L’art Amarnien

Après l’épanouissement de l’art égyptien le plus classique sous Aménophis III, l’Égypte connaît soudain, vers 1370, une révolution en tous domaines. Le fils d’Aménophis III, le pharaon hérétique Aménophis IV, prend le nom d’Akhénaton (Celui-qui-est-agréable-à-Aton). Rompant avec le clergé thébain d’Amon, il crée en moyenne Égypte une nouvelle capitale, Akhétaton (L’Horizon d’Aton), sur les ruines de laquelle s’édifiera Tell al-Amarna). Son règne fut court et ce fut bientôt le retour à Thèbes avec Toutankhamon (avant 1350).

Bien des points restent obscurs qui rendent difficile l’interprétation de cette crise. Au début de son règne, Aménophis IV demeura un certain temps à Thèbes et y entreprit, à l’est du sanctuaire, des constructions en l’honneur de la forme nouvelle de divinité qu’il avait choisie. Le roi, en effet, brisa avec le polythéisme traditionnel et exalta comme suprême manifestation divine le disque solaire Aton, auquel d’ailleurs ses prédécesseurs s’étaient déjà attachés. Le disque est figuré muni de nombreux bras qui se tendent vers les tables chargées d’offrandes et donnent à respirer les signes de vie à la narine avide de Pharaon et des siens.

Mystique de la vérité, Akhénaton s’adonna avec passion à Maât, la fille de , conçue comme la sincérité. En fonction de cette exigence première, le roi se fit représenter tel qu’il était : un adénoïdien au crâne démesurément allongé, prognathe, au ventre lourd et aux jambes grêles ; il ne craint pas de se dénuder et de se montrer dans une androgynie curieuse. Tous les membres de sa famille sont figurés à sa ressemblance : la charmante Néfertiti, son épouse, ses filles également.

La famille royale apparaît dévoilée, même pour les cérémonies officielles. Ce réalisme dépasse, en fait, la limite du vrai et même du vraisemblable, pour atteindre le surréalisme ; dans sa phase la plus aiguë, l’art d’Amarna est un « académisme de cauchemar », comme l’a défini E. Drioton. Dans cet art tourmenté, les élans de spiritualité sont manifestes ; aussi est-il profondément émouvant, en dépit de ses outrances et de ses lourdeurs.

Les poncifs traditionnels sont dépassés, au besoin pour être remplacés par de nouveaux ; là réside la limite d’un souci réel de liberté. Un naturalisme naïf et touchant anime les scènes. Tandis que le roi chante lui-même ses hymnes à la création, toutes les créatures s’animent : troupeaux, bêtes sauvages ; une frénésie de bonheur se déchaîne souvent. Cet art atteint parfois un réel universalisme : tous les peuples deviennent dignes d’adorer le disque solaire à l’image du pharaon lui-même, « ivre de dieu ».

© 1995 Encyclopædia Universalis France S.A.

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