Les dieux de l’Égypte

, par  VERCOUTTER Jean

Un monothéisme de fond

Lorsque le christianisme se répandit dans la vallée du Nil, il fallut traduire dans la langue du peuple les textes révélés. Depuis le IIIe siècle de notre ère environ, les Égyptiens avaient pris l’habitude d’écrire leur langue en caractères grecs, ce qu’on appelle le copte. On sait combien il est difficile de traduire en langage populaire des textes religieux qui utilisent des conceptions abstraites comme celle de Dieu unique. Pour le copte, il n’y eut aucune difficulté ; tout naturellement, les traducteurs coptes désignèrent Dieu par le mot Nute , de l’égyptien ancien Neter , qui apparaît dans les premiers textes hiéroglyphiques. Comment expliquer qu’une religion apparemment polythéiste ait eu aussi, dès son origine, une conception abstraite, que l’on peut qualifier de monothéiste, de la divinité ?

C’est en effet par centaines qu’il faut compter les dieux de l’Égypte : divinités des nomes, dieux locaux et des grandes capitales ; dieux de formes diverses : homme, femme, chien, chatte, lionne, chacal, faucon, vautour, taureau, vache, bélier, scorpion, cobra, sycomore, lotus, flèches, etc. Remarquons toutefois que, malgré leur origine animale ou végétale, toutes ces divinités ont un aspect humain. L’anthropomorphisme apparut très tôt et les artistes égyptiens ont su adapter harmonieusement une tête animale à un corps masculin ou féminin. Lorsque la difficulté était trop grande, ils se contentaient de surmonter la tête de la divinité du symbole qui, à première vue, la distinguait : faisceau de flèches pour la déesse Neith, par exemple, ou fleur et bouton de lotus pour Nefertoum.
À cette « humanisation » générale des divinités correspond, en profondeur, une force divine indéterminée, impersonnelle, abstraite, celle justement que traduit le mot neter , et qui se retrouve chez toutes. Lorsqu’on analyse les caractères individuels d’un dieu, on s’aperçoit qu’ils appartiennent également aux autres dieux ; le nom et l’aspect de la divinité peuvent changer d’un sanctuaire à l’autre, ses caractères divins restent les mêmes. Il y a, en fait, unité de croyances ; polythéiste de forme, la religion des Égyptiens tend à un monothéisme de fond, d’où la difficulté à laquelle se heurte tout traducteur honnête lorsqu’il rencontre le mot neter : doit-il comprendre Dieu (avec une majuscule), une abstraction, ou bien interpréter « dieu local », le dieu personnel de l’auteur du texte ? Les deux traductions sont souvent possibles.

Les cosmogonies

D’autre part, les Égyptiens ont opéré eux-mêmes des regroupements de leurs dieux, d’une double façon : par famille, à l’intérieur d’un même nome ou d’un sanctuaire, ce sont les « triades » ; et en plus grands ensembles, ce sont les « ennéades ».
La triade est un groupe immuable : père, mère, fils, à l’image de la famille humaine. L’exemple le plus connu est la triade thébaine composée d’Amon, le dieu père, Mout la déesse mère et Khonsou le dieu enfant. Ce groupement de base est peut-être l’oeuvre de théologiens et destiné à lier les cultes souvent disparates d’un nome ou d’une ville. À la basse époque, la naissance du dieu fils est commémorée sous forme de « mystère » dans un édifice spécial, construit à proximité du sanctuaire principal, le mammisi .
Si le groupement familial qu’est la triade ne paraît pas avoir porté de nom en égyptien ancien, il n’en va pas de même de l’ennéade, ou groupe de neuf divinités, dont le nom égyptien, pesedjet , est attesté dès la plus haute époque. Ce groupement, indiscutablement oeuvre de théologiens, est destiné à rendre compte de la création et de l’organisation du monde, et il y a autant d’ennéades que de grands centres religieux. La plus ancienne est celle d’Héliopolis, centre du culte du Soleil sous ses divers aspects, Soleil-levant (Khepri), Soleil-de-midi (), Soleil-couchant (Atoum). L’ennéade héliopolitaine comprend : Atoum, le démiurge, ses enfants Shou, l’Atmosphère, associé à Tefnout, l’Humidité, qui procréent Geb, la Terre, et Nout, le Ciel, de qui sortent deux nouveaux couples : Osiris-Isis et Seth-Nephtys.
Les théologiens d’Héliopolis supposent qu’à l’origine du monde existait le Chaos, masse liquide inerte, ou océan primitif, le Noun . Le Soleil, Atoum, sortit du Noun par sa propre volonté, se posa sur une colline, la Colline primitive, et se leva sur la pierre Benben, à Héliopolis, pierre qui servira de modèle aux futurs obélisques. En se masturbant, ou en crachant, Atoum tira de sa propre substance le couple divin, Shou et Tefnout, d’où sortirent les autres familles de l’ennéade.
Le chiffre neuf, dans la mentalité égyptienne, est le symbole de l’universalité : c’est ainsi qu’aux neuf dieux primordiaux correspondent les Neuf Arcs, groupant l’Égypte et les pays étrangers qui constituent l’univers humain.

