L’art egyptien sous l’Ancien Empire (2600-2200 av. J.-C.)

De la fin de la préhistoire nous sont parvenus de petits bas-reliefs, sculptés sur certains objets usuels ou votifs en ivoire (peignes, manches de couteaux : tel celui trouvé au Gebel el-Arak, et actuellement au musée du Louvre) ou en schiste (palettes à fard) : théories d’animaux sauvages ou de guerriers chasseurs, témoins de la vie des tribus alors anarchiquement répandues au long de la vallée. La palette de Narmer (roi unificateur de l’Égypte) est le premier document historique de l’art égyptien proprement dit.

Architecture

Art majeur, apparu seulement à la fin de la préhistoire, l’architecture se développe magistralement sous l’Ancien Empire. Des temples et des palais datant des deux premières dynasties (résidant à This), il reste peu de choses : les matériaux employés étant trop légers (montants de bois, cloisons de sparterie, parfois associés à la brique crue). Seules quelques nécropoles de cette époque subsistent, à Negada, Abydos, Saqqarah : conçues pour durer, elles étaient bâties entièrement en briques crues, sur plan rectangulaire simple, les murs présentant un léger fruit pour assurer plus de stabilité à la construction ; les façades sont parfois creusées d’une alternance de saillants et de rentrants, motif très sobre, adapté aux lignes du matériau (briques rectangulaires), appelé improprement « en façade de palais », alors qu’il reproduit le décor, déjà classique, des enceintes de palais royaux.

L’extension véritable de l’architecture commence en Égypte avec l’emploi de la pierre (jusqu’alors utilisée seulement en placage dans quelques tombes royales : Oudimou, Khasekhemoui) ; elle débute par un chef-d’œuvre, réalisé par le génial architecte du roi Djoser (IIIe dyn.), Imhotep, qui, sur le plateau de Saqqarah, élève la première pyramide, à six degrés, toute de calcaire blanc de Tourah, en tirant admirablement parti, pour la première fois, du site naturel (falaise libyque et vallée).

La pyramide elle-même est sise au cœur d’une véritable « ville » (la chapelle ou « temple funéraire » s’adossant à la face nord), comprenant constructions cultuelles, bâtiments d’administration, magasins, s’échelonnant sur la face est, toutes annexes cernées d’une grande enceinte rectangulaire à redans (aire totale : 15 ha). Haute de 61 mètres, la pyramide surmonte une série d’appartements souterrains (creusés en grande profondeur, à 28 mètres) et le caveau (en granit d’Assouan). Novateur dans le domaine des formes architecturales, Imhotep le fut aussi en ce qui concerne la nature des supports employés, de valeur encore décorative, puisque solidaires de la paroi : le goût pour la colonne cannelée sans chapiteau (style « protodorique ») et la colonne à chapiteau papyriforme fut durable.

Sous les IVe, Ve et VIe dynasties, à Gizeh notamment, la pyramide s’agrandit et, renonçant aux gradins, revêt la forme classique.

Les annexes s’échelonnent de l’ouest à l’est : temple funéraire, allée couverte, temple de la vallée (de granit et d’albâtre chez Khephren – où les supports affirment leur indépendance nouvelle : énormes piliers monolithes de granit [4,10 m de hauteur] soutenant des architraves gigantesques). Le caveau royal, au sortir de couloirs complexes, est situé, chez Khéops, à 42,28 mètres au-dessus de la base de la pyramide, au cœur de la superstructure. Les colonnes à chapiteau palmiforme apparaissent dans le temple funéraire d’Ounas, à Saqqarah (Ve dyn.), celles à chapiteau lotiforme dans le tombeau privé de Ptahshepses (Abousir, Ve dyn.).

L’architecture funéraire privée est surtout illustrée par les grands mastabas de calcaire, tel celui du musée du Louvre, dont la silhouette même – un « banc » – rappelle le tertre primitif qui recouvrait simplement le corps, et dont les formes (plan rectangulaire, murs avec fruit) s’inspirent de celles liées à l’emploi de la brique crue. Ils se groupent en quartiers réguliers, à Saqqarah et à Gizeh, autour des pyramides royales : la chapelle, accessible aux vivants pour les rites du culte funéraire, surplombe le caveau aménagé au fond d’un puits, où le corps repose dans un sarcophage de pierre, don du souverain à un grand courtisan. Le défunt est en contact avec la chapelle par l’intermédiaire de la stèle fausse-porte, sculptée sur le mur ouest de celle-ci, lieu magique de passage du monde des morts au monde des vivants.

L’obélisque, encore en blocs de pierre appareillés, apparaît sous la Ve dynastie dans les temples solaires à ciel ouvert (ruines de celui élevé par Néouserrê à Abou-Gorab) : massif, il est placé sur un socle rectangulaire.

