Divinisation

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Des souverains comme Snéfrou ou Pépi Ier ont été vénérés comme des intercesseurs royaux auprès des dieux, à la XIIe dynastie prenant modèle sur l’Ancien Empireet sur les grands créateurs de dynasties. Plusieurs souverains de la XIIe dynastie, dont l’action et le règne étaient restées dans les mémoires furent également élevées au rang d’êtres divins par les générations ultérieures. Snéfrou, comme le démontre la littérature du Moyen Empire, est le parangon du bon roi, dont le règne est associé à la prospérité. Il passe donc pour un modèle du genre jusqu’à patronner, d’une certaine manière, la XIIe dynastie, à Dahchour. Cependant, chaque époque apprécie la nécessité d’une divinisation royale à sa manière. L’idéologie royale du Nouvel Empire déploiera un trésor d’ingéniosité afin que les souverains eussent des prérogatives identiques à celles des pharaons de l’Ancien Empire.

En effet, si l’on considère l’Ancien Empire, le souverain y est quasiment l’égal des dieux. L’idée d’une divinisation s’impose à l’esprit. En revanche, au Moyen Empire, à la suite des troubles de la Première Période intermédiaire, le roi devient peu ou prou un dépositaire momentané de la fonction royale qui, seule, est de nature divine. Marquer le caractère divin des souverains dont les actes ont apporté la sécurité et la prospérité à l’Egypte, en leur rendant un culte après leur mort, devient un usage. Ce culte de la personnalité royale s’établit essentiellement sur les frontières où le souverain apparaît sans doute comme un rempart contre les forces menaçant l’intégrité territoriale de l’Egypte.

Ramsès II divinisé

Les souverains du Nouvel Empire se donneront eux les moyens de leur politique. L’exemple d’Aménophis Ier et de sa mère Ahmès Néfertari, divinisés à Thèbes rappelle la divinisation des souverains exceptionnels du Moyen Empire. Puisqu’il n’est plus question pour le roi de s’affirmer, comme s’il s’agissait d’une évidence, à l’image d’un être d’essence divine ; les thuriféraires mirent en place un processus théologique complexe au terme duquel la personne royale acquérait la divinité de la fonction. Dans le cas d’Hatshepsout et d’Aménophis III, les bas-reliefs insistent sur la généalogie divine du souverain, celui-ci n’étant autre que l’enfant charnel de la divinité. Cependant ces deux souverains représentant des cas particuliers.

En Nubie, en quelque sorte aux sources du Nil, les souverains vont chercher la part de divinité qui leur revient. La famille des Thoutmôsides étant placée sous la protection de Thot, c’est vers la lune que se tourne Thoutmôsis III jusqu’à s’identifier au dieu lunaire afin d’assurer le contrôle du cycle cosmique. A partir de Thoutmôsis IV, cette démarche est de nouveau marquée par un intérêt pour les cultes solaires et, par la suite, la solarisation du souverain. Elle est acquise sous Aménophis III dont les fêtes jubilaires muent en navigations solaires où la reine joue le rôle de Maât. En effet, la divinisation du souverain entraîne, par contrecoup, celle de son homologue féminin, la reine, appelée à jouer un rôle indispensable.
En Nubie, les temples de Soleb et de Sédéïnga sont liés respectivement au culte du roi et de la reine. Tiyi est représentée sous la forme d’un hippopotame femelle gravide à tête humaine. Elle incarne le principe divin féminin, à l’origine de la fertilité du pays.

Aménophis IV mène cette démarche à son terme logique. Il devient, aux côtés de son épouse Néfertiti, l’émanation terrestre d’une divinité unique dont le seul aspect tangible est le disque solaire. Le culte journalier correspond à une fête-sed quotidienne, régénérant le couple royal ainsi que la divinité. Chaque instant de la vie quotidienne des deux souverains témoigne de la présence divine sur terre et, comme telle, représentée sur les parois des temples. Incarnation du démiurge androgyne, à la fois père et mère de l’humanité, Akhénaton se fait représenter nu et sans attribut sexuel.