À Héliopolis, l’ennéade ne suffit pas à grouper la totalité des divinités adorées dans le sanctuaire, aussi les théologiens créèrent-ils, à côté de la Grande Ennéade issue d’Atoum, une ennéade secondaire pour les divinités mineures. En revanche, dans d’autres cités, le clergé ne réussit pas à concevoir neuf dieux. À Hermopolis, les prêtres imaginèrent une « ogdoade », groupe de quatre couples symbolisant les éléments du Chaos initial : huit dieux, représentés par des grenouilles et des serpents, habitaient l’Océan primordial et créèrent un oeuf qu’ils déposèrent sur un tertre, à Hermopolis ; de cet oeuf sortit le Soleil qui, à son tour, créa le monde actuel.

Comme chaque dieu de capitale tend à l’universalité, tous les grands centres politiques de l’Égypte auront leur ennéade, ou un système cosmogonique élaboré par les théologiens du sanctuaire de la cité. À Memphis, le démiurge est le dieu Ptah qui, par la pensée et le verbe créateur, suscite huit autres divinités universelles.

Comme on le voit, toutes ces cosmogonies partagent la croyance en un chaos primordial liquide, d’où sort l’univers organisé par intervention du démiurge et selon des modalités propres à chaque système. On s’est demandé si cette conception de base, d’un Océan primitif d’où sortait la Terre, n’avait pas une origine toute matérielle dans la vision qu’eurent les habitants de la vallée du Nil de la terre émergeant peu à peu de l’étendue liquide due à l’inondation. Quoi qu’il en soit, ces cosmogonies sont des créations abstraites qui essaient de mettre un peu d’ordre dans le monde complexe des dieux locaux.

Les légendes

Parallèlement à ces créations théologiques existaient d’autres courants de pensée, de tendance syncrétique eux aussi, que l’on trouve condensés dans ce que l’on appelle les légendes ou les mythes. Ces légendes s’appuient sur les croyances populaires et permettent d’approcher de plus près la religion réelle de l’Égypte.

Les légendes ne sont connues que par des textes de basse époque, elles reflètent cependant des croyances très anciennes. On en a la preuve dans les allusions qu’elles font à des faits relatés dans des textes religieux des périodes antérieures. Elles sont très nombreuses, mais on peut les classer en trois cycles : les légendes du cycle solaire, celles du cycle horien, enfin celles du cycle osirien.

Le cycle solaire

Les légendes solaires se rattachent à la théologie héliopolitaine qui a donné naissance à la Grande Ennéade d’Héliopolis. Dans l’une d’entre elles, Rê, le dieu soleil, devenu vieux, est en butte à un complot des hommes. Sur les conseils de son ennéade, Rê décide de diriger contre ceux-ci son « oeil », qui prend la forme de la déesse Hathor sous l’aspect d’une lionne qui massacre les rebelles réfugiés dans le désert. Quand Rê juge que la tuerie a assez duré, il profite du sommeil de la lionne divine pour répandre auprès d’elle un liquide enivrant, couleur de sang. Après s’y être regardée, Hathor goûte du liquide, s’enivre, et oublie la poursuite. Toutefois, Rê, dégoûté de l’humanité, refuse de s’occuper désormais de sa conduite. Ses successeurs, Shou et Geb, vont à leur tour connaître des difficultés que la légende retrace.