Statuaire

Les statues proviennent des temples funéraires royaux ou des serdab (couloir sans issue réservé aux statues du défunt dans les mastabas). Haute majesté des figures royales de la IVe dynastie : Khephren trônant (Le Caire), dont la tête est enserrée en protection par les ailes éployées du faucon dynastique Horus (alliance de volumes cubiques et harmonie des lignes de la coiffure et des ailes) - ou lion à tête humaine (sphinx), taillé dans un rocher de Gizeh, défenseur de la nécropole, éminent roi-dieu ; puissantes triades de Mykérinôs (Le Caire, Boston) : l’élancement des volumes cylindriques fermés créant une évidente impression de grandeur et de dignité. Portraits privés hautement individualisés : si les corps sont traités assez conventionnellement (toujours suivant la loi de frontalité, qui « divise » verticalement chaque sujet traité en deux parties symétriques et complémentaires), les visages sont sculptés avec un grand souci de réalisme : buste de Ankh-ka-ef (Boston) dont la tête, très modelée, a toute la plasticité de la chair vivante ; tête de femme (Boston), curieusement négroïde et dont la structure, dépouillée, est évoquée par ses lignes essentielles ; statues de Rahotep et Nofret (Le Caire) : opposant savamment les formes anguleuses et puissantes de l’homme, visage viril, nez fort, lèvres épaisses qu’ombre la moustache, à celles enveloppées et rythmées de la femme, qui se succèdent en une harmonie souple et parfaite jusqu’à la tête admirablement belle ; opposition soutenue par les couleurs : rouge foncé du corps de l’homme, jaune et blanc de la femme aux étincelants bijoux rouges, bleus et verts, l’ensemble renforcé par l’éclatante blancheur des trônes.

Sous la Ve dynastie, à côté de quelques statues conventionnelles (Ti, Le Caire), apparaît une tendance réaliste, plus humaine, voire intimiste : statue de Ka-aper (l’obèse Cheikh-el-Beled , Le Caire) ; groupes familiaux : l’émouvant couple du Louvre, dont la femme, plus petite, enserre avec une tendre gaucherie, le corps de son mari, dont le visage, à demi souriant, est extraordinaire de vie. Cette tendance s’accomplit sous la VIe dynastie, tant dans la statuaire royale - statue de schiste de Pépi Ier, à genoux, faisant offrande (Brooklyn) ; statues d’albâtre de Pépi II, enfant, sur les genoux de sa mère (Brooklyn), ou, accroupi, un doigt dans la bouche, bras grêles, ventre un peu ballonné de l’enfance (Le Caire) - que dans la statuaire privée : statue de prisonnier libyen, dont l’attitude et le visage tourmenté trahissent toute la tension intérieure et la résignation inquiète (New York).

De la Ve dynastie datent les premiers scribes accroupis, triomphe de la composition pyramidale suggestive.

Arts graphiques

Foisonnement des scènes de la vie quotidienne, en bas-reliefs peints, sur les murs des chapelles des mastabas : travaux agricoles (du labourage à la moisson), élevage dans les prairies qui bordaient la vallée (bovins, chèvres, volailles), apport au maître et à sa famille des produits de son domaine ; chasse et pêche sur le Nil - travaux des artisans : potiers, menuisiers, sculpteurs, orfèvres - distractions et divertissements : promenade en chaise à porteurs, concerts et danses. L’Ancien Empire a fixé les grands thèmes des arts graphiques égyptiens et les a traités avec un sens inné de l’observation, une grande sûreté de composition, un humour léger.

On connaît quelques bas-reliefs royaux : archaïques (cf., au Louvre, la stèle du roi Djet, Ire dyn. ; déjà classique par le sens des formes et l’équilibre recherché des lignes et des masses) ; d’autres proviennent des temples funéraires de la Ve dynastie et illustrent surtout des thèmes religieux ou historiques, telle l’image de ce prisonnier libyen frappé par Néouserrê : détails précis et lignes d’ensemble décrivent le combat contre la mort ; le large torse musclé d’athlète s’arc-boute dans un dernier sursaut, effort que rappelle en mineur la ligne parallèle du bras droit qui s’affaisse, mais se maintient encore par la pointe des doigts ; l’arc formé par le corps s’accomplit (la ligne circulaire souligne l’inutilité de la lutte, le piège qui se referme), mais, révélant la lutte prolongée, se dresse encore la haute verticale de la jambe gauche.

Recensement des oies

La peinture pure (sur enduit sec - la technique de la fresque n’a jamais existé en Égypte) n’est représentée sous l’Ancien Empire que par un très petit nombre d’oeuvres : notamment Les Oies de Meidoum (début IVe dyn., Le Caire).

Arts mineurs

D’un beau poli et d’un travail achevé, de formes souvent originales, est l’importante « vaisselle » de granit, d’albâtre ou de schiste, retrouvée dans les souterrains de la pyramide à degrés. Parures et meubles (chaise à porteurs de la reine Hetep-her-es, IVe dyn.) illustrent ensuite les arts mineurs de l’Ancien Empire.

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