Ramsès II divinisé

La réaction d’Horemheb puis des premiers souverains ramessides est implacable. Cependant, la leçon d’Akhénaton a été comprise de sorte que la démarche visa essentiellement à réintégrer la divinisation dans l’orthodoxie religieuse. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une démarche lente et progressive ou bien si, au contraire, elle doit être totalement mise à l’actif de Ramsès II. Horemheb, qui restaure le clergé d’Amon dans son autorité, se fait timidement représenter assis parmi les dieux dans le sanctuaire rupestre du temple du Gebel Silsileh en tire les leçons et les avantages. Si Amon de Karnak est redevenu roi des dieux, les aspects solaires du dieu n’en sont pas pour autant niés ou oubliés. Le temple thébain d’Aton est démantelé pierre à pierre, mais Ramsès II élève le temple oriental de Karnak autour de l’obélisque unique de près de 40 mètres de haut sorti des carrières d’Assouan par Thoutmôsis III et qui correspond à symboliquement à l’émergence du Benben, la première butte primordiale dont le soleil s’est détaché.

La Nubie apparaît une fois de plus, sur le plan religieux, comme la région où s’exprime ouvertement la volonté royale de s’intégrer à un processus divinisant. Là où il s’exerce le pouvoir du Double-Pays sur le pays par le truchement de la religion et de ses dieux, Ramsès II, mène une politique de construction consistant à creuser dans les falaises de grès nubien de véritables mécanismes à diviniser. Le roi y renaît des flancs de la vache Hathor. Tel le soleil levant, -Horakhty, il surgit du temple montagne pour assumer le contrôle des grands mécanismes cosmiques. Il figure finalement au fond du sanctuaire, assis aux cotés des forces divines nationales : Amon, Ptah, -Horakhty, Horus etc.

Ramsès II divinisé

Par le biais des temples de Nubie, le roi intègre de son vivant le monde divin. En outre, les colosses royaux reçoivent un culte personnel. Au Ramesseum, en son temple de Millions d’Années, Ramsès II, expression locale du dieu Amon, est propriétaire d’une barque sacrée, à l’instar du dieu de Karnak. Le souverain est une manifestation terrestre du grand dieu solaire .

Certains individus appartenant à la société civile ont reçu un culte posthume. Il s’agit, tout comme les souverains divinisés de l’Ancien et du Moyen Empire, de personnages réputés pour leur sagesse, tels Imhotep (Saqqâra), Hékaïb (Eléphantine), Isis (Edfou) Amenhotep fils de Hapou sous le règne d’Aménophis III. Amenhotep fils de Hapou obtint de son vivant le privilège d’ériger à son profit un temple funéraire - sorte de villa - devenu le centre d’un culte.

A l’époque gréco-romaine, il fut considéré comme un dieu guérisseur, aux cotés d’Imhotep. La troisième terrasse du temple de Deir el-Bahari, réaménagée en sanatorium (édifice du roi), reçut une chapelle dédiée à ces deux personnages divinisés.

Aménophis Ier divinisé

Le destin d’Imhotep, vizir de Djéser est exemplaire. Incarnant la sagesse, il fut comparé à Asclépios, dieu grec de la médecine, il fut assimilé à un fils de Thot et reçut un culte à Memphis dans les zones des nécropoles d’animaux sacrés.
Par ailleurs, toute personne se noyant dans le Nil était divinisée du fait qu’Osiris avait connu un sort identique. Des représentations de noyés apparaissent dans les recensions funéraires royales tels que le Livre de l’Amdouat et le Livre des Portes, mais il s’agit, apparemment, d’une punition destinée aux ennemis du dieu. A l’époque tardive, le culte des noyés considérés comme des bienheureux est attesté par plusieurs tombeaux comme celui de Pahor et Petéisis à Dendour, en Nubie. Le favori d’Hadrien, Antinoüs, qui se noya de manière accidentelle ou volontaire dans le Nil lors du voyage qu’entreprit l’empereur en Egypte, fut l’objet d’un culte important. Une ville nouvelle, Antinoë (Antinoopolis), fut fondée en l’honneur de l’éphèbe, sur le lieu même où il avait péri.

Thoumôsis III divinisé

A l’époque pharaonique les êtres divinisés, sans pour autant avoir été des rois, semblent avoir joué un rôle comparable à celui de nos saints. Héroïsés pour leur sagesse ou leur bonté, ils étaient censés être des émissaires efficaces auprès des dieux. En échange des offrandes déposées à leur intention, ils se chargeaient de transmettre aux dieux, inaccessibles, les suppliques. En marge des cultes officiels, ils font l’objet d’une véritable dévotion populaire.

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    L’enquête est confié à un jeune Medjaï de la police de Pharaon, qui aidé par une praticienne d’origine libyenne va bien vite mettre la main sur un suspect. Mais les apparences sont parfois trompeuse...

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