L’oeil divin qui se transforme tantôt en déesse lionne, tantôt en uréus , le cobra au souffle brûlant et dévastateur, provient lui-même d’un mythe encore plus ancien dans lequel le dieu du Ciel avait le Soleil et la Lune pour yeux. Ce dieu du Ciel, le faucon Horius, fut identifié à Rê par le clergé d’Héliopolis ; son oeil solaire devint la propriété de Rê, Horus ne gardant pour sa part que l’oeil lunaire.

Le cycle horien

Les légendes du cycle horien se mêlent étroitement à celles du cycle solaire comme à celles du cycle osirien. À l’origine, Horius, dieu du Ciel, sans doute le plus ancien dieu de l’Égypte, était distinct du Soleil, mais il fut accaparé d’une part par les théologiens d’Héliopolis qui le subordonnèrent à Atoum-Rê, et d’autre part par le cycle osirien qui le confondit avec un autre Horius, fils d’Osiris. Le mélange des trois cycles donne des résultats déconcertants. C’est ainsi que, dans la Légende de l’oeil d’Horius , Horius cherche à reprendre à son ennemi Seth, assassin d’Osiris, non pas son oeil à lui Horius, l’oeil oudjat que Seth lui avait arraché, mais l’oeil de son père Rê. De même, dans le Mythe d’Horius rapporté dans le temple d’Edfou, la lutte entre Horius et Seth est entreprise par Horius, non pour son propre bénéfice, mais pour celui de Rê.

Le cycle osirien

Les légendes du cycle osirien, tout en mêlant souvent aux protagonistes les divinités des deux cycles précédents, sont sans doute plus proches de l’histoire que du mythe. Le canevas en est simple : Osiris est un roi qui est assassiné par son frère Seth ; l’épouse d’Osiris, habile magicienne, obtient un fils posthume de son mari, Horius, que l’on appelle souvent Horius fils d’Isis, pour le distinguer de l’Horius céleste, ou Horius l’Ancien. Devenu adulte, le fils d’Isis entreprend la lutte contre son oncle Seth et, après de multiples péripéties, le vainc et reprend l’héritage de son père Osiris, c’est-à-dire la souveraineté de l’Égypte. À ce titre, Horius est l’ancêtre de tous les pharaons historiques, comme l’indique le nom sous lequel ils sont fréquemment désignés : Chéops, par exemple, s’appelle l’Horius « Ouser-ib » (l’Horius « Puissant de coeur ») et Sésostris II l’Horius « Seshemou-taouy » (l’Horius « Conducteur de l’Égypte »).

En tant que dieu, Osiris est attesté dès la plus haute époque où il était une des grandes divinités de l’Égypte, en même temps que le dieu local de Busiris, dans le Delta. Osiris est toujours représenté sous la forme humaine. On a vu dans le mythe une affabulation religieuse d’événements historiques qui se seraient produits antérieurement à l’unification de l’Égypte par le premier pharaon connu, vers 3200 avant J.-C.

L’Égypte aurait été divisée en deux royaumes, ou deux fédérations de provinces, l’un au sud gouverné par Seth, l’autre au nord par Osiris. Dans un premier épisode, les luttes entre royaumes se seraient terminées par une victoire de Seth que la légende représente comme le frère d’Osiris, dieu civilisateur, dont il jalousait les succès. Avec l’aide de partisans fidèles à son père, Horius fils d’Osiris aurait, dans une seconde phase, reconquis son propre royaume et, au cours de la lutte, envahi celui de Seth, dans le Sud, devenant ainsi le premier roi d’une Égypte unifiée. Seth est alors rejeté hors des frontières du pays et devient le dieu des déserts et des pays étrangers ; à l’époque historique, il sera assimilé au Baal asiatique.

