de 146 av. J.-C. les contrats écrits uniquement en démotique ont perdu leur valeur légale. Le dernier nom de pharaon écrit en hiéroglyphes se trouve dans le temple d’Esna et date de 249 ap. J.-C. La dernière inscription hiéroglyphique connue est datée du 24 août 394, et se trouve au temple de Philae.

Le copte, langue issue de l’égyptien, est encore utilisé de nos jours mais uniquement comme langue liturgique. Bien qu’assez éloigné de la langue des pharaons, c’est cependant son unique descendant. Il s’écrit au moyen de l’alphabet copte, graphie particulière de l’alphabet grec auquel on a ajouté quelques signes tirés de la démotique pour en combler les lacunes.

Si l’écriture égyptienne n’est aujourd’hui plus utilisée pour noter quelque langue moderne que ce soit, il faut noter que c’est elle qui aurait inspiré l’ancêtre possible de la grande majorité des écritures du Monde, hormis l’Extrême-Orient, via le proto-sinaïtique, alphabet tiré de formes simplifiées de hiéroglyphes.

Le système d’écriture

Les hiéroglyphes sont tous, ou peu s’en faut, figuratifs : ils représentent des éléments concrets et tangibles, souvent stylisés et simplifiés, qui peuvent cependant ne plus être compris comme tel car les égyptologues ne peuvent pas déterminer pour chaque hiéroglyphe ce qu’il désigne. Pour certains, c’est cependant très évident.

Champollion, que beaucoup considèrent comme le père de l’égyptologie et le déchiffreur des hiéroglyphes, donne une très bonne définition du système hiéroglyphique :

« C’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. », Champollion, Lettre à M. Dacier, 27 septembre 1822.

En effet, un même caractère peut, selon le contexte, être interprété de diverses manières, que l’on peut regrouper en deux types de lectures : la lecture phonétique (le caractère note principalement un ou des sons et non un sens seul) et la lecture sémantique (il donne un sens, parfois sans lien avec quelque son que ce soit).

Lecture phonétique

Une tête de bœuf, un serpent, une main...On l’a dit, la lecture phonétique constitue la majorité des cas. On lit le caractère indépendamment de son sens, selon le principe du rébus. Il fournit un certain nombre de consonnes : une (signes dit unilitères, qui constituent le pseudo-alphabet hiéroglyphique ; voir plus bas), deux (signes bilitères) ou trois (trilitères), selon les hiéroglyphes et, parfois, selon le contexte. On peut approximativement chiffrer le nombre de caractères servant (pas exclusivement) de phonèmes :

  • 30 unilitères ;
  • 80 bilitères ;
  • 50 trilitères.

Il faut donc bien noter que les hiéroglyphes s’apparentent à un abjad et ne notent pas les voyelles, ou du moins pas de manière directe. Les hiéroglyphes constituent une écriture défective.

L’« alphabet » hiéroglyphique

Certains caractères, avec le temps, ont été suffisamment utilisés et usés pour que le principe du rébus devienne celui de l’acrostiche : on ne lit plus que la première consonne du mot.

Ainsi, on peut obtenir une sorte d’« alphabet » hiéroglyphique, qui, cependant, n’a jamais été utilisé comme tel en remplacement des autres hiéroglyphes, bien que c’eût été possible : en effet, tous les mots égyptiens pourraient être écrits au moyen de ces seuls unilitères. Les Égyptiens, cependant, n’ont jamais franchi le pas de la transformation de leur écriture complexe en alphabet : seuls quelques mots s’écrivent exclusivement ainsi.

Hiéroglyphes conservés au Musée du Louvre.

Le pseudo-alphabet égyptien est donc composé de caractères ne notant qu’une seule consonne bien qu’à l’origine ils aient pu en transcrire plus et que ce soit le cas quand on désigne ce qu’ils représentent. Cet « alphabet » est constitué de signes très fréquents

Les compléments phonétiques

L’écriture égyptienne est souvent redondante : en effet, il est très fréquent qu’un mot soit transcrit par plusieurs caractères notant les mêmes sons, afin de guider la lecture.

Ces caractères unilitères (le plus souvent) accompagnant des multilitères sont nommés « compléments phonétiques ». Ils peuvent se placer devant le signe à compléter (plus rarement), après ou tout autour ─ d’autant plus que, pour des raisons calligraphiques ─ on inverse parfois les signes ─ et expliciter entièrement ou partiellement ce signe.

Lecture sémantique

Outre une interprétation phonétique, les caractères peuvent être lus pour leur sens : on parle de sémogrammes. On doit distinguer plusieurs cas de figure.

Logogrammes

Un hiéroglyphe utilisé comme logogramme (signe unique notant un mot) désigne ce qu’il représente directement (les logogrammes sont donc le plus souvent des noms) ; dans ce cas, l’hiéroglyphe est souvent accompagné d’un trait vertical muet indiquant sa valeur de logogramme ; en théorie, tout hiéroglyphe pourrait servir de logogramme. Ils peuvent être accompagnés de compléments phonétiques.

Déterminatifs

Entrent dans la catégorie des sémogrammes les déterminatifs, caractères muets servant à préciser le domaine sémantique du mot, à préciser son sens : les cas d’homophonies étant très fréquents (d’autant plus que seules les consonnes sont écrites), le recours aux déterminatifs est primordial. Les caractères servant de déterminatifs peuvent aussi jouer le rôle de logogrammes ou de phonogrammes. Les déterminatifs se placent le plus souvent en fin de mot. On peut se représenter ce procédé à celui qui consisterait à faire suivre les mots d’un indice qu’on ne lirait pas pour préciser leur sens : « vers (poésie) » et « vers (animal) » seraient ainsi distingués.

Une tête de bœuf, un serpent, une main…

Il existe de nombreux déterminatifs, dont celui des humains et des personnes, des dieux, des actions impliquant la bouche (parler, boire, manger), des notions abstraites, de l’eau, des zones terrestres, de l’écriture, etc. Certains déterminatifs possèdent un sens propre et un sens figuré. Par exemple, le rouleau de papyrus, sert à déterminer les livres mais aussi les notions abstraites. D’autres sont de pures abstractions et contredisent ce qu’on a dit plus haut, à savoir que chaque hiéroglyphe est figuratif. Le déterminatif du pluriel, n’est qu’un raccourci pour signaler trois occurrences du mot, c’est-à-dire son pluriel (puisque la langue égyptienne connaît un duel, indiqué parfois par deux traits).

Sens de lecture

Illustration de l’article Tabula Æegyptiaca hieroglyphicis exornata
publiée dans la revue Acta Eruditorum de 1714.

Le point suivant à connaître est le sens dans lequel on doit lire les hiéroglyphes : ceux-ci s’écrivent indifféremment de la droite vers la gauche ou de la gauche vers la droite. Le lecteur, pour connaître le sens de lecture, doit considérer la direction dans laquelle sont tournés les hiéroglyphes asymétriques : c’est la direction de départ. Par exemple, quand les figures humaines et les animaux, facilement repérables même par le profane, sont tournés vers la gauche, c’est qu’il faut lire de gauche à droite, et inversement.

D’autre part, les mots ne sont pas séparés ; certains signes apparaissant cependant surtout en fin de mot, il est parfois possible de les distinguer par ce biais. Seule la connaissance de la langue et de sa syntaxe permet de découper un texte en mots.

Le quadrat

Les hiéroglyphes ne sont cependant pas écrits de manière entièrement linéaire : ils doivent, en effet, se répartir harmonieusement dans un carré virtuel (c’est-à-dire non tracé), ou quadrat (aussi écrit cadrat), à la manière de celui des sinogrammes. À la différence des sinogrammes, cependant, tout caractère ne remplit pas entièrement le quadrat.

On doit donc procéder à divers aménagements de l’espace en superposant les signes. Ainsi, dans un texte écrit de gauche à droite, on lit en réalité l’enchaînement des quadrats de gauche à droite et les signes constituant un quadrat de gauche à droite et de haut en bas. Cette répartition en quadrats permet d’autre part l’écriture verticale : dans ce cas, les quadrats sont simplement empilés les uns sur les autres.

Contraintes calligraphiques et religieuses

Il existe plusieurs contraintes calligraphiques qu’il faut connaître, dont voici les principales :

les caractères doivent se répartir en quadrats (voir plus haut) ;
pour éviter que des quadrats soient incomplets, on inverse parfois des signes afin de rendre l’ensemble plus compact. De même, on choisit avec soin les compléments phonétiques, fussent-ils redondants ;

on inverse parfois les hiéroglyphes d’oiseaux tenant en un quadrat suivis d’un signe d’un quart de quadrat de façon à ce que l’oiseau soit après le petit caractère, qui occupera alors tout le quadrat ;
on peut omettre des signes, surtout ceux notant les phonèmes 3 et j ;

les signes désignant les dieux sont placés en tête d’énoncé, de syntagme ou de mot composé, par déférence.

Dans tous les cas, même si les hiéroglyphes sont inversés, la lecture, elle, n’en tient pas compte, ce qui constitue l’une des difficultés pour la transcription.

Reproduction de la pierre de Rosette.

Signes annexes

Trait de remplacement

Les caractères offensants, funestes, tabous, rares ou complexes peuvent être remplacés par un trait :

Trait de remplissage
On fait usage du trait de remplissage pour terminer un quadrat qui serait, sinon, incomplet.

Signes agglutinés

Il existe des signes qui sont la contraction de plusieurs autres. Ils ont cependant une existence propre et fonctionnent comme de nouveaux signes.

Redoublement

Le redoublement d’un signe indique son duel, le triplement son pluriel.

Signes grammaticaux

Le trait de lecture pictographique ;
les deux traits du duel et le trois de pluriel ;
notation directe des désinences.

Navigation

AgendaTous les événements

août 2019 :

juillet 2019 | septembre 2019

Annonces

  • Le masque d’Anubis enfin disponible.

    Le masque d’Anubis est maintenant disponible en version ebook au format Kindle chez Amazon

    La Couverture

    La version papier est disponible sur Lulu.com

    Le pitch :

    Thèbes au Nouvel Empire, des jeunes filles disparaissent mystérieusement dans l’ancienne capitale de l’Égypte.
    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

Brèves Toutes les brèves