L’astronomie

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Les Egyptiens ont toujours considéré le ciel comme un des éléments primordiaux du cosmos fini, au même titre que la terre, l’eau et l’air. Très tôt, il leur semble nécessaire de comprendre l’organisation du ciel et de la fixer pour organiser aussi bien temporellement que spatialement la création humaine. Les grands mythes et surtout la théologie royale mettent souvent en jeu les éléments de la géographie céleste, qu’il s’agisse du soleil, de la lune ou des étoiles.

Cette conscience d’un espace céleste englobant le monde fini a deux aboutissements logiques. D’une part, le développement d’un appareil mythique explicitant les grands phénomènes cosmiques, d’autre part, la mise en place d’une approche quasi scientifique de ces mêmes phénomènes pour en tirer des applications pratiques mais néanmoins fortement attachées au domaine symbolique.

Chou et Tefnout, les enfants d’Atoum donnèrent naissance à la deuxième génération divine : Geb et Nout (la déesse du ciel ou plutôt de la voûte étoilée). Dès la Ve dynastie, époque où émerge l’idée d’un devenir stellaire pour le roi mort, Nout est chargée de la régénération du défunt. Les pieds et les mains appuyés sur le sol, formant un pont élégant, parsemé d’étoiles, elle orne de sa forme longiligne le couvercle des sarcophages. On la retrouve sur la partie supérieure de tout ce qui en Egypte pouvait être perçu comme un microcosme, temples, tombes etc.’ Elle protège ainsi la demeure des dieux tout comme celle des défunts.



Détail du plafond astronomique de Dendera

Ce symbolisme touche peu à la véritable connaissance astronomique des anciens Egyptiens. Celle-ci est en revanche sensible dans l’Oeuvre architecturale menée conjointement par les prêtres et les architectes. La plupart des édifices les plus anciens sont en effet orientés par des visées stellaires. Celles-ci étaient effectuées lors des cérémonies des rites de fondation, et plus particulièrement lors de l’acte de tendre le cordeau, au moyen d’instruments fort simples. Cette méthode repose sur des visées portant sur Orion et la Grande Ourse. Les fondations de la plupart des édifices monumentaux de la période archaïque et de l’Ancien Empire, furent ainsi orientées en fonction des points cardinaux et ce, avec une précision de l’ordre du demi-degré. Si une forme symbolique des rites de fondation semble avoir perduré jusqu’à l’époque gréco-romaine, il semble que ceux-ci furent peu à peu vidés de toute signification pratique. Les édifices plus récents sont en effet orientés en fonction d’une approche symbolique n’ayant plus rien à voir avec des connaissances effectives en astronomie. Dans la plupart des cas, cette orientation se fait en fonction du cours du Nil, théoriquement dans la direction sud-nord.

Néanmoins, les documents astronomiques les plus importants découlent de ce même domaine religieux et symbolique et nous pouvons nous en dégager pleinement. A partir du début du Moyen Empire, les couvercles de certains sarcophages sont envahis par la figuration d’un calendrier ou horloge stellaire. Ils représentent le ciel nocturne divisé en 36 groupes d’étoiles, chacun de ces groupes décrivant un décan. Chaque étoile décanale apparaissait au-dessus de l’horizon au moment du lever du soleil, pendant une période fixe de dix jours. Ce comput explique sans doute le fait que le calendrier égyptien ait été découpé en semaines décanales de dix jours ou décades. La plus brillante de ces étoiles décanales était Sirius dont le lever héliaque (accompagnant le lever du soleil) du 1er juillet, était perçu comme le signal de la venue de la crue. Elle fut personnifiée par la déesse Sopedet et se vit accompagnée d’un dieu parèdre appelé Sah, représentant Orion.



Représentation des décans, plafond astronomique de la tombe de Senenmout, Nouvel Empire

Ce calendrier stellaire ne pouvait tenir compte de la durée réelle de l’année et l’erreur induite de dix jours tous les quarante ans dut rapidement paraître comme inacceptable dans les opérations précises de comput temporel. Néanmoins, ces calendriers stellaires n’en disparurent pas pour autant des croyances religieuses. Il réapparaît ainsi, sans doute dans une recherche volontaire d’archaïsme au plafond de la tombe de Senenmout, situé dans le cirque de Deir el-Bahari. De fait, réadaptés au domaine funéraire aux plafonds de l’Osireïon de Séthi Ier à Abydos et de la tombe de Ramsès IV à Thèbes, ils sont alors accompagnés de textes insistant sur la période d’invisibilité de ces étoiles, disparaissant dans le ventre de Nout durant 70 jours, parfois mise en relation avec le temps nécessaire au deuil et à la momification.

Dès le Moyen Empire, les astronomes égyptiens connaissaient cinq des planètes du système solaire. Ils les appelaient les Infatigables et les représentaient comme des divinités traversant les cieux à bord de barques divines. Ce sont Jupiter (Horus qui limite le Double-Pays), Mars (Horus de l’Horizon ou Horus le Rouge), Mercure (Sebegou, divinité associé à Seth), Saturne (Horus, Taureau du Ciel) et enfin Vénus (Celui qui traverse ou le Dieu du Matin).

Pour le décompte du temps annuel, les plafonds astronomiques des tombes royales (Ramsès VI, VII et IX) et des temples (Ramesseum) ramessides, mettent en place 24 étoiles réparties sur un quadrillage horizontal et vertical, permettant de mesurer le temps en fonction du transit stellaire.



Représentation des décans, plafond astronomique de la tombe inferieure de Senenmout, Nouvel Empire

Si l’astronomie apparaît comme une des filles de la pensée égyptienne, nous ne saurions en dire autant de l’astrologie, telle qu’elle nous est connue. Sa forme purement égyptienne, émergeant dans les listes de jours fastes et néfastes, met en relation les actes de la vie quotidienne avec les grandes fêtes religieuses et les dates anniversaires des grands événements mythiques. L’astrologie constitue une influence babylonienne pénétrant en Egypte à l’époque gréco-romaine. Elle s’adapte à la réalité égyptienne en associant les étoiles décanales à la destinée humaine. Mais c’est une figuration typiquement babylonienne qui est intégrée au plafond astronomique d’une des chapelles osiriennes du temple d’Hathor à Dendara, aujourd’hui conservé au Louvre sous le nom de Zodiaque de Dendara.

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