Quoi qu’il en soit de cette explication rationnelle du mythe, la légende d’Osiris joue un grand rôle dans la religion de l’Égypte. Osiris et sa femme Isis devinrent les dieux les plus populaires, et l’on sait que le culte d’Isis s’étendra, dans l’Antiquité classique, très loin hors des frontières de l’Égypte. C’est à la popularité d’Isis dans l’Empire romain que l’on doit d’être bien renseigné sur le mythe osirien. Plutarque, en effet, à la fin du Ier siècle de notre ère, lui consacra un traité complet, De Iside et Osiride , où il consigna tous les renseignements qu’il put réunir sur la légende d’Osiris. L’authenticité de son récit est confirmée par de nombreuses allusions de textes égyptiens anciens, tirés aussi bien des Textes des pyramides que de textes de contes plus récents.
Osiris est le fils de la déesse du Ciel, Nout, né malgré Rê qui avait condamné celle-ci à la stérilité, et grâce à Thot qui, pour tourner la malédiction, avait inventé les jours « épagomènes », les cinq jours « en plus » de l’année, non prévus par Rê dans sa condamnation ; cela permit à Nout de mettre au monde cinq enfants, un par jour : Osiris, l’aîné, Haroeris (Horius l’Ancien), Seth, Isis et Nephtys. Adulte, Osiris succède à son père Geb. Aidé de sa sœur et épouse, Isis, il enseigne aux hommes le respect des dieux, l’agriculture et l’ordre universel (Maât). Thot, de son côté, le dieu d’Hermopolis devenu sectateur d’Osiris, initie les humains aux arts et aux lettres. Seth, le frère cadet, jaloux d’Osiris, invite ce dernier à un banquet au cours duquel, aidé de ses partisans, il réussit, par ruse, à enfermer Osiris dans un coffre que les conjurés jettent au fleuve. Isis part aussitôt à la recherche de son mari. C’est la première « quête » d’Isis. Elle retrouve le cadavre sur la côte phénicienne où un sapin, en poussant autour du coffre, l’avait protégé.

Avec l’aide du roi de Byblos, Isis reprend le cadavre d’Osiris et le ramène en Égypte. Bien que Plutarque n’en parle pas, c’est certainement à ce moment qu’Isis, grâce à sa magie, réussit à ranimer un moment le corps de son mari. De cette union posthume naîtra Horius l’Enfant. Isis se réfugie avec son nouveau-né et le cercueil d’Osiris dans les marais du Delta, à Chemnis. Mais Seth trouve la cachette, s’empare du corps d’Osiris en l’absence d’Isis, et le dépèce en quatorze morceaux qu’il disperse. Isis reprend la recherche des membres de son époux - c’est la seconde « quête » d’Isis -, les retrouve un à un, à l’exception du phallus qui a été avalé par un poisson, l’oxyrhinque, et les ensevelit. Dès qu’Horius, le fils posthume d’Osiris et d’Isis, est en âge de combattre, il défie son oncle Seth et, après un long combat, réussit à le vaincre et à se faire reconnaître des autres dieux dans l’héritage de son père.

Hors des cosmogonies et des mythes

Cosmogonies et mythes mettent en scène les principaux dieux de l’Égypte et cherchent, souvent de façon arbitraire, à les grouper et à les unir par des liens familiaux. Toutefois, certaines divinités, même parmi les plus importantes, n’apparaissent pas ou ne jouent qu’un rôle secondaire dans ces récits.

Tel notamment Amon, dont le temple de Karnak est pourtant le plus grand sanctuaire de l’Égypte entière. Bien qu’il figure parmi les dieux de l’ogdoade d’Hermopolis, Amon n’apparaît que tardivement, vers 2000 avant J.-C., parmi les grands dieux de l’Égypte. Il doit sa place prépondérante dans la religion égyptienne aux succès politiques des souverains d’origine thébaine, les pharaons de la XIIe dynastie et ceux de la XVIIIe. Il est représenté sous une forme humaine, parfois à tête de bélier. Son clergé, qui au Nouvel Empire est le plus puissant de l’Égypte, l’assimile au dieu , sous la forme syncrétique d’Amon-Rê, roi des dieux.

Anubis, que le cycle osirien associe à Isis dans ses « quêtes », est un dieu très ancien, dieu chien qui a été, avant Osiris, le dieu funéraire par excellence. Lorsque Osiris devient le patron des morts et des nécropoles, Anubis est celui des embaumeurs. C’est d’ailleurs lui qui a momifié le cadavre d’Osiris. Il est aussi le gardien des tombes.

Aton, le disque solaire, est un très vieux mot hiéroglyphique. Il désigne celui qui devint dieu dès le règne d’Aménophis III, et dieu principal de l’Égypte sous Aménophis IV, qui prit le nom d’Akhenaton et fit construire pour lui une capitale en Moyenne-Égypte, le Tell el-Amarna actuel. Pendant une vingtaine d’années, ce qu’on appelle le « schisme atonien » supplanta le dieu Amon-Rê. Quoi qu’on en ait dit, la doctrine atonienne ne fut pas plus monothéiste que les spéculations antérieures des théologiens d’Héliopolis et d’Hermopolis ; les dieux autres qu’Amon continuèrent à être adorés. À la mort d’Akhenaton, peut-être même quelque peu auparavant, le culte d’Amon de Karnak fut restauré.

Bastet, déesse chatte, apparaît tardivement. C’est la maîtresse de Bubastis et elle prendra une grande importance sous les pharaons de la XXIIe dynastie, originaires de cette ville. Dans les mythes, elle est parfois considérée comme une hypostase de l’œil du Soleil, fille de , la redoutable lionne. Celle-ci, apaisée par Onouris, se serait transformée en Bastet.

Bès, plutôt génie que dieu, est représenté sous l’apparence d’un nain difforme. Il protège les hommes contre le mal et veille sur les femmes en couches. Il est associé à la déesse Hathor, connue dès l’époque prédynastique. Celle-ci est adorée en de très nombreuses villes, où elle est représentée soit comme une déesse à tête de vache, soit comme une vache. Elle apparaît dans de nombreuses légendes où elle est souvent identifiée avec Isis. Hathor, déesse de la joie et de l’amour, est aussi la patronne de la Montagne des morts et joue un rôle cosmique. On voyait encore en elle la maîtresse des pays lointains, entre autres du Sinaï où elle eut un temple. Son sanctuaire principal est à Denderah, au nord de Thèbes.

Le nom d’Horus désigne plusieurs dieux. C’est à l’origine un dieu céleste, représenté sous la forme d’un faucon « aux plumes bigarrées » et dont les yeux sont le Soleil et la Lune. Il apparaît très tôt dans l’iconographie égyptienne. Seigneur d’Hiérakonpolis, il profite du rôle politique des rois de cette ville à l’aurore de l’histoire et devient le dieu dynastique. Inclus dans le cycle osirien, il est identifié avec le fils d’Osiris, « Horius l’Enfant », dont les Grecs firent Harpocrate, dieu très populaire à la basse époque, où il est représenté sous les traits d’un enfant le doigt à la bouche.

Khnoum, ou Chnoum, homme à tête de bélier, est lui aussi un dieu très ancien, adoré dans de nombreuses villes. Dieu potier, c’est lui qui a modelé toute la création, et qui modèle sur son tour l’enfant royal et son (principe d’énergie vitale). Il est, comme tous les grands dieux, associé à sous la forme de Khnoum-Rê. Enfin, il est à Éléphantine le gardien des « sources » de l’inondation.

Min, le dieu de Coptos, est représenté sous une forme humaine ithyphallique ; son existence est attestée dès la plus haute époque. De couleur noire, symbole de renaissance, il est dieu de la procréation. Son animal sacré est un taureau blanc. Au Nouvel Empire, il est assimilé à Amon sous la forme Amon-Min. Il protège les routes du désert, de Coptos vers la mer Rouge. Sa fête, une des plus anciennes de l’Égypte, est associée à la royauté et ouvre le temps des moissons.

Montou, dieu faucon, paraît avoir précédé Amon à Thèbes ; il était surtout adoré à Hermonthis. Patron des pharaons de la XIe dynastie, d’origine thébaine, son animal sacré était le taureau Bouchis. C’est essentiellement un dieu de la guerre.

Mout, déesse vautour, épouse d’Amon et divinité locale d’Isherou puis de Karnak, partagea la fortune de son époux divin et devint la déesse protectrice des reines.

Nekhbet, déesse vautour elle aussi, est beaucoup plus ancienne, semble-t-il. Maîtresse d’El Kab, elle a présidé aux destinées monarchiques dès l’époque pré-dynastique et, à ce titre, elle est, avec Ouadjyt, la déesse cobra du Delta, la déesse protectrice de Pharaon.

Nephtys, soeur d’Osiris et d’Isis, épouse de Seth, est associée au culte funéraire comme protectrice du mort.

Oupouaout, dieu chien, maître d’Assiout, a été associé au cycle solaire et au cycle osirien. C’est lui qui guide la barque d’Osiris lors des mystères d’Abydos.

Sekhmet, déesse lionne, a eu de nombreux sanctuaires dont le principal se trouvait à Memphis. Épouse de Ptah et mère de Nefertoum, associée au culte solaire en tant qu’hypostase de l’œil de , c’est une déesse sanguinaire mais qui sait aussi guérir, c’est pourquoi ses prêtres sont médecins et vétérinaires.

Sobek, dieu crocodile, maître du Fayoum, était adoré en de nombreuses villes. Il fut assimilé à en tant que Sobek-Rê.

Sokaris, dieu local de la région memphite, comme Ptah avec qui il était associé, a été anciennement un dieu des morts, d’où son assimilation avec Osiris.

Le culte des animaux

En dehors des dieux anthropomorphes, la religion égyptienne se caractérise par le culte des animaux, qui a beaucoup frappé les Anciens. Diodore notait avec stupéfaction qu’au cours d’une famine, les Égyptiens préfèrent se dévorer entre eux plutôt que de manger les animaux sacrés.

Ce culte remonte à la plus haute antiquité : on a retrouvé des cimetières de chiens, de taureaux, de béliers et de gazelles, qui datent du Badarien, donc très antérieurs aux premières dynasties. Dans ce culte, il y a lieu de distinguer entre les animaux sacrés simplement parce que associés aux dieux locaux - les chiens par exemple à Cynopolis et Assiout, ou les chats à Bubastis - et les véritables animaux sacrés, réceptacles de l’âme d’un dieu, comme le taureau Apis représentant de Ptah sur terre. Les premiers étaient révérés dans un nome donné, et les auteurs classiques ont noté avec étonnement qu’un animal protégé et vénéré dans une province pouvait être mangé impunément dans la province voisine.

Le véritable animal sacré est un dieu vivant. Il n’y en a qu’un par temple, choisi par les prêtres suivant des caractéristiques immuables : taches du pelage, forme des cornes, etc. À sa mort, le clergé recherche dans quel autre animal de l’espèce le dieu s’est réincarné. C’est le cas des taureaux sacrés : Boukhis à Hermonthis, Mnévis à Héliopolis, Apis à Memphis, ou des vaches d’Atfieh (Aphroditopolis) et de Denderah. Morts, ces animaux sont enterrés avec le même cérémonial que les humains, on accomplit pour eux tous les rites funéraires, et ils deviennent des Osiris. Vivants, ils reçoivent le même culte que la statue du dieu principal du sanctuaire. C’est à propos d’un véritable animal divin qu’Hérodote a noté un crocodile qui avait été apprivoisé et portait des bijoux.

Toute la faune vivant en Égypte a été considérée, ici ou là, comme animal sacré, et il serait plus facile d’énumérer les animaux qui n’ont pas été vénérés que ceux qui le furent. Le culte des animaux sacrés a connu un succès extraordinaire à la basse époque auprès du petit peuple.

Pour terminer l’étude des dieux égyptiens, il faut mentionner quelques hommes qui furent divinisés après leur mort. Le fait est rare, mais c’est le cas notamment d’Imhotep, favori du roi Djéser, de la IIIe dynastie, qui devint un dieu guérisseur, l’Imouthès des Grecs. Il est représenté sous la forme d’un homme jeune, assis, un papyrus déroulé sur les genoux. De même, Amenhotep, fils de Hapou, architecte d’Aménophis III, fut divinisé et un temple lui fut consacré